Paris, Abraham Saugrain, 1604, in
4. Il faut classer dans le même groupe Les Destinées des Amans (1603) de Ph. Tourniol, quoique l'action en soit portée en Orient : beaucoup de morts, le meurtre horrible d'un enfant y sont la conséquence d'un « amour lascif ».
Filandre ^ va plus loin encore dans le crime. Il a enlevé Marizée, jeune demoiselle du Comtat, il l'a emmenée en Ecosse et, l'ayant épousée, il vit avec elle dans la misère. Cette existence lui devient bientôt insupportable, il revient en France sous prétexte « d'y chercher des moyens », il s'y remarie et oublie, avec sa première femme, les enfants qu'il lui a laissés. Les années passent. Marizée élève péniblement sa famille : cjuand l'aîné de ses fils est devenu assez grand pour entreprendre le voyage, elle l'envoie à la recherche de son père :
Filandre le reçoit, non en père, mais en estranger et le recognoissant fort bien, ne le veut point cognoistre. O cruauté barbare ! Les bestes chérissent leur nourriture et ce cruel desadvoue la sienne î
Il lui donne a quelque pièce d'argent » et le chasse. Marizée, en apprenant sa trahison, se tue avec ses enfants, n'épargnant que son aîné pour qu'il puisse porter à Filandre la nouvelle de sa mort. Filandre entre en fureur quand il voit revenir ce témoin importun : il entraîne son fils dans un bois, il lui met le poignard sur la gorge. Heureusement des chasseurs le surprennent et, devinant trop clairement son dessein, l'emmènent prisonnier à Grenoble. Il s'échappe en route; le Parlement le condamne par défaut et le fait exécuter en effigie ; sa seconde femme entre dans un monastère.
Ces histoires d'adultère, de meurtre, de bigamie ne relèvent guère de la littérature. Elles excluent toute
1. Les Amours de Filandre et Marizée, par de Nerveze, Marseille, Pierre Symonet, 1598, in-12. Une vingtaine d'années après, Gilbert Giboin en a porté le sujet au théâtre : sa iragi-comédie des Amours de Philandre et de Marize'e, en 5 actes et en vers, a été imprimée à Lyon, J. Gautherin, 1619, in-8. [Déd. au Marquis d'Urfé.]
FIN DU XVl^ ET COMMENCEMENT DU XVlT SIECLE 189
préoccupation artistique et ne visent qu'à ébranler fortement les nerfs par des moyens grossiers. Ces plats récits, où l'on ne retrouve rien de l'imagination et de la vivacité d'un Bandello, ne sont le plus souvent que des faits-divers délayés, très comparables en somme aux « relations veridiques », aux « discours pitoyables », ou « lamentables », ou « déplorables » d'aventures funestes et d'atrocités que les librairies populaires offraient depuis longtemps à la curiosité de la foule '. On en voit d'ailleurs diminuer le nombre à mesure que s'affirme le succès du roman sentimental". Le genre ne renaîtra qu'un peu plus tard, comme une sorte de réaction contre l'abus des fades galanteries. De Rosset et quelques autres reprendront alors, avec un peu plus de talent que leurs prédécesseurs immédiats, la série des « Nouvelles tragiques ».
11 fallait être déjà un peu plus cultivé pour s'intéresser aux imitations des romans grecs que nous rencontrons encore, en petit nombre d'ailleurs, à cette époque. Les Amouf's de Cleandre et Domiphille (1597)^, par Nicolas de Montreux, les Adçantureuses et fortunées amours de Pandion et d^Yonice (1599)*, de J. Herembert, V Histoire de Cleophas et de Sephora (1601) ^, par Roussel, V Histoire
1. Des collections assez complètes de ces relations figurent dans le tome III du Catalogue La Vallière (De Bure), sous le n° 4375, dans le Catalogue de L. Coste (1854), p. 379 et dans le Catalogue Rothschild (par M. E. Picot), t. I, p. 65 et suiv. On sait avec quel soin L'Estoile recueille dans son journal toutes ces horreurs. Voir, par exemple, t. IX {1607-1609), p. 250, T « Histoire prodigieuse d'une jeune femme exécutée à Nice pour avoir pendu son père ».
2. On peut s'en rendre compte par le Tableau II qui se trouve à la fin de ce volume.