Ibid., f° 18, a
« Ne plus ne moins que le vaisseau agité de deux contraires vents... ». — « Comme le son de la lyre est trouvé beaucoup plus doux et harmonieux... » ; — a Comme celuy qui agité du haut mal, après s'estre quelque temps debatu et tourmenté... » ; — « Comme le cerf qui porte en son flanc la flesche du veneur... »; — « Comme le rossignol... * )>
Dans Cleandre et Domiphille (1597) : « Comme les aisles d'un moulin à vent tournent de toutes parts au désir du souffle des vents... » (f° 330, a); au f° 351, «, comparaison de la vertu des filles à un mur dont la première pierre est la seule qu'il soit difficile d'arracher.
Dans Les Amours d'Armide (1597), imités du Tasse par P. Joulet, sieur de Chastillon, on rencontre (p. 11 et suiv.) toutes les comparaisons galantes qui servaient depuis longtemps à illustrer la beauté de la femme et qui serviront longtemps encore, jusqu'au jour où les moqueries de SoreP jetteront sur elles quelque discrédit : le teint comparé à des lis et à des roses « bien meslees et appariées », les yeux à des soleils, les dents à deux rangs de perles, les seins à « deux petits monts de neige », etc.
Mais bientôt la comparaison se concentre^, ses deux
1. La Mariane de Filomene, f° .54, a; 68, a; 183, b; 203, b; 204, a.
2. Berger Extravagant, liv. I, éd. de 1633, p. 77 et, au livre II, « le petit tour de malice ingénieux d'Anselme » et le « portraict fait par métaphore ».
3. Après 1600, les comparaisons en forme semblent passer de mode. Nous en rencontrons encore une (la vie et la navigation) dans VErocaligenesie (1602), mais c'est plutôt une manière de développement, car elle tient douze pages. Plus tard, Le Pèlerin d'Amour (1609) est rempli de comparaisons. Mais l'auteur est un bel esprit qui s'amuse; il exagère le procédé dans une intention visiblement plaisante. [Tome I : comparaisons « de TAmour aux petits oyseaux » (p. 57), aux forgerons (p. 58), à la poudre (p. 266); — des hérissons aux jeunes âmes amoureuses (p. 63); — dun beau front ù une table d ivoire, à une mer calme (p. 182);
termes se confondent et nous avons la métaphore, figure brillante, mais dangereuse, dont l'abus est un des traits les plus caractéristiques du style précieux.
La métaphore devient l'ornement indispensable des lettres, des entretiens, elle triomphe, elle s'étale, elle supplée par son inépuisable variété à la pauvreté des idées. Aucun scrupule de goût ne gêne cette fertilité d'invention dont s'enorgueillissent les auteurs de romans et de manuels. Ils renchérissent les uns sur les autres, et leurs lecteurs transportent dans les conversations mondaines ce langage figuré qu'on appelle alors « l'éloquence » et auquel les dames ne résistent pas ^
Si l'on voulait relever toutes les métaphores répandues dans nos romans de 1600 à 1610, la liste en remplirait un volume et il en faudrait deux si l'on voulait y joindre, comme il conviendrait, celles des poètes galants de la même époque. Nous ne pouvons donner ici que quelques exemples ;
Chaînes, prison. — • Olympe et Birene (1599), f° 84, b : les regards de l'amant d'Olympe la font « entrer en
— des sourcils à deux arcs-boutants, « à un fil d'hebene », « à la courbure du croissant qu'on voit errer parmy le Ciel aux nuicts les plus seraines », à larc-en-ciel, à deux arcs d'amour toujours tendus (p. 183).
— Tome II : comparaisons des filles aux oiseaux, au bois vert, des veuves à des roses à demi sèches, à une terre laissée en friche, à des coings, à des enclumes, etc. (p. 588 et suiv.)]
1. Dans Le Martyre d' Amour {X^O'i), f° 63, a, Jacques Corbin donne ce conseil à son héros Cariphile : « Recherche maintenant parmy les plus douces fleurs du Bien-dire des roses qui charment ses yeux de leur beauté et son cœur de leurs grâces. Ne crains point d'enrichir le vray d'un recherché langage... L'éloquence gaigne les âmes et les meine où bon luy semble, spécialement les Dames qui se laissent vaincre par les oreilles. » — On peut voir par les lettres de Pierre Davity insérées dans ses Travaux sans travail, quel abus il fait de la métaphore même dans sa correspondance familière. Je ne parle pas de la lettre adressée à « M"* Rudesse « (éd. de 1603, f° 87, é), qui est visiblement un amusement et une gageure.
des fers d'où elle ne sortira que par les portes de la honte ».
Clariinond et Antonide (1601), p. 21 : a L'amour a filé les liens de ma liberté, afin que pris dans ces aggreables chainons je ne souspirasse que la gloire d'une si belle servitude. »
Alisee et Diane (1602), p. 32 : « J'ay jette la clef de ma liberté dans l'abisme de l'oubly, pour ne sortir jamais de vostre belle prison. »
MÉTAPHORES TIRÉES DU FEU. — Manuel d'Amour, p. 7 : « Les cendres de la discrétion ne sont suffisantes pour esteindre les vives flammes de la perfection : car la renommée en faict tousjours voler les estincelles dans les cœurs les plus refroidis. »
Martyre d'Amour (1603), f° 1, Z> : « Ces deux amants firent naistre du choquement de leurs œillades les flammes qui consumèrent leurs âmes. »
Ibid., f° 5, a '. « Ces premières braises d'amour qui avoient esté cachées en sa poitrine sous la cendre du mespris, vinrent soudain à s'enflammer... »
/èîc?.,f°70, a : « Me plaindre si doucement, ce n'estoit que mettre de l'huile dans le feu de ses rigueurs. »
Secrettes Ruses d' Amour \ i" 10, <2 : « Il est nécessaire d'allumer les flammes du désir pour y apporter l'eau du contentement. »
Navigation. — Genièvre et Ariodant (1601), Au lecteur : « Son envie servant de voile et ses beaux désirs de gouvernail..., ses Fouspirs furent les vents qui la conduisirent jusqu'à Marseille. »
1. Les Secrettes Ruses d'Amour, où est monstre le vray moyen de faire les approches et entrer aux plus fortes places de son empire, par le S. D. M. A. P., Paris, Th. Estoc, ia-12, 39 fi. Trois rééditions, 1610, 1611, 1618.
Alisee et Diane (1602), p. 32 : « Vous estes le Phare qui doit conduire ma fortune dans le port de son bien. »
Martyre d'Amour (1603), f° 98, b : « Voilà nos amants qui voguent maintenant en deux mers différentes dont Tune est salée et l'autre est douce : ils voguent sur la mer Adriatique et dans la mer de leur aise. »
Enfer d'Amour (1603), f° 40, a : « Pouvoy-je faire naufrage de ma liberté dans de plus belles ondes que celles de ses tresses dorées?))
Lict d'honneur de Chariclee (1603), Epistre liminaire : <( Elle flotte sur la mer de la persécution de son Prince, qui la veut livrer au naufrage de sa concupiscence. »
Ibid., f° 89, a : a Pensois-tu aborder le rivage de mon amitié en esloignant du havre de mon object celuy qui y estoit à l'anchre? »
Art militaire. — Poliphile et Mellonimphe (1599), f° 6, b : « Poliphile fait un escadron de soupirs... ))
Amours de Pégase (1600), f° 78, b : « Daphné s'arme de l'acier de sa rigueur contre les pointes de ses parolles. ))
Enfer d'Amour (1603), f*^ 38, a : « Il ne void pas l'Amour en embuscade dans les yeux de Clirie. »
Ibid. y f*^ 61, ^ : « Rien ne luy reste pour opposer au choc du malheur qu'un bouclier de patience. ))
Bouquet de la Feintise (1610), p. 61 : « Une artillerie d'oeillades. ))
Art du bâtiment. — Portraict de In vraye amante (1604), p. 48 : (( Vous ne pouviez mieux travailler pour vostre amoureuse fortune qu'en vous aydant des pierres de ma bonne volonté pour bien jetter les fondemens de son asseurance. ))
Lict d'honneur de Chariclee (1603), f° 91, a : « Vous monterez à la conservation de la réputation par les
degrez de vostre charité, qui sera, s'il vous plaist, l'arboutan de sa gloire. »
Secrettes Ruses d'Amour, f° 15, b : a Les fondements dont ce palais d'amour a besoin d'estre estayé, sont des bonnes et fortes colones du secret et de la discrétion : des pierres angulaires pour l'enceindre, la candeur : et du ciment qui le tout lie, de la fidélité. )>
Travail du fer. — La Bergei'e de la Palestine (1601), f° 48, a : (( La jalousie avec un marteau de desespoir plantoit mille doux en l'ame de Phylide. »
Portraict de la vraye amante (1604), p. 78 : « Ses prières eurent à faire à un fer qui résistoit entièrement au marteau de ses impressions. »
Bouquet de la Feintise (1610), p. 64 : Les charmes des dames sont « les cruels marteaux dont elles sçavent si bien battre le clair acier de nos affections ».
Instruments de l'écriture et du dessin. — Enfer â' Amour (1603), f° 23, a : « 11 efface le nom de Victoria de sa mémoire pour y graver avec le burin de son infidélité celuy de ceste nouvelle maistresse. »
Espines d'Amour (1604), p. 98 : « Il prit une plume pour crayonner sur l'innocence du papier la cruauté de son ame. »
Bréviaire des Amoureux (1604), f° 71, a : « Je m'en vay plus mal que jamais et vous envoyé un pourtraict de ma mort peincte au vif des plus pitoyables couleurs de mon sanof. »
Chirurgie. — Amours de Lauriphile (1599), f° 80, a : <c Ses cruautez sont le cauthere qui augmente la playe pour la faire plustost guérir. »
Amours de Pégase (1600), f° 10, a : « Comme il se voit escarté de ces Soleils [les yeux de son amie], il recognoit mieux sa blessure et sent plus vivement la douleur de
ses playes au second appareil qu'en recevant le coup. »
Métaphores de diverses sources : Poliphile et MellonimpJie (1599), f° 2, Z> : « Melionimphe voile sa flamme d'un crespe de discrétion. »
Désespéré Contentement d^ Amour (1599), p. 131 : « Exprimez par la force de la prudence quelque suc de raison du marc de vostre passion. »
Amours de Pégase (1600), f" 31, a : « Il entre dans le cabinet de son ame par la porte de son amitié. »
Ibid., f° 77, b '. (( Les assurances du mariage sont les filles de chambre qui la despouillent de ses résistances. »
Clidamant et Marilinde (1603) * : « Elle tire de ses belles lumières tant de pleurs qu'il semble qu'elle veuille submerger l'Orient de ses beautez en un désolé Océan de larmes ».
Enfer d'Amour (1603), f° 33, b : « Ses beaux yeux ou, pour mieux dire, ses beaux Soleils se cachent sous la nue de ses mourantes paupières... »
Ibid., f° 64, a : a Semblable au saffran, plus il est foulé des pieds de la rigueur, plus il esleve les fueilles de son amour. »
Trophée deV Amour (1604), p. 2 : « L'Amour qui est le doux laict des désirs et la ruche à miel des esprits délicats. »
Bouquet de la Feintise (1610), p. 85 : Les amoureux patients « tiennent en lesse leurs passions attachées au collier de leur attente )>.
Ibid., p. 181 : Un amant qui se détache : « Mon amour a aujourd'huy le bonnet en main pour prendre congé de vous. »