‹ Le romancéro populaire de la FranceChapitre 102 sur 160 · II · texte numérisé non relu

II

Cambrésis : Durieux-Bruyelle, Chants pop. du Cambrésis, 1864. Meuse : Mém. de la Soc. d'archéologie lorraine, 1865. — Repr. par

Rolland, II.

Canada : Gagnon, Chans. pop. du Canada, 1865. Messin [fragm.] : de Puymaigre, Chants pop. rec. dans le pays messin

(notes), 1865.

Bas-Poitou : )

A • Buieaud, Chants pop. des prov. de l Ouest, I, 1865.

Angoumois : j J ' r r r » » -»

Fontenay-le-Marmion (Calvados) : Legrand, Romania, X, r. 1876.

Bourg : Guillon, Chants pop. de F Ain, 1883.

Lorient : Rolland, Rec. de Chans. pop., I, 1883.

La Hague 1 et 2 : Fleury, Litt. orale de la Basse-Normandie, 1883

(la 2e version, fragmentaire).

Châteauneuf : Decombe, Chans. pop. d'Ille- et -Vilaine, 1884. Finistère : Rolland, d'après Guichoux, Rec. de Chans. pop., II, 1886. Damas (Vosges) : Tiersot, Rev. des Trad.pop., II, 1887. Paimpont (Ille-et-Vilaine) : Rolland, d'après Orain, Rec. de Chans.

pop., V, 1887.

Sérignac (Lot) : Daymard, Vieux Chants pop. rec. en Quercy, 1889. Launois : Meyrac, Traditions des Ardennes, 1890. Indét. 4 : de Colleville, La Tradition, VI, 1892. Indét. 5 : id., ibid., VII, 1893.

Franche-Comté 2 : Beauquier, Chans. pop. rec. en Franche-Comté, 1894.

Catalogne

Cat. (H) Briz, Cans. de la Terra, III (p. 141), 1871. Cat. A, B, C, D, E, F, G : Mila, Romancerillo catalan (n° 550), 1882. Le début seul se rapporte à la chanson française.

uniformément assonances en#; chaque vers, muni d'un refrain tripartit, forme couplet.

TEXTE CRITIQUE

i Au jardin démon père ( ... .

Vive la rose ! )

un orangier il y a, Vive ci, vive là, un orangier il y a, Vive la rose et le damas !

2 Qu'est si chargé d'oranges qu'on croit qu'il en rompra.

I. Indét. i et 2, Paris, Finistère, Angoumois, Canada, Provence 2, Catalogne, etc. ; cf. Cambrésis, Vendée, Sêrignac, etc. — « Orangier » est la graphie normale du mot au xvie siècle ; l'orange douce a été introduite en Europe à la fin du XVe siècle.

Le refrain est donné par Paris, Cambrésis, Ardennes et Messin ; aussi, sauf le dernier mot, par Hague i, Meuse, Saint-Dié, Indét. 4, Provence 1, Comté 1, Chdteauneuf, Fontenay, Damas, Bourg (cf. Bas-Poitou). Le nom de « lilas », qui termine plus ordinairement ce refrain, est trop récent pour l'âge de la chanson (cet arbuste ne fut importé de Turquie à Vienne qu'à la fin du XVIe siècle) : il a supplanté « damas », moins universellement compris. « Damas » s'est dit au xvie siècle de plusieurs végétaux de provenance orientale : prunes, raisins, et surtout une espèce de giroflée très odorante, appelée viola damascena dans la nomenclature latine, damasblume (ou formes analogues), dans les idiomes germaniques, néerlandais et Scandinaves, damas dans les parlers français de l'Est (comp. ce texte de Palissy : « ... la senteur de certains damas, violettes, marjolaines et .autres espèces d'herbes... »). L'alliance des mots « rose et damas » est donc toute naturelle.

Au lieu de ce refrain tripartit, il y a un vers-refrain de même rime dans Indét. 1 et Normandie 2 :

Mignonne, je vous aime, et vous ne m'aimez pas !

un autre dans Hague 2 .et Comté 2, un autre dans Indét. 2, un autre dans Finistère, etc.

2. Comté 2, Canada, Indét. 2 (... jecr..), CbdteauneuJ et Finistère (... qu'on dit..); cf. Indét. 2 (Si très ch...), Angoumois et Vendée, Hague 1, Catalogne C, etc. — A partir du 3e vers, dans la chanson catalane, le sujet devient complètement différent.

3 Marguerite demande quand on les cueillera.

4 « A la Saint-Jean, ma fille, quand la saison viendra. »

5 — «La saison est venue, les cueillerons-nous pas ? »

6 El prent une échelette, un panier à son bras ;

7 El cueillit les plus mûres, lesverdesel laissa.

8 Les alla porter vendre au grand marché d'Arras.

9 En son chemin rencontre le fils d'un avocat.

3. Fontenay ; cf. Normandie 1. Dans Indèt. 1 et 2, Paris, Normandie 2, etc. : « El demande à son père... » (mais « elle » ne se rapporte à personne). Dans Launois, Bretagne, Lorient, Hague 1, etc. : « La belle dem. à s. p... » (mais Fhémistiche est trop long). Dans Bourg, Comté 1 et 2, Canada, Meuse, etc. : « Je dem. à mon p. », mais cette première personne ne s'accorde pas avec le contexte.

4. Châteauneuf, Hague 1 et 2, Canouville -j- Indèt. 1, Paris, Meuse, Damas, Saint-Diê, Launois, Lorient ; cf. Normandie 2, Cambrésis, Bretagne, etc. — « La Saint-Jean » d'été, 24 juin.

5. Indèt. 1, Saint-Dié, Launois (.. on ne 1. c. p.); cf. Meuse, Châteauneuf, Paris, Cambrésis, Damas, Canada, etc.

6. Indèt. 1, Launois, Paris, Lorient, etc. -j- Normandie 2 (échelette), Angoumois (id.), Comté 2 (id.), Meuse (id.), Damas (id.).

7. Indèt . 1 et 2, Lorient, Paimpont, Fontenay, Paris, Cambrésis, etc. — La forme archaïque « verdes » est donné par Indèt. 1.

8. Indèt. 1, Vendée, Paimpont, etc. -\- Indèt. 2 et Cambrésis (au grand m. d'Arras), Damas (a. gr. m. du Roi = d'Arra(s), mal entendu), Paris (sur le m. d'Arras) et Meuse (s. 1. m. du Roi). — H y a, en fin de vers, un nom de ville généralement en a, différent selon le pays des chanteurs : « Porba(il) », « Lohéa(c) », « Loudéa(c) », » Lina(rs) », « Jonza(c) », « Teroa(r) » (= Troarn), « Thou.i(rs) », « Lava(l) », « Oriva(l) », « Damas », « Foissiat », etc.. « Arras » donné par 3 versions, ou même 5 en tenant compte de la variante par homophonie doit être tenu pour la leçon originale.

9. Indèt. 1, Normandie 2, Paris, Launois, Lorient, Hague 1, etc.

LA FiLLE AUX ORANGES 263

10 « Que portez-vous, la belle, dedans ce panier-la? »

n — « Monsieur, sont des oranges, ne vous en plaît-il pas ? »

12 II en prit une couple et point ne les paya.

13 « Vous prenez mes oranges et ne les payez pas? »

14 — « Montez dedans ma chambre, maman vous les paiera. »

15 Quand el fut dans la chambre, de mère il n'y avoit pas.

16 II la prent, il l'embrasse, sur son lit la jeta.

10. Indét. 4. Comté 2, Saint-Diè, Launois, Normandie 2 (d. c. beau p. -là), Indét. 1 (dans c. p. couvert), Bourg (dans c. p. cabas); cf. Indét. 2 et 5, Cambrésis, Provence r, 2 et 3, etc.

11. Indét. 1, Normandie 2, Canouville, Fontenay et Comté 2 (.. c'est..), Saint- Dié (id.) ; Cambrésis, etc. (..'. faut-il p. ?) ; cf. Hague 1, Indét. 2, Provence 1, 2 et 3.

12. Indét. 1, Canouville, Launois -f- Indét. 4, Vendée, Comté 2; cf. Hague 1, Chdteauneuf, Canada, etc. — La plupart des versions chiffrent par douzaines : « 1/2, 1, 2, 3, 4, 5, 6 douzaines ».

13. Hague 1, Normandie 2, Canada (Ah ! monsieur, m. or., vous n'me !..); cf. Vendée, Provence 1, 2 et 3, Nice.

14. Chdteauneuf, Normandie 2 (Entrez...), Fontenay (.. ma mère...) , Hague 1 (id.), Lorient (id.); cf. Finistère, Canada, Bourg, Indét. 1 et 2, etc.

15. Bretagne, Hague 1, Lorient (Et q... montée...), Paimpont (.., elle n'y était p.); cf. Comté 2, Finistère, Fontenay, Chdteauneuf.

Indét. 1 résume la fin en ce vers expressif :

Elle entra demoiselle, et dame elle en sorta,

16. Bretagne, Hague 1, Fontenay, Normandie 2, Launois (.. prit, l'embrassa ... porta), Lorient (Il l'attrappe et...). ■

17 « Ah! que dira ma mère, quand el saura cela ? »

18 — « Vous lui direz, la belle, que c'est d'un avocat. »

17. Lorient, Fontenay, Hague 1, Angoumois, Indét. 3 (.. mon père... il verra...).

18. Fontenay, Angoumois (.. 1' fils d'un av.), Hague 1 (Tu 1. d.... 1' fils, d'un av.) ; cf. Indét. 3, Comté 2.

Les rédactions manuscrites de O'Sullivan et de Bartsch nous montrent la chanson déjà existante à la fin du xve siècle1; comme, d'autre part, le mot « oranger » est de ceux que le même siècle a vu naître (anciennement « orange » se prenait pour l'arbuste lui-même, et les fruits étaient dits « pommes d'orange »), on ne se trompera guère en la plaçant aux environs de 1550.

A prendre les premiers vers au pied de la lettre, elle viendrait de l'extrême sud de la France, où l'oranger pousse en pleine terre; mais il faut faire ici la part de la fantaisie; et tout indique au contraire que sa patrie est une province d'oïl, où chacun connaissait dès lors, sinon l'oranger2, du moins les oranges de provenance espagnole. Le nom d' « Arras » au vers 14, qu'on doit tenir pour la leçon originale, définit cette province : c'est l'Artois.

On a dit que l'objet de ces vers était de satiriser les gens de loi, leur duplicité et leur avarice. Je n'y vois pas précisément de satire. Faites état que ce fils d'avocat, et qui chasse de race,

1. Ajoutez qu'au témoignage de M. Loquin (Mélusine, IV, c. 54), les derniers recueils de noëls du xvi« siècle mentionnent comme timbre la chanson : Au jardin de mon père un orangier y a.

2. Le premier oranger importé dans la France du Nord le fut, sous François Ier, à Fontainebleau ; il y existe encore.

n'est pas le moins du monde, aux yeux du chansonnier, haïssable ni ridicule : avoir la marchandise pour rien, et la marchande pardessus le marché, voilà-t-il pas un admirable tour ? Et si quelqu'un ici prête à rire, ce n'est point ce garçon plein de subtilité, c'est la pauvre ingénue qui se laisse en un tourne-main soulager de ses oranges et du reste. Cette ronde populaire se réduit, dans le fond, à un petit conte libertin, un échantillon de cette gausserie quelque peu basse et cruelle, qu'on va nommant l'esprit gaulois et qui se donne carrière aux dépens d'un mari trompé, d'un créancier fourbe, d'une fille mise à mal. Des histoires de cette espèce, il y en a par douzaines chez nos vieux conteurs ; on voit très bien Bonaventure des Périers accommodant celle-ci en sa claire et fine prose : elle ferait figure dans les Joyeux Devis, avec un titre dans ce goût : D'une pucelle de V Artois qui portait des oranges au marché, et du fils d'un avocat et du bon tour qui! fit à ladite pucelle.

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