‹ Le romancero du pays basqueChapitre 9 sur 11 · GORI · texte numérisé non relu

GORI

place pour deux, à moins que ce ne soit la vengeance qui t'accompagne. »

C'est toute la jeunesse du pays qui part pour Saint- Sébastien, afin d'y passer les fêtes et d'assister aux combats de taureaux.

Pascual Muxica se joint à elle, non qu'il ait soif de plaisir ; mais il a besoin de tuer, au moins de voir tuer quelqu'un.

Ils sont entrés dans la ville, précédés du fifre et du tambourin, et vont s'établir tout près de la grande place.

En attendant la course, ils se sont mis à danser comme des gens qui n'ont d'autre souci que de se divertir.

L'heure venue, ils se pressent à la porte de l'arène : Dieu ! quelle foule ! une poule ne reconnaîtrait pas ses poussins.

Pascual reconnaît pourtant Maïa dans une loge éloignée, et il distingue les signes qu'elle fait à Yespada pour l'encourager.

Celui-ci y répond, vraiment; tout à sa belle, il ne prête qu'une médiocre attention au taureau, qui se défend vaillamment.

— Gori! Gori! Gori! — A la voix de son maitre, il s'élance sur son adversaire, le perce de ses cornes et l'apporte à Pascual. Vive, vive le Navarrais !

Pascual a sauté sur le sable et sur l'épée échappée à l'étreinte défaillante du vaincu; il la tient baissée

dans sa droite, pendant que son bras gauche embrasse le cou du vainqueur.

Il se fit alors un tel bruit, que Ton n'eût pas entendu le tonnerre, et que nul ne prit garde à une femme tombée sans mouvement.

L'édifice entier semblait crouler sur la place ; peuple et alguasils resserraient de plus en plus le cercle autour de Pascnal et de son taureau.

Mais les Guipuscoans sont généreux; la nuit n'était pas venue, que toutes les lames qui n'étaient pas encore rentrées, restaient à l'air pour protéger les deux vaillants Navarrais.

Ils ont regagné leurs montagnes et passé fièrement sous les cornes clouées pour toujours à la pierre.

Depuis des siècles, Etcheçahar est la demeure de braves Navarrais, d'une race qui n'a jamais produit de sot ni de lâche.

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