Les Amours de Lydiam et de Floriande
3. Satyre au IV** livre des Douces Affections de Lydamant et Calliante (1607). Cet épisode a été souvent repris, on le sait, et particulièrement par Du Yerdier. à la fin de son Chevalier Hypocondriaque . Il est intéressant de noter, dès le commencement du xvii* siècle, ces sortes de dégnisements que les comédies et les nouvelles espagnoles (celles de Cervantes sont de 1613, et ne sont traduites qu'en 1614) contribueront à mettre à la mode dans notre littérature.
4. Par Antoine du Périer, sieur de la Salargue, Paris, J. Gesselin^ 1599. in-12.
5. Les Amours de Pistion, par Ant. du Périer, sieur de la Salargue, Gentilhomme Bourdelois, Paris, Th. de la Ruelle, 1601, in-12, 381 p. Dédie, à la Roine Marguerite. Vers liminaires signés Garnier (Claude, sans aucun doute), où il est parlé de la reine Marguerite, de Michel de l'Hôpital, du « Cygne Vandomois » et des voyages de Tauteur, ces- € voyages de pris »,
Que, tous pleins de labeurs et de peines diverses. Ta personne accomplit par de longues traverses Soit au sein d"Amphitrite, ou soit dans les desers De sauvages crineux et de bestes couvers.
Un avocat au Parlement, Jacques du Hamel, a tiré, dès 1603, une tragédie de ce roman : Acoubar, tr., sans divisions d'actes ni de scènes, avec des chœurs, Rouen, R. du Petit-Val, 1603 et 1611, in-12 [Déd. à Ph. Desportes].
6. Au début du roman (p. 6), l'auteur parle de ce dernier voyage de-
FIN DU XVI^ ET COMMENCEMENT DU XVIl'= SIECLE 18&
rivières larges et profondes, les inaccessibles forêts pleines d'oiseaux inconnus, d'animaux étranges, les continuels brouillards, la rigueur du climat; il parle des sauvages qui l'habitent, de leurs mœurs, de leur religion*. La noblesse française s'était toujours passionnée pour les aventures lointaines; le xvi*^ siècle, siècle de grands voyageurs^, avait encore fortifié ce goût. D'autre part, certains de nos gentilshommes, peu portés vers les délassements intellectuels, souffraient de l'inactivité
Canada où il a comparé « la civilité des François à la rustique graco de ces sauvages », « de laquelle, ajoute-t-il, j'ay eu tant d'horreur vivant parmy eux que ceux qui sont bien nez se peuvent dire les bergers de ces bestes ou les Dieux de ces hommes ». Il faut noter que le récit a paru avant cette relation de la première expédition de Champlain à la Nouvelle-France : Des Sauvages ou Voyage de Samuel Champlain, de Brouage, contenant les mœurs, façon de viure, mariages, guerres et habitations des sauvages du Canadas, Paris, G. de Monstr'œil, 8°, 36 fF. [Priv. du 15 nov. 1603].
1. Page 7 : « Ce n'est pas qu'ils n'ayent des chefs et des Roys qu'ils recognoissent plustot par une naturelle inclination (comme les mouches à miel) que par raison ny par cognoissance qu ils ayent de bien faire. Ces pauvres gens, n'ayant rien de Ihomme que la forme, vivent comme les bestes, faisans des bois leur jardin et leur louvre, couverts de trois ou quatre peaux de castor cousues ensemble, non joinctes au corps pour en retirer de la chaleur, mais nonchalamment mises sur les espaules... : ils ont quelque forme de société parmy eux, de guerre avec leurs voisins : et d'autant que ces deux choses sont communes aux animaux, je les appelleray seulement hommes parce qu'ils parlent... » Un peu plus loin (p. 8), Antoine du Périer parle encore « des démons qu'ils adorent, non dans des somptueux temples, mais dans de stériles campagnes, assis en rond, où après un long silence ils font tous un cry gênerai et un batenicnt de bras sur leur corps si violent, lors que celuy qui est au milieu d'eux prononce les parolles que leur Dieu luy a dit à l'oreille, estant couché contre terre, que la sueur leur ostant l'olivastre couleur de laquelle ils sont tousjours peints, ils deviennent blancs comme les François auxquels ils ressemblent de la taille et des traits du visage plus que nation que j'aye jamais veu, ayans comme eux une seule femme et une jalousie extrême de leur honneur. Il est vray qu'il est assés facile d'estre chaste lorsque les objects ne sont ny accessibles ny beaux. »
2. Voyages de Jean Parmentier, de Jean Ango, de Jacques Cartier, de Jean de la Roque, de Villegagnon, de La Ravardière, de Rasilly,,.. pour ne citer que les expéditions françaises. Les récits de voyages constituent déjà un genre important. (Cf. Ch. de la Roncière, Hist. de la Marine Française.)
à laquelle la paix les avait réduits et de n'avoir plus d'autre occupation que de « piquer, comme dira Charles Sorel, un coffre dans une antichambre^ ». C'est à eux sans doute que s'adressaient ces récits d'aventures. Mais ce public-là ne lisait guère. Le public qui lisait avait d'autres goûts, et les dames particulièrement voulaient des sujets qui fussent plus de leur compétence.
C est encore pour ce public de gentilshommes peu cultivés que sont écrites ces a Histoires tragiques » dont Bandello et Belleforest avaient autrefois répandu le goût. Les rééditions de leurs nouvelles, si nombreuses encore dans les dernières années du xvi^ siècle, suffiraient à prouver que ces récits aux dénouements barbares trouvaient encore des lecteurs. Les auteurs qui cultivent après eux ce genre violent s'arrêtent bien quelquefois aux préliminaires des liaisons amoureuses et l'on ne peut dire qu'ils aient écarté toute analyse ; mais il est visible C[ue ce qui les intéresse, ce sont non les passions, mais les crimes auxquels elles peuvent conduire.
Une maîtresse, sur qui son amant a fait courir de mauvais bruits, le tue d'un coup de poignard^. Une autre venge ^a mort de son ami en faisant manger au meurtrier des confitures empoisonnées, après quoi elle « se lance sur une espee qui franchit sans commisération les bornes de son sein ^ ». Poussé par une jeune fille
1. « Ceux dont les esprits ne peuvent vivre en loysiveté des armes eurent permission d aller clierclier de Texercice en Flandres ou en Hongrie. » (Histoire de Henry IV, par Pierre Mathieu, in-f°, livre II, p. 268.)
2. Discours de la Perfidie d\4mour, par Joseph de la Mothe, Lyon, Pierre le Phénix, 1594, in-12. Jean Prévost, sieur de Gontier, reprend à peu près le même sujet dans les Amours de la belle Du Luc, Paris, 1598, in-12 : mais il prend le parti de la demoiselle, tandis que les sympathies de La Mothe vont à la victime. L'histoire était véritable : la coupable avait été jugée et acquittée par le Parlement de Bordeaux.
3. Le Lict d' honneur de Char'iclee, par Jean d Intras, Paris, Robert Fouet, 1603, in-12. La scène, on ne sait pourquoi, est placée au Mexique,
qu'il aime, un gentilhomme empoisonne sa mère qui s'opposait à leur mariage : on les prend, on les juge (long combat de générosité où chacun d'eux veut prendre sur lui toute la faute), on les condamne et nous pouvons suivre, minute par minute, l'horrible détail de leur suppplice \ Un jeune seigneur gascon tue un médisant qui a calomnié sa maîtresse, tue un Président qu'on veut lui imposer pour mari, la blesse elle-même, sans le vouloir, du même coup et se suicide enfin pour se punir de sa maladresse^. Le roman du sieur de la Place, La Chasteté violée^, n'est qu'une suite de crimes. Sublimont, fils de bonne maison, mais fils cadet et, par suite, manquant de bien, assassine son frère aîné pour hériter de lui et il peut ainsi épouser la belle Pamphile. Il se lasse vite de son chaste amour et s'éprend d'une femme mariée, Faustiane, qui ne le fait pas languir longtemps. Après maint rendez-vous furtif, ces deux amants, fous de passion, ne songent plus qu'à se rendre libres l'un et l'autre. Sublimont fait mourir sa femme, Faustiane supprime « son fascheux de mary » en l'étranglant avec une serviette; les deux coupables échappent à la justice humaine : mais la justice divine veille et les frappe, l'un après l'autre, bientôt après ^.
dans la ville de « Temistitan » : il n'y a rien dans le l'oman qui cai'actérise les mœurs de ce pays et tous les personnag-es sont donnés comme européens.
1. Le Martyre de la Fidélité, par Jean d'Intras, Paris, Robert Fouet, 1604, in-12. En tète du livre, pour attirer le lecteur, une gravure représente le supplice des deux amants.
2. Les Tragiques amours du Jidet Yrion et de la belle Pasithee, Paris, J. Canut, 1601, in-12.