‹ Le roman sentimental avant l'AstréeChapitre 50 sur 192 · Ch. Ti · texte numérisé non relu

Ch. Ti

SOU secours le Dieu des chrétiens et les divinités de l'Olympe. Elle s'écrie, au chapitre xix :

« O Eternel, exalté et sublime Dieu, si quelque foys vous plaist ouyr les misérables pécheurs, prestez vostre ouye à ma prière et supplication et ne regardez en mes péchez et iniquitez... O pauvre désolée que je suis, je congnoys et sçay vous avoir griefvement offensé.... O souverain Dieu, je suis certaine que sçavez le secret de mon cueur : car la divine praescience sçait et congnoist tout, sans rien reserver : et voyez que continuellement suis tentée de me vouloir tuer, sans avoir regard à la perdition de ma pauvre ame »

C'est un modèle de prière chrétienne et pénitente. Mais au chapitre xxii elle parle « du lieu très formidable où résident Minos et Rhadamanthus » et supplie Charon de monter en sa barque « pour la lever de ceste rive et la porter en la sienne qui luy seroit plus doulce habitation ».

La première partie des Angoysses amoureuses a donc été visiblement composée sous l'influence directe d'une œuvre étrangère. On ne peut nier cependant qu'elle ne représente par certains côtés un effort original et intéressant.

D'abord les deux actions ne sont pas longtemps parallèles : la dame de Crenne n'a suivi de près que les deux premiers tiers du premier chapitre de la Fiammette\ la situation des deux amoureuses devient ensuite toute différente. Fiammette, sans rencontrer d'obstacles, jouit de l'amour de Pamphile : elle n'a plus ensuite qu'à se plaindre de son inconstance. Au contraire, la passion d'Hélisenne ne sera jamais satisfaite, elle ne pourra se manifester qu'en regards, en attitudes, parfois en quelques lettres ou en quelques brefs propos; ces manifestations même seront toujours pour elles péril-

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leuses, elles seront des occasions de conflit avec un mari averti, vigilant, qui usera de tous les moyens qu'il a de préserver son honneur. Ainsi, tandis que dans la Fiammette l'action se ralentit dès le départ de Pamphile, se réduit à l'agitation d'un cœur qui ne trouve plus qu'en lui-même des raisons de soufFrir, dans les Angoysses, au contraire, elle va toujours se renforçant, devient une lutte de plus en plus vive entre des adversaires toujours plus excités, enfin tend vers le drame. Une autre supériorité des Angoysses, c'est qu'on s'y sent plus près de la vie. Cela tient peut-être à ce que cette histoire a été vécue ou est l'arrano^ement d'une aventure réelle. Il faudrait pour l'affirmer être mieux renseigné que nous ne le sommes sur la biographie de Madame Hélisenne. Et particulièrement il faudrait pouvoir démêler ce qu'il y a de sincère et de personnel, sous le développement littéraire, dans ces Epistres et Invectives * où elle se plaint de médisances, d'accusations injustes, de mauvais procédés de son mari. Existe-t-il, ce château de Gabasus où est enfermée l'héroïne des Angoysses"^ Ce n'est sans doute pas une circonstance inventée que son mariage si précoce, non plus que ses fâcheuses conséquences. Le monarque galant dont le mari redoute le voisinage ne peut être que François I". La dame de Crenne aurait-elle imaginé aussi ce caractère d'amoureux si opposé à l'idéal convenu, de médiocre naissance (nouveauté trop hardie, nous le verrons tout à l'heure, pour le public de ce temps), vaniteux, indiscret, sans courage, mesurant le danger et préoccupé d'assurer sa retraite (cela ne pouvait aucunement se supporter)? Enfin le mari (qu'on se rappelle

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