‹ Le roman sentimental avant l'AstréeChapitre 116 sur 192 · Cours de Litt. Dram., III, p · texte numérisé non relu

Cours de Litt. Dram., III, p

Il est à remarquer en effet que les femmes s'appuient sur le Platonisme pour réclamer l'égalité des sexes :

La femme est aussi bien comme l'homme capable Du loyer de vertu dès sa nativité :

Car l'un et l'autre aspire à la Félicité, Seule perfection de l'ame raisonnable.

(Pièce liminaire en tête du Triomphe des Dames, Rouen, 1599. in-12.)

3. Dans le Cabinet de Minerve (1596) de Béroalde de Verville (le même qui écrira plus tard Le Moyen de Parvenir), un gentilhomme explique ainsi à une dame ce que c'est que le nouvel amour : « Amour n'est point cette impétuosité convoiteuse qui trop insolente afflige ceux qui brûlent

FIN DU XVI* ET COMMENCEMENT DU XYIl^ SIECLE 219

déguisement d'une adoration spirituelle ^ Désormais les (lames n'admettront plus qu'on cherche uniquement en elles le plaisir qu'elles peuvent donner-. Elles prétendront ne céder qu'à des attaques qui auront été conduites dans les formes. Il sera convenu que, pour les mériter, il faudra les avoir dévotement révérées et patiemment servies.

Nous allons voir que le roman sentimental s'est efforcé de répondre à ces aspirations. Il a fait ses héroïnes chastes et fidèles, ses héros tendres et constants, réservés dans leur langage, assez délicats pour ménager les pudeurs les plus susceptibles et pour admirer généreusement la vertu qui les faisait si longtemps languir.

Il faut ajouter qu'une fois engagés dans cette voie, les auteurs y ont été soutenus par des souvenirs dont on ne peut nier l'importance : d une part, les anciens romans espagnols, comme ceux de Diego de San Pedro, qui avaient déjà divinisé la femme et purifié l'amour et que les éditions bilingues ont fait lire, nous l'avons vu, jusqu'au commencement du xvii* siècle; la Diana de Montemayor, où cette même tendance persiste, où l'on

d'une maligne flàme... Amour est une douceur manifeste qui paroît par effets gracieux... » (F" 248, a.)

1. Il est assez piquant de voir Marguerite de Valois elle-même proposer aux poètes de sa petite Cour une apologie « de l'amour honneste contre l'amour vulgaire ». {Les Poésies de M. de Mailliet, Bordeaux, S. Millangcs, 1616, in-S" [Privil. de 1611].) Il n'est pas moins curieux <le voir comment elle associe le platonisme à une passion qui semble très ardente dans ses lettres à M. de Chanvalon (publiées par Guessard, à la suite des Mémoires, 1842, in-8°) et encore mieux dans la Ruelle Mal Assortie [ibid.).

2. Vanter leur chasteté est le meilleur com.pliment qu'on puisse leur faire. En 1600, le sieur du Souhait, qui deviendra un romancier à la mode, s'assure beaucoup de sympathies parnai les dames de la haute société en les faisant figurer dans ses Pourtraicts des Chastes Dames, Lyon, par les héritiers de B. Rigaud, 1600, 12°, 156 p. [Permis d'imp. du 19 janv. 1600].

n'admet même pas la possibilité de la passion coupable, où sont décrits, dit le traducteur de 1578, « les variables effects de l'honneste amour » ; d'autre part le roman grec ^ et enfin la poésie pétrarquiste qui a eu dans la Renaissance française un développement limité sans doute-, mais intéressant et dont les thèmes se sont si bien conciliés avec le platonisme mondain. Ces antécédents littéraires expliquent que les conteurs aient si vite, et avec si peu d'hésitation, fixé le type du roman sentimental à tendances vertueuses qui va se continuer sans variations sensibles pendant plus de quinze ans.

Ollenix du Mont-Sacré (Nicolas de Montreux) a été un des premiers à se conformer à l'idéal nouveau. Il publie dès 1594 ses Chastes et délectables jardins d'amour^, en 1595 son Œuvre de la Chasteté^, histoires longues et confuses, chargées d'incidents, coupées de discours, entremêlées de pièces de vers et qui tirent tout leur intérêt de la préoccupation morale qui y domine". Les romans qui suivent s'honorent presque tous d'être chastes et pudiques :

Les Chastes Amours d'Hélène de Marthe (1597) ^,

Les Chastes et infortunées Amours du baron de VEspine... (1598) \

Les Chastes et heureuses Amours de Clarimond et Antonide (1601) %

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