‹ Le roman sentimental avant l'AstréeChapitre 115 sur 192 · Brief Discours de Marie de Romieu, p · texte numérisé non relu

Brief Discours de Marie de Romieu, p

FIN DU XVI* ET COMMENCEMENT DU XVlT SIECLE 217

accueillante aux érudits et aux poètes \ « choyée et bien voulue de tous nos Roys, dit La Croix du Maine, qui prenoient un singulier plaisir en sa compagnie, pour les bons propos et les beaux discours dont elle les entretenoit », comme M™" de Lignerolles, membre, elle aussi, de l'Académie du Palais, la duchesse de Rohan-, les trois filles de Jean MoreP, la duchesse de Nevers, NP^ de Villeroy*, amie de Ronsard, de Jamyn, de Bertaut, de Desportes, comme ces demoiselles d'honneur de Catherine, M"" de Surgères ou M'^' de Brissac '% sans parler des femmes auteurs, d'Anne de Graville ou d'Hélisenne de Crenne à Louise Labé.

Leur mérite personnel, le prestige qu'elles devaient à leur haute naissance, la place qu'elles tenaient à la Cour, leur instruction qui les rendait, au point de vue intellectuel, très supérieures à la plupart des gentilshommes, c'est cela qui, plus que toutes les polémiques, a fortifié la situation des femmes dans le monde. Leur autorité, qui s'était accrue même pendant les périodes troublées et qui s'y était d'ailleurs exercée au profit des lettres et de la culture générale, s'est affirmée d'une façon plus indiscutable encore au lendemain de la pacification, quand la vie de société a repris d'une façon plus suivie. Elles sont ainsi devenues dans les relations mondaines les arbitres du bon ton et des convenances, et dans certains genres littéraires, ceux qui relevaient plus particulièrement de leur compétence, les arbitres du bon goût.

1. Voir, sur ce point, Fremy, L'Académie des Derniers Valois, p. 158 et suiv., et P. de Dampmartin, Du Bonheur de la Cour, 1592, f" 27 a.

2. Voir d'Aubigné, Lettre à ses filles, et Tallemant, éd. Monrnerqué et P. Paris, t. III, p. 430.

3. Voir sur elles les témoignages cités par Fremy. op, cit., p. 171.

4. Voir Ronsard, bibl. elz., t. V, p. 237, et Dampmartin, op. cit., f' 27, a.

5. Voir Guy Lefebvre de la Boderie, yieslanges poétiques, cité par Fremy, p. 195.

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Il ne faut donc pas s'étonner que, dans les questions qui les intéressaient et surtout dans celles du sentiment, auquel elles sont tentées de tout ramener, elles aient fait prévaloir, sans trop de résistance, les tendances qui devaient leur être les plus favorables*. Saint-Marc Girardin a autrefois très bien noté qu'elles se sont servies du platonisme « pour régner dans le monde lettré du xvi*' siècle, comme elles s'étaient servies de la chevalerie pour régner dans le monde féodal du Moyen Age- ». Cette philosophie de l'amour a évidemment beaucoup perdu de sa profondeur et de sa beauté h devenir ainsi « une science de bonne compagnie » ; mais il est certain que dans ce rôle un peu rabaissé elle a singulièrement hâté les progrès de la politesse. Elle a discipliné la passion ^, l'a contrainte à s'exprimer sous le

1. M"' de Gournay note bien, dans Le Proumenoir de M. de Montaigne (1594). que les hommes se sont réduits sans grande sincérité et par pure complaisance au rôle d'amoureux platoniques. Après avoir dit que pour elle les amants parfaits seraient ceux « qui borneroient du tout leurs appétits amoureux aux possessions et jouissances spirituelles sans les vouloir estendre plus avant », elle ajoute : « Or il se trouve maintefois de tels amants entre les femmes, par religion de pudeur ou par conscience : et entre les hommes, bien que rarement, pur un jaloux et passionné respect des interests et volontez des Dames qu'ils servent. » — Kous voyons d ailleurs se continuer alors sans interruption, en marge de la littérature mondaine, une littérature d'esprit nettement contraire, satirique et gaillarde, à l'usage des hommes.

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