‹ Le roman sentimental avant l'AstréeChapitre 108 sur 192 · Ibid.^ p · texte numérisé non relu

Ibid.^ p

FIN DU XVI'' ET COMMENCEMENT DU XYIl** SIECLE 209

donna di palazzOy doit respecter en elle cette « beauté universelle » dont sa « beauté particulière )) n'est qu'un reflet^, être retenue dans ses propos, chaste dans son maintien, prendre un air réservé quand la conversation devient trop légère^; elle ne cédera à l'amour que si, jeune fille ou veuve, elle peut espérer que son amant deviendra son époux; cet amant, elle ne l'accueillera qu'après l'avoir éprouvé par un long « service », et elle ne lui accordera jamais une faveur qui puisse la diminuer à ses yeux; quant à la femme mariée, elle n'a qu'un devoir, c'est d'aimer son mari; si pourtant il arrive que la haine ou les mauvais traitements de son époux détournent de lui son affection et qu'ayant rencontré sur sa route un gentilhomme plus digne d'elle, elle se sente portée vers lui par quelque irrésistible attrait, qu'elle se garde bien de lui laisser deviner son inclination, ses regrets et de lui donner ainsi des armes contre ellemême.

Et à ce propos, par la bouche du Seigneur César, Castiglione rapporte un très louable exemple de « pudicité » qu'il est bon de rappeler ici, car il semble avoir servi de modèle à plusieurs de nos histoires sentimentales :

Je dy donc que j'ay cogneu une belle et gentile demoiselle laquelle estant aymee d'un jeune gentilhomme bien complexionné se mit à l'aymer de tout son cœur et affection...

Ainsi donc aymant très ardemment, autant que peut aymer un cœur très amiable, elle persista deux ans en une si grande continence qu'elle ne monstra onques à ce jeune gentilhomme aucun

signe d'amitié, sinon ceux qu'elle ne pouvoit cacher et ne voulut

onques en si long temps luy complaire en autre chose que de le voir et quelquefois, quand il se trouvoit aux festes publiques, de danser avec luy comme avec les autres.

1. Trad. de Gabriel Chappuys, Paris, N. Bonfons, 1585, in-16, p. 639.

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