‹ Le roman sentimental avant l'AstréeChapitre 60 sur 192 · Nouvelle iv · texte numérisé non relu

Nouvelle iv

gnement de sept autres années, si on ne justifie pas, comme nous l'aurions souhaité , cette détermination singulière, on nous en propose du moins des explications : « La Royne, ou pour se monstrer autre qu'elle n'estoit, ou pour expérimenter à la longue l'amour qu'il luy portoit, ou pour en aymer quelque autre qu'elle ne vouloit laisser pour luy, ou bien le reservant, quand celluy qu'elle aymoit feroit quelque faulte, pour luy bailler sa place, dist, d'un visage ne courroucé ne content ^.. » Il n'en est pas ici comme dans la fiction pure où l'auteur règle à sa guise l'évolution des sentiments, pourvu qu'il respecte la logique et la vraisemblance. Ici les faits sont donnés; on ne s'interdit pas de les arranger quelque peu, mais, en somme, ils ne sont significatifs qu'à la condition d'être exacts dans leur fond. Le problème est de reconstituer leurs antécédents et de deviner leurs mobiles; on peut se tromper, mais on cherche, et ces essais d'explications, qu'on n'avait pas rencontrés jusque-là dans la nouvelle française, marquent un progrès certain de l'analyse.

Le progrès de l'expression n'est pas moins manifeste. Telle nouvelle ne vaut que par là. Une jeune fille de seize ans, belle-sœur d'un sommelier de François, encore duc d'Angoulème, brûle pour lui d'un amour tendre et respectueux; le prince ne peut rien obtenir d'elle, « quelque poursuite qu'il en fasse » : « par quoi congnoissant son honnesteté il laisse son entreprinse ». Un tel exemple de chasteté est assurément digne de tout éloge : mais qui se souviendrait de la vertu de cette pauvre fille si Madame Marguerite, qui l'avait connue,

Page 1