AUX ALLIÉS
Depuis la grande révolution qui a secoué le monde et + fait pénétrer partout les idées d'intérêt général et de solidarité, les gouvernements ont créé diverses institutions internationales qui rendent les plus grands services à l'humanité. Citons les plus connues : la convention monétaire, l’union postale, la croïix-rouge, les signaux maritimes, la grande pêche, le transit, la propriété littéraire, industrielle et commerciale. Les hommes qui poursuivent un but commun ont fondé des sociétés internationales puissantes : les catholiques. les protestants, les libres penseurs. les pacifistes, les francs-maçons, les travailleurs, les collectionneurs, les touristes, etc., sont unis par des liens internationaux et se réunissent en congrès de plus en plus fréquents. C'est à peine si la guerre qui déchire les peuples peut entraver les communications entre gens qu'un même idéal attire et rapproche malgré tout.
La guerre même a provoqué de nouveaux groupements qui unissent et rassemblent périodiquement les parlementaires, les économistes, les inventeurs, les publicistes, etc.
Les Alliés sont en communication continue par de multiples commissions politiques, militaires, commer- ‘ciales, etc. £
Les téléphones, les télégraphes; les chemins de fer, les dirigeables, les aéroplanes fonctionnent sans répit. Ce ne sont plus seulement les diplomates qui échangent des communications : les soldats alliés sont en contact journalier et il faudrait à chacun plusieurs interprètes pour communiquer avec les nouveaux camarades qui arrivent à l’aide de nos nationaux.
Les *aviateurs qui attérissent et se rencontrent dans
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plus de dix pays différents, non seulement ne se comprennent pas entre eux, mais ne peuvent se faire comprendre des amis qui les accueillent. Il est profondément triste de voir tant d'hommes qui luttent pour la même cause, qui se croisent chaque jour sur une
‘terre alliée et qui n'ont même pas la ressource des sourds-muets à qui on a appris un langage conventionnel par gestes."
Cette gêne considérable subsistera après la guerre et sera préjudiciable à la cause de la civilisation si les. alliés ne crèent au plus vite un Office international de langue.
Si nos gouvernants le veulent, dans trois mois, les soldats alliés, munis d’un petit manuel qu'ils étudieraient avec passion, pourraient fraterniser directement par la parole, et, de retour chez eux, après leur mission accomplie, ils propageraient la langue de la victoire et de la fraternité des peuples, chacun conservant jalousement, pour les relations entre concitoyens, l’idiome de ses pères et son drapeau national.
L'association inter-nationes que la guerre laisse entrevoir serait-elle possible sans une langue internationale ? É
Pour le bien de l'humanité, pour le triomphe définitif de la civilisation, qu'un gouvernement prenne immédiatement l'initiative de faire nommer une commission pour trancher la question ! L'avantage est manifeste : peut-on trouver un inconvénient ? Lequel ?
Il importe peu que cette commission adopte une des langues auxiliaires existantes ou en combine une autre si he croit pouvoir faire mieux ; ce qu’il faut c'est agir
immédiatement pour mettre fin à la confusion linguistique que le progrès des communications matérielles a rendu intolérable.
À cette commission où seront présentés. divers rojets, nous nous chargeons de démontrer que Ja angue À »glo-latine est la plus facile de toutes.
Aux gouvernements intéressés de dire si elle n’est pas
celle qui répond le mieux à leur commun idéal !
Boulogne-sur-Mer, 20 Décembre 19r7. A. MICHAUX.