Si je reviens à Nantes, oui, je l'épouserai
7. Rennes et Canada (Puisqu'il f.), Bretagne (... démarrez-m...) ; cf. Villeès-Nonais, Loiret, Côtes-du-Nord 2, Finistère, etc.
8. Côtes-du-Nord 2, Loiret, Côtes-du-Nord 1 (La f. fort charitable...) Préfailles (L. f. qui et. bonne... déliés) ; Rennes, Indét. 2, Normandie, etc.
9. Loiret, Canada -j- Préfailles, Indét. 2; cf. Coume, Ville-ès-Nonais, Ossau. — Plusieurs versions portent « dans la mer » pour « dans la Loire », ce qui est géographiquement absurde.
10. Normandie, Loiret, Côtes-du-Nord 1 et 2 (s. les landes), Canada (s. ces côtes), Perros (s. la rive), Bretagne (s. le sable), Rennes (s. la place); cf. Coume et Ville-ès-Nonais, Préfailles. — La « grève », qui se dit spécialement des bancs de sable de la Loire, est le mot propre.
11. Côtes-du-Nord 1, Canada, Indét. 1 -f- Ville-ès-Nonais (au g.); cf. Lorient. — Côtes-du-Nord 2, Préf ailles, etc., donnent le vers sous cette forme, qui est inférieure :
Dieu bénisse les filles, les fill's à marier !
12. Préfailles, Canada, Côtes-du-Nord 1 (... en France); cf. Coume, Villeès-Nonais, Rennes, etc.
Outre qu'elle s'est peu répandue hors de la péninsule armoricaine, les circonstances locales de cette chanson (les prisons de Nantes, ■ — la Loire) nous la certifient originaire de la Bretagne française, et plus spécialement nantaise. Pour son âge, il ne paraît pas qu'on la puisse reculer au delà du xvne siècle avancé.
Dans ce cycle des prisonniers sauvés, dont elle fait partie, d'autres légendes {la Fille en page, Pierre et Françoise} sont notables par des péripéties dramatiques, par de touchants dévouements d'amante : celle-ci n'est rien qu'un badinage assez simplet, l'histoire d'une geôlière naïve jouée par un prisonnier malin. Et le mot de la fin n'est pas fort généreux : quoiqu'on puisse, après tout, passer une mauvaise plaisanterie à qui eut, la minute d'avant, le col si près de la cravate de chanvre.
CATALOGUE DES VERSIONS
France d'oc
* Agenais : Charbel, Recueil mss. 1806, Archiv. départ, du Lot-et-
Garonne, sér. T). — Publ. par Bladé, Poés. pop. de la Gascogne,
Languedoc : Germain, Poés. pop. de la France, III, mss. B. N., réd. ^ 1854.
Castrais: Combes, Chants pop. du pays castrais, 1862.
* Provence : Arbaud, Chants pop. de la Provence, I, 1862 (version avec variante).
Marines (Loire) : Smith, Romania, VII, 1878 (version avec
variantes).
Indéterminé : Mme R. Millet, Rev. des Trad. pop., IX, 1894.
Piémont Oleggio : Marcoaldi, Canti pop. inediti,... (n° 13), 1855.
FORMULE RYTHMIQUE
Complainte. Vers de 13 syl. = 8 -f~5> masculins, rimant deux par deux : chaque distique forme couplet.
TEXTE CRITIQUE
Quand Pierre partit pour l'armée sept ans demeurer, A laissé s'amie à Grenoble, qui fait que pleurer.
Pierre a envoyé une lettre qu'est pleine d'amours ; La belle a fait une réponse qu'est pleine de plours.
S'en va trouver son capitaine : « Donnez-moi congé D'aller voir m'amie à Grenoble, qui meurt de regret. »
Quand Pierre fut sur la montagne, entendit sonner ; Pierre a mis le genou en terre, s'est mis à prier.
i. a) Indét., Provence, Castrais (trois a.) + Languedoc, Marlhes et Agenais (demeurer). — b) Marlhes, Provence (à Brignoles); cf. Castrais, Agenais, Indét. — « Pierre » est commun à toutes les versions d'oc. ; « Grenoble » aussi, excepté dans Provence et Languedoc, où il est remplacé par « Brignoles ».
2. a) Marlhes -\- Provence, Languedoc, Agenais ; cf. Indét. (l'était plein' de fleurs). — b) Languedoc, Provence, -f- Marlhes (La belle a... qu'est...): cf. Indét., Agenais.
3. a) Languedoc, Provence (Va...), Castrais et Agenais (...d. moi mon a), Indét. (id.), Marlhes (...d. mon c); cf. Oleggio. — b) Castrais et Indét. (Pour aller... se meurt...); cf. Provence, Agenais, Oleggio. Il faut rétablir « d'aller » en rapport avec « congé » et « meurt » pour « se m. ».
4. a) Castrais, Indét, (s. 1. colline...); cf. Provence, Marlhes, Agenais, Oleggio. — b) Marlhes, Provence -j- Castrais ; cf. Languedoc.
Quand Pierre fut dedans Grenoble, s'amie a trouvé Accompagné' de trente dames, de vint cordeliers :
« Vous qui portez m'amie en terre, laissez-moi la voir ! » A découvert son blanc visage, l'a baisé' deus fois.
La première fois qu'il la baise, Pierre a soupiré. La seconde fois qu'il la baise, Pierre a trépassé.
Que diront les gens de Grenoble de ces amoureus ? Diront : Ils s'aimoient trop l'un l'autre, sont morts tous les
deus !
5. a) Marlhes, Provence et Languedoc (Quand P...). — b) Marlhes -J- var. Provence (cordeliers) ; cf. Provence, Languedoc, Oleggio.
6. a) Var. Marlhes; cf. Marlhes (Vous autres q. p...), Agenais (Gens q. p...), Languedoc et Provence (Dames q. p...), Castrais Indét. — b) Provence (Descouvre...); cf. Languedoc, Castrais, Agenais, Marlhes. Il faut rectifier l'ordre des derniers mots dans Provence, où l'inversion « deux fois l'a baisé » détruit la rime, et mettre le premier verbe au passé.
7. a) Indét., Castrais -\- Provence et Languedoc (baise). Il faut mettre le passé indéfini « a soupiré », par analogie avec la phrase parallèle du vers suivant. — b) Castrais -\- Provence, Languedoc ; cf. Marlhes, Indét.
8. a) Marlhes, Provence (à. Brignoles...), Castrais (à. deux a.) ; cf. Indét. Languedoc. — b) Castrais, Indét. -f- Marlhes (Diront :) ; cf. Provence, Languedoc.
La chanson, dont l'âge ne peut être précisé, paraît du moins assez moderne (xvne siècle avancé). Elle-même, ce qui est peu commun, déclare expressément son lieu d'origine. Le chanson-
nier situe l'événement à Grenoble % et il termine par une apostrophe aux gens de Grenoble : c'était donc un Grenoblois, mais qui versifiait en français, comme le prouvent et le détail des rimes, et la persistance de plusieurs vocables français dans les deux versions dialectales (Provence, Agenais); quant à la forme non française plour (rimant avec amour), elle n'a rien ici que de naturel, d'autant que ce provincialisme avait jadis droit de cité même dans notre poésie savante.
Sur ce thème élégiaque d'un amant qui s'absente et trouve au retour son amie morte, il existe en France, outre Pierre de Grenoble, deux autres chansons.
L'une, la plus ancienne de toutes (xvie siècle ?), apparemment native de la Bretagne française, est commune à la France d'oïl et d'oc, au Piémont (par suite à la Vénétie et l'Emilie) et à la Catalogne (par suite au Portugal) 2 ; elle se compose de vers de 16 syl. ===== 8 — j— 8, masculins et rimant deux par deux (oïl, oc, Piémont) ; en confrontant les divers groupes de rédactions, l'on peut en restituer comme il suit la teneur originale. L'amant ■ — c'est lui qui parle, et tout le récit est construit à la première personne (oïl, oc, Catalogne) — chevauche loin du pays, quand un oiseau l'avertit qu'il est arrivé malheur à sa fiancée. En approchant, il entend sonner les cloches, il voit des cierges briller, et arrivé au logis de la fiancée, les parents lui répondent qu'à cette heure même on porte leur fille au cimetière. L'amant court à l'église, frappe le cercueil, supplie la morte de lui parler. Et celle-ci en effet se met sur son séant, ouvre la bouche :
1. Pour le nom de la ville, l'accord des versions diverses est probant; seuls Languedoc ex. Provence mettent « Brignoles », qui est quasi homophone.
2. Haute-Bretagne : Ampère, d'après Roulin. — Id. : Decombe. Avranchin : de Beaurepaire. La Hague : Le Héricher. — Franche-Comté : Beauquier.
Languedoc (3 vers.) : Rev. des langues romanes, I, II et VI.
Piémont (7 vers.) : Nigra — Montferrat (2 vers.). : Ferraro, Canti pop. monferrini, et Canti del Basso-Monferrato. — Venétie : Bernoni. — Emilie : Ferraro, Canti. di Ferrara...
Catalogne : Briz I. — Id. (1 1 vers.) : Mila (n° 327). — Portugal, Garett, Romanceiro, II.
c'est pour dire au jeune homme de prendre l'anneau d'or qu'il lui avait mis au doigt, et de le donner à quelque autre, qu'il aimera et qui priera pour elle1.
La seconde pièce, répandue par toute la France, mais non au dehors, est une chanson en tercets de dodécasyllabes (le premier féminin, sans rime, les autres masculins, rimant ensemble) ; elle a, pour le fond, d'évidentes affinités avec la précédente. Un soldat, tourmenté du regret de sa mie, demande aussi pour l'aller voir un congé à son capitaine. Arrivé au village, il va saluer ses père et mère, sans oublier celle « que son cœur aime tant ». Elle est morte, annonce le père :
Son corps est dans la terre, son âme en paradis !
Le pauvre amant s'en va droit à la tombe de l'aimée, lui adresse un triste discours, et désespéré, retourne au régiment. Cette complainte, d'une forme assez plate, mais naïve et touchante, est à peu près contemporaine de Pierre de Grenoble, à quoi elle ressemble par le début.
L'auteur de Pierre de Grenoble doit sans doute quelque chose à la première chanson bretonne ; peut-être s'est-il aussi ressouvenu du convoi mortuaire de la Fille du roi Loys, et son couplet final semble imité de la Pernette ; avec tout cela, c'est lui le plus original, car il a donné à l'histoire un beau dénoûment, et le seul vrai selon la logique poétique, en faisant mourir l'amant sur le corps de l'amante, et s'exhaler son âme dans ce dolent baiser d'adieu. Le chansonnier breton a montré une imagination plus forte, mais son fantastique lugubre et compliqué étonne plutôt qu'il ne touche ; le dauphinois, plus humain et d'une simplicité exquise, nous fait doucement rêver à Juliette et à Roméo, et si le thème populaire a revêtu sa forme définitive, c'est de lui qu'il l'a reçue.
1. Quelques versions (bretonnes et catalanes) ont une conclusion plus sinistre : la morte déclare qu'elle est. en enfer. Réminiscence d'une autre chanson de fille damnée.
CATALOGUE DES VERSIONS
{France oïl et oc)
Flandre : Bûsching v. den Hagen, Sammlung deutscher Voîkslieder, 1807. — Repr. par Wolf, Altfran^œsische Voîkslieder.
Franche-Comté 1 : X. Marmier, Chants pop. du Nord (Introduction),
Bourbonnais : Poés. pop. de la France, III, mss. B. N.,réd. 1854.
Orléanais : Ibid., III, r. 1855.
Indét. 1 : Ibid., III, r. 1855.
Mortain (Manche) : Joubin, ibid.9 VI, r. 1855.
Franche-Comté 2 : Buchon, Noëls et Chants pop. de la Franche-Comté, 1863 (version refaite littérairement, et dans un sens tout différent). — Repr. par Beauquier, Chans.pop. rec. en Franche-Comté.
„. ,. , ,. , ; ' ' ( Smith, Romania, VII, 1878. Chamaheres (îd.) : |
Ceyzériat : Guillon, Chans. pop. de l'Ain, 1883. Millery (Rhône) : Bonnardot, Mèlusine, II, 1884. Indét. 2 : de Sivry, la Tradition, I, 1887.
Franche-Comté 3 et 4 : Beauquier, Chans. pop. rec. en Franche- Comté, 1894.
Nivernais 1 et 2 : Millien, Étrennes nivernaises, 1895.
Haute-Italie
Montferrat : Ferraro, Canti pop. monferrini, 1870.
Cento : Id., Canti pop. di Ferrara..., 1877.
La Morra : Nigra, Canti pop. del Piemonte (n° 56), 1888.
FORMULE RYTHMIQUE
Complainte. Tercets composés d'un vers de I4syl. =8 + 6, féminin, qui ne rime pas, et de deux vers de 8 syllabes, masculins, rimant ensemble.
TEXTE CRITIQUE
C'est la fille d'un geôlier, grand Dieu ! qu'el est donc belle ! El est belle comme le jour; Un prisonnier lui lait l'amour.
Si se lève de grand matin, s'en va droit chez son père : Dessous le traversin du lit Les clés de la prison a pris.
A son amant les a porté's : « Pierre, mon ami Pierre, Sortez, sortez hors de prison, Les portes sont à l'abandon. »
i. a) Millery, Comté 4, Chamalières (Oh! c'... oh! gr...), Nivernais 1 (C'était...), Orléanais, etc. (C'était... el était b.); cf. Vorey, Mortain, etc.; Flandre, Comté 1, Indét. 1, La Morra. « Ge-o-lier », en trois syllabes, selon la prononciation primitive. — b) Nivernais 1, Vorey, Comté 4, Millery et Comté 3 (... plus b. que...), Chamalières et Indét. 2 (... si b. que...), Bourbonnais (... jolie...); cf. Cey^ériat, Mortain, etc. — c) Vorey, Nivernais 1, Cey\èriat, Millery, Bourbonnais, etc. (... la cour); Mortain, etc. (Un grenadier...); cf. Flandre, Comté 1, La Morra, etc.
2. a) Flandre, Comté 1 et 4, La Morra -f- Indét. 1 (... droit chez s. p.), Nivernais 2, Orléanais et Bourbonnais (chez s. p.), Vorey (Si... chez s. p.); cf. Chamalières, Mortain, etc. — b) Flandre, Comté 1 et Vorey (Sous... de son 1.) ; cf. Orléanais, etc. (sous l'oreiller), Nivernais 1 (sous la tête d. lit), Cey^ériat (dans la ruelle d. 1.), Indét. 1 (tourne autour d. 1.) — c) Cey^ériat, Chamalières, Flandres, Nivernais 2, Vorey (La cl...), Comté 1 (... a mis); cf. Indét. 1 et 2, Comté 3 et 4, etc.
3. a) Mortain, Orléanais, Comté 1 -f- Cey^ériat; cf. La Morra, Flandre, Bourbonnais, Indét. 1 et 2. — b) Cey^ériat -f- Flandre (hors d. p.); cf. Vorey, Nivernais 1 et 2, La Morra, etc.; Mortain, Indét. 2, etc. Le pléonasme « sortir hors » est fréquent dans la langue du xvne siècle. — c) Mortain, Orléanais^ Cey^ériat, La Morra, etc.; cf. Comté i, Indét. 1.
— « Hors de prison ne sortirai, François', belle Françoise, Hors de prison ne sortirai, Que mon procès ne soit jugé.
Tout en causant, en devisant, ont vu venir le juge, Accompagné du grand prévôt, [De] quatre archers et du bourreau.
La belle, quand a vu cela, s'en va trouver le juge. A ses genous el s'est jeté' :
« Ayez pitié du prisonnier! »
4. a) Comté 4, Mortain, Vorey, Orléanais -\- Flandre (Hors d. pr.) ; cf. Cey\èriat, Indêt. 2, Bourbonnais, Comté 1, etc. Peut-être faudrait-il supposer en premier lieu, pour éviter l'élision de « François(e) », une forme oxytonique telle que « Françon »? — b) Flandre, Comté 4 (D. la pr...), Mortain (id.), Orléanais, etc. (id.) — c) Comté 4, Mortain, Orléanais ; cf. Bourbonnais, Inde t. 2, La Morra, etc.
5. a) Indét. 1 (...el voit...), Vorey (Tout e. parlant... on voit...); cf. Mortain, Bourbonnais, Mïllery, Comté 3 et 4, Cey^ériat, etc. — b) Vorey, Indét. 1. — c) Indét. 1, Vorey (Trois cavaliers..,); cf. Chamalières ; aussi Mortain, Mïllery, Comté 3 et 4, etc., qui ne mentionnent que le bourreau. Vraisemblablement, il ne s'agit ici ni du « grand Prévôt de France », juge d'épée qui avait juridiction dans la maison du Roi (Dût. de Trévoux, VI), ni du « grand Prévôt de la Connétablie », juge d'épée (au degré suprême) qui instruisait les procès des gens de guerre à. l'armée (ibid.), mais plutôt d'un « grand prévôt des maréchaux »; les prévôts des maréchaux étaient des officiers royaux établis pour la sûreté de la campagne contre les vagabonds et les déserteurs (leur juridiction fut réglée par une ordonnance de 1670); dans quelques provinces, comme le Lyonnais et l'Auvergne, il y eut des grands prévôts des maréchaux, qui en avait d'autres sous eux (ibid.).
6. a) Nivernais 1 (quandtf 1. b..); Chamalières, Cey%ériat (Q, la b. (w)'a v...) + Comté 1 et Flandre, La Morra; cf. Mortain, Orléanais. — b) Orléanais, Nivernais 1 et 2, Comté 1 et 4, Vorey (A leurs g...), Mortain, etc. (A deux
Le juge la prent par la main : « Relevez-vous, Françoise ! Ce prisonnier vous n'aurez pas, Il est jugé, il en mourra. »
— « C'est aujourd'hui qu'il faut mourir, François', belle
[Françoise, Prenez l'anneau que j'ai au doit,
Et faites autre amant que moi ! »
— « Un autre amant ne ferai pas, Pierre, mon ami Pierre,
Un autre amant ne ferai pas, Je veus mourir entre tes bras ! »
g...); cf. Chamalières, Indét. 2. — c) Orléanais, Comté 1, Vorey, La Morra, Chamalières (Prenez p...)> Mortain (... du grenadier) ; cf. Cey^ériat, Indét. 1 et 2, etc.
7. a) Nivernais 1, Mortain, Indét. 2, Flandre et Comté 1 (... la belle!), Ceyjériat (...p. le bras...) Vorey et Chamalières (... Relève-toi, F.); cf. Indét. 1. — b) Flandre, Comté 1; cf. Chamalières. — c) Flandre, Comte 1 et 4, Vorey, Ceyyériat, etc. ; cf. Indét.
8. a) Orléanais , Nivernais 2, Mortain, Cey^êriat, Millery (Ce. à présent...); cf. Chamalières, Comté 4, Nivernais 1. — b) Orléanais, Nivernais 2, Mortain, Vorey, Millery, Bourbonnais (Tirez...), Cey^ériat (Tire...); cf. Comté 1 et 4.
— c) Mortain, Comté 1, Bourbonnais (Faites un...), Millery (Cherchez...), Nivernais 2 (E. vous chercherez...), Nivernais 1 et Comté 4 (Et fais...), Orléanais (Et prens...); cf. Vorey, La Morra.
9. a) Nivernais 1, Comté 4, Bourbonnais et Vorey (... je n'en veux p...), Orléanais (... je n'en aurai...), Mortain (... Biaise m. a B.); cf. Comte 1. — b) Nivernais 1, Comté 4, Bourbonnais et Vorey (... je n'en veux p.), Orléanais (... je n'en aurai). — c) Comté 4, Nivernais 1, Bourbonnais, Mortain, Indét. 2, Flandre (... vos br.) ; cf. Nivernais 2.
Dans Comté 1, Flandre, Millery, La Morra, la fille répond mal à propos par ce distique :
« Je m'en irai dans un couvent, • '
Je prierai Dieu pour mon amant. »
Quand il fut dessus l'échafaud et tout prêt à s'étendre, Le patient dit au bourreau :
« Couvrez m'ami' de mon manteau. »
Le juge, en les regardant, dit : « Voilà des amans tendres ! Hé ! qu'on les aille marier, Et qu'il n'en soit plus reparlé ! »
10. a) Comté 3 et 4, Nivernais 1, Indét. r, Mortain -f- Bourbonnais, Indét. 2 ; cf. Vorey. « Prêt à s'étendre », c'est-à-dire : à incliner sa tête sur le billot. Nivernais 1 met « prêt à se laisser pendre », qui me semble moins bon. — b) Vorey, Mortain, Bourbonnais (avec ce contresens du chanteur ou du rédacteur : « Patience ! dit-il a.b. »), Nivernais 1 (L. prisonnier...) ; cf. Indét. 1 et 2, Comté 4. — c) Mortain, Bourbonnais , Nivernais 1, Vorey, Comté 3 et 4, Indét. 1 (... votre m.); cf. Chamaîières, Indét. 2, Nivernais 2.
11. a) Indét. 2, Vorey -j- Comté 2, Bourbonnais Ç. . . des amours t.), Comté 4 -\- Chamaîières (des amoureux), Nivernais 2 (que leur amour est t...) ; cf. Indét. 1 Mortain. — b) Vorey, Comté 4 (Qu'o. a. donc...), cf. Mortain et Chamaîières, Bourbonnais, Comté 2, etc. — c) Comté 2, Bourbonnais (... pi. parlé), Comté 4 (... jamais p.), Mortain et Indét. 2 (Afin ... pi. p.); cf. Vorey.
Cette complainte a pris naissance en territoire d'oïl, dans une province de l'Est ou du Centre qu'on ne saurait préciser; par sa couleur générale (notez « le grand Prévôt »), elle se peut approximativement dater du xvne siècle.
Le gwerz armoricain publié par Luzel, Gwer^iou Brei^-I^el, II, sous ce même titre de Petite Françoise et petit Pierre, n'est pas autre chose qu'une traduction, le plus souvent littérale, de la chanson française, et qui en a conservé jusqu'à la facture rythmique. Quelques altérations néanmoins sont à signaler dans ce gwerz : l'absence (accidentelle?) du dénouement heureux; et
que l'amante n'est plus la fille du geôlier, mais bien une personne du dehors qui obtient l'accès de la prison : par où l'épisode des clés dérobées est rendu peu vraisemblable.
Je ne sais si l'on pourrait citer, dans tout le romancero de France, une poésie plus vivement et plus naïvement touchante que cette complainte des amours d'un prisonnier et d'une geôlière. L'auteur avait l'imagination dramatique, et l'on trouverait dans ce peu de couplets la matière d'une scène de théâtre \ Et son tour d'esprit était d'un idéaliste : car ses personnages font assaut de beaux sentiments, se répandent en générosités sublimes. Un captif tellement respectueux de la justice ou délicat sur le point d'honneur, qu'il refuse de s'évader avant le jugement de son procès; — qui, prêt à marcher au supplice, rend à son amie l'anneau des fiançailles, en l'exhortant à chercher d'autres amours ; — qui, dans l'instant suprême, la fait envelopper de son manteau afin de lui épargner le spectacle de sa mort : tout cela part d'une âme vraiment cornélienne. Et la fille est à la hauteur d'un tel amour, qui, tout espoir étant perdu, n'aspire
i. Voici un rapprochement assez imprévu. Mais il est de fait que Victor Hugo, dans le 5e acte de Marion Deïorme, a rencontré une situation de tout point semblable à celle où se fonde la complainte populaire, quoique motivée par des sentiments tout autres ; et que Marion y est précisément à Didier ce que Françoise est ici à Pierre. Didier, condamné à mort, attend sa dernière heure, lorsque Marion, par la connivence du geôlier, pénètre dans sa prison ; l'évasion est assurée ; mais Didier, obstinément, la refuse :