Paris, 1539, in
son inquiétude affectueuse quand il voit sa femme si absorbée, si changée, l'effort qu'il fait pour sourire, pour appeler les confidences, ses conseils de sagesse, ses tentatives de rapprochement après les premières scènes, ses violences quand il surprend les lettres, ses propos furieux contre Guénélic, cette frénésie barbare que modère seule la crainte du scandale, enfin sa résolution froide et implacable : la séquestration), un tel mari ne semble-t-il pas avoir été représenté d'après nature^? — Hélisenne est aussi, à coup sûr, bien moins littéraire que Fiammette ; il est aisé de la retrouver sous la lourde parure érudite dont elle enveloppe ses discours : tantôt véhémente, entraînée par un vertige des sens quand elle va et vient dans sa chambre, « la face palle, l'œil offusqué, vagant comme une servante de Bacchus " )>, tantôt brisée, languissante^, « inclinant son chef en terre », perdant « sa couleur purpurine, comme la violette abbatue », petit être de désir très fragile, très délicatement féminin. On a l'impression que ce n'est pas seulement son nom que Madame Hélisenne a prêté à son personnage.
On ne peut donc refuser à cette première partie des Angoysses le mérite d'avoir assez heureusement associé l'imitation intelligente d'une œuvre de grand art et une observation juste et sincère de la réalité. Elle a encore l'avantage d'être notre premier roman autobiographique, le premier livre français qui puisse s'appeler « le Journal d'un femme ». Avec son action simple et commune, ses péripéties si ordinaires, elle est enfin la première de
1. N'est-il pas bien plus vrai que Taveugle mari de Fiammette?