‹ Le roman sentimental avant l'AstréeChapitre 180 sur 192 · Astier est auvergnat, Menantel picard · texte numérisé non relu

Astier est auvergnat, Menantel picard

3. Clidion et Armirie (1612), Ipsills et Allxee (1613), Le Ravissement de Clarlnde (1617).

4. Par exemple dans celui de la reine Marguerite (morte seulement en 1615) : « Elle parloit Phebus, dit Tallemant, selon la mode de ce temps-là. » (Éd. P. Paris, 1854, I, 147.)

5. Histoire comique de Francion, Paris, 1623, in-8°. Ed. Colombey, p. 225 et 226.

tion. Dans le monde même des auteurs, certains s'étaient déjà amusés à les tourner en ridicule. Dès 1605, Marcellin Allard, dans sa Gazzette Françoise^, se moquait à la fois de la politesse affectée des manières-, des « douces charmantes paroles des langues courtisanesques ^ » et des excès du métaphorisme *.

Quoique Malherbe soit arrivé à la Cour en 1605, son autorité ne s'est fait sentir que bien plus tard. Mais il est probable que les prosateurs du genre sérieux ont contribué par leurs œuvres à purifier le goût. L'éloquence, qui, après 1594, avait paru entraînée quelque peu vers la préciosité^, et justement par l'exemple, de la littérature mondaine^, a été en somme préservée, par la

1. Paris, P. Chevallier, 1605, in-8°, 370 fiF. [Priv. du 28 nov. 1604]. C'est une parodie burlesque du roman militaire.

2. Par exemple au ch, xl (P 307 et suiv.), où il fait le portrait « d'une jeune vefve mignonne, doucette, sucrée..,, qui bien sçait faire l'affettee, la délicate, la desg-outee..., qui par forme d'honnesteté mange les lantilles avec la fourchette et fait de sa bouche mignardelette d'une cerise deux morceaux... »

4. Particulièrement au f° 359 et dans les pages qui suivent. Il accumule là pour représenter les beautés des dames toutes sortes de métaphores volontairement extravagantes : « leur front : la sale du bal des grâces..., leurs yeux : fenestres de l'ame, trompettes du cœur et arsenals d'amour..., leurs joues : floureux parterres de Cipris..., leur bouche : le magasin des beaux discours, rondelette, petite, sucrée, riante, flateresse, baiseresse..., leur langue : neud gordien des cœurs..., leur parler : la Circé des volontez..,, leurs dents : baricades du doux baiser..., leur menton : l'amphiteatre des avant-jeux d'Amour blondoyant.,., leur poitrine : l'.'Eole des Zephirs d'amour »..., etc.

5. On trouve sur ce point un témoignage intéressant dans Du Vair, De l'Eloquence française, éd. Radouant, 1907, p. 164.

6. Dans un passage très significatif de sa lY® Remontrance, prononcée en 1598, Ranchin condamne ces avocats « trop effeminez, trop piafiFeux, trop luxurieux », qui s'amusent à recueillir « quelques petites fleurs à faire des chapelets et des guirlandes », dont • le langage par trop affetté sent plus le parfum des amoureux que la lampe de Demosthene » : • iSous jugeons à les ouyr parler qu'ils font tout leur estude aux mots et aux dictions, qu'ils recerchent curieusement dans quelques livres de plaisir composez depuis n'agueres qui ont bruit d'estre tissus d'un stile

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solidité de son fond, de la contagion régnante; des orateurs comme du Perron, comme du Vair, comme CoejBTeteau ont pu exercer une influence salutaire : c'est du moins l'avis de Pierre de Deimier dans son Académie de VArt poétique (1610)*. Il est presque sûr que VAstrée, dont la première partie a paru en 1607, la seconde en 1610, n'a pas été, sur ce point, moins utile. Plus tard, dans sa Bibliothèque Françoise *, après avoir parlé des romanciers du commencement du siècle, de « Nerveze et quelques autres qui entremesloient dans leurs Histoires des Dialogues si embarassez et si peu intelligibles qu'il faloit que ceux qui prenoient plaisir à les lire les estimassent excellens parce qu'ils ne les entendoient pas », Charles Sorel ajoute : « On se garentissoit de cette barbarie en s'arrestant aux agréables inventions de VAstree et à ses beaux et sçavants Discours, qu'on aymoit d'avantage et qui depuis peu avoient acquis du crédit ».

mignard, d'une phrase coulante, riche et figurée. » (Dans Harangues et actions publiques desplus rares esprits de nostre temps, Paris, 1609, in-8% p. 490 à 493). Gela est dit des avocats de Montpellier, mais a dû être vrai de tous : quelques pages de Canaye (en 1595, même Recueil, p. 336-338) nous le font supposer. Ces textes sont cités dans l'excellente étude de M. Radouant sur le Traité de V Éloquence Françoise, de Du Vair, 1907, p. 28-29.

1. P. 276 : « L'on voit qu'aujourd'huy les plus célèbres escrivains pour la prose ont un stile clair, doux et majestatif et du tout vuide de figures estranges, de poinctes afifectees et de paroles hors de propos hautaines et inconnues, comme autrefois ceste vaine façon d'escrire estoit et se treuve encore afi'ectueusement pratiquée par quelques-uns. — Or on peut connoistre clairement que M. le Cardinal du Perron, les R. P. Richeomme, Cotton et Coëffeteau, M. le Président du Vair, le, Marquis d'Urfé et M. Renouard ont leurs oeuvres toutes remplies de ceste parfaicte façon d'escrire. Car on voit que leur stile est tres-dous et intelligible, et que l'Eloquence y parle naïvement suivant les subjects qui luy sont en main. »

Venant à parler des grands ennemis du « phebus », Peiresc cite aussi, avec Malherbe, Du Perron et Du Vair : voir sa lettre de 1624 à M. Guillemin. {^Lettres de Peiresc, éd. Tamizey de Larroque, t. V, p. 30.)

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