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Dans les Amours Diverses de Des Escuteaux, p

332 LE ROMAX SENTIMENTAL AVANT L (( ASTREE »

L'on voit assez souvent se succéder dans le mouvement du dialogue des métaphores qui ne s'accordent guère; l'on en voit de tout à fait contradictoires associées dans un même développement*. Mais le défaut contraire est beaucoup plus répandu. Dès cette époque, l'art de prolonger la métaphore semble avoir été le plus beau secret du style galant :

Thresor d'Anioiu- (1597), f° 4 :

Madame, depuis l'heure que mon ame esclave de vos beautez fut contraincte par les plus agréables forces d'Amour de s'embarquer à la mercy des flots naissans de mes larmes, pour servir de jouet au vent de mes souspirs, tousjours incertain j'ai vogué dans ceste impiteuse mer, sans avoir l'heur d'estre éclairé d'une estoile qui me promette enfin un port asseuré. Vos yeux ont bien esté le seul astre que j'ay eu pour guide..., mais jamais vous n'avez daigné d'un favorable esclair rompre tant soit peu le nuage de la juste deffiance que j'ay que mes vœux ne s'esvanouissent en l'air avec mes souspirs

PoUphile et Mellonimphe (1599), f*' 5, a.

Mes souhaits n'ont point treuvé de parrains à leur baptesme, lesperance les mesprise et la prudence les délaisse : ils ont ma passion pour nourrice, et ma seulle volonté pour marraine 2.

1. Par exemple, dans PoUphile et Mellonimphe, 1599, f° 26, b : « Entrez en ce dedal d amour avec les filets de prévoyance, voguez sur ceste mer souz la conduite de la raison... Je vois l'entrée d'amour si facile et tant d'obstacles à la poursuivre que je crains que ce sucre ne produise de l'absinthe. »

2. Cf. l'avis Aux Lecteurs du même ouvrage; Du Souhait veut dire qu'il y a introduit quelques passages d'un autre de ses romans déjà publié :

« Je lui ay donné quelques vestemens de son frère, ils avoient esté faits pour luy, mais il n'estoit pas en aage de les porter. Ne m'en accusez pas, je suis de ces mères mesnageres qui font servir les habits de leurs premiers enfans à tous les autres. Je ne l'ay pas mis en chemise [mon premier ouvrage], je ne Tay desgarny que de quelques pièces, que j'ay jugé propres à cestuy-cy. »

Manuel d'Amour, p. 160 :

C'est par la source qu'on peut adoucir une fontaine; c'est pourquoy mon désir qui procède de vous, retourne par ce niesme cercle en vous mesme, et cherche dans ce grand réservoir do grâces quelque goutte de bienveillance pour rafraischir son ardeur.

Martyre d'Amour (1603), f° 62, b :

Courage, Cariphile, la tempeste qui bouleversoit la mer de tes désirs se commence à calmer et les orages ruineux de ton repos veulent baisser les aisles. Les alcyons commencent à paraistre et le sintelme [feu Saint-Elme] de bonne espérance perce le nuage de tes douleurs.

Bréviaire des Amoureux (1604), f° 75, h :

Je trouvay ce propos fort meur pour un homme verd, mais extrêmement corrosif à mon goust et difficile à ma digestion.

Portraict de la vraye amante (1604), p. 131 (pour dire : Calaris ne tient pas compte de ces remontrances) :

Ces remonstrances, à qui nostre Calaris avoit seulement baillé permission de passer par les terres de son ouye, mais non d'y loger, ne font point d'hostelerie en ses champs....

Bouquet de la Feintise (1610), p. 44 :

... Le combat de Cupidon, de qui l'artillerie chargée delà douce plombée d'une heureuse nuisance et tirée de la main d'une belle Damoiselle faict dans nos cœurs de si agréables ouvertures qu'il semble que fuir les coups de cette batterie, ce soit affoler la garnison de nos plaisirs...

Ihid., p. 278 :

Les greffes de nos désirs entées jadis en l'arbre de nos amours de qui les branches portoient les beaux bouquets de nos espérances....

Les infructueux surgeons qui surcroissent à présent de mes douleurs et vont prendre pied jusques à la racine de mon infortune.

Il ne faudrait pas croire que tous nos romans soient écrits de ce style et que même les plus mauvais nous offrent du commencement à la fin des passages aussi détestables. C'est l'inconvénient de ces listes d'exemples qu'on est naturellement tenté de choisir les plus frappants et qu'elles risquent par suite de donner une idée inexacte de la valeur moyenne d'une production littéraire. Mais il faut répéter que, pendant la période dont nous nous occupons, dans cette grande vogue du roman mondain, il n'est presque pas un auteur qui ait échappé tout à fait à la contagion de la préciosité. Il faut même ajouter que cette préciosité du commencement du siècle est très inférieure pour la qualité a celle qui triomphera quarante ans plus tard. Non seulement elle est plus gauche, plus lourde, plus appliquée, mais les fautes de goût en sont incomparablement plus grossières et l'on ne peut imaginer à quel degré du ridicule peut arriver alors tel romancier improvisé qui veut faire valoir la gentillesse de son esprit. Personne, dans la suite, n'oserait sans doute écrire, comme le sieur de la Place * :

Sublimont qui par le cataplasme de l'absence avoit consolidé l'ulcère qu'il avoit autresfois receu....

OU, comme Antoine du Perier ^ :

Elle estoit si parfaitement belle que ses yeux servans d'alumetes à son cœur, il fut incontinent tout de flammes....

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