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Voilà le sore des enfans ostinés

14. Sainte-Anne, Fontenay (... vous r.), Vernévilîe, etc. (id.), Bretagne 1 (N. n., Hélène,...); cf. Lorient, Paris.

15. Bretagne 1 -f- Clayes 2, Poitou, etc., Fontenay et Genève (e. le v. n.), Sainte- Anne, etc. (e. la v. n.); cf. Clayes 1.

16. Indét. 1, Clayes 2, Finistère (Alors 1. c...), Sainte- Anne (L. c. bientôt...), Bretagne 1 (L. c. de Nantes...), Champagne (L. c. de Londres... toutes à s.), Vernévilîe (L. c. des morts...), Poitou, etc. (L. c. du Nord...) ; cf. Fontenay.

17. Bretagne 1, Finistère et Vernévilîe (... qu'ont-ell' donc à s.); cf. Fontenay, Sainte-Anne, Champagne, Versailles, Paris, etc.

18. Bretagne 1, Touraine, etc. (... p. Adèle...), Fontenay (... p. votre fille...), Finistère, etc. (Ce. votre fille...); cf. Poitou, Ardennes 1, Sainte- Anne, Verneville, Champagne, etc.

19. Fontenay, Indét. 2, Touraine, Vernévilîe, Versailles, Champagne, Ardennes 1, Paris, Loiret, Clayes 2 (... entêtés), Parisis et Comté (Tel est...) ; cf. Ardennes 2, Lorient et Cotes-du-Nord. — « 0(b)stinés », selon la prononciation populaire bien connue.

Cette chanson, particulière à la France d'oïl, y a pour foyer les provinces de l'Ouest, et la mention du pont de Nantes (v. i) et de la Loire (v. 12) achève d'en préciser l'origine nantaise. Eu égard à la modernité de la langue et à l'emploi du décasyllabe coupé à 4 -)- 6, la date ne s'en peut reculer au delà du xvme siècle, plutôt avancé.

La Danseuse noyée, avec sa morale naïve à l'usage des « enfants obstinés », semble tout à fait proportionnée à l'intelligence

G. Doncieux. — Romancero populaire de la France. 26

d'une petite fille, et c'est aussi une des rondes les plus célèbres dans les pensionnats de France. Sa valeur poétique est certes des plus minces; mais un intérêt singulier, qu'elle ne mérite point par elle-même, s'attache à sa généalogie. Car elle apparaît, cette Danseuse noyée, comme la fille dégénérée d'une très noble mère, de cette vise danoise â'Agnete og Havmanden (Agnès et l'Homme des eaux), qui compte entre les plus belles inventions de la poésie populaire des Scandinaves (Grundtvig, Danmarks garnie Folkeviser, n° 38, II et IV, douze versions1. — Kristensen, Jyské Folkeviser, n° 3, III, trois versions). M. L. Pineau le premier, tout en expliquant cet air de famille par des hypothèses où je m'abstiendrai de le suivre, a bien démêlé dans la vise les principaux traits de notre ronde enfantine2. La version qu'il cite, notamment, recueillie de la bouche d'un pêcheur de Kœrrebrasck (Grundtvig, II, Appendice), rend cette parenté manifeste par la ressemblance du début, qui est tel :

Agnès va trouver sa mère nourricière : « Ne puis-je pas sortir un peu sur le rivage ? »

— « Non tu n'iras pas! Autrement l'Homme de mer viendra te chercher. »

Agnès est sur le pont d'Hœjeloft, soudain elle voit un homme de mer voguer vers elle :

« Ecoute, Agnès, veux-tu être ma bien-aimée ? »

Elle accepte, et l'Homme des eaux l'emmène en son palais sous-marin. Ils y vivent ensemble huit ans, elle lui donne sept fils. Un jour,

Agnès était assise près du berceau [du dernier-né] et chantait; voilà qu'elle entendit sonner les cloches d'Angleterre...

Le reste de la vise se développe longuement, hors des limites de la chanson française. A l'appel de ces cloches — que la plupart

1. L'une d'elles, publiée pour la première fois par Nyerup, a été traduite en français par Marmier, Chants pop. du Nord.

2. Usur V pon,duNord, essai de litt. populaire comparée, dans la Rev. des trad. pop., IX, n° 6.

des versions s'accordent à situer en Angleterre, parce que c'est le royaume du père d'Agnès — l'exilée ressent le mal du pays; et elle demande à remonter sur terre afin d'aller prier à l'église. Son mari le lui permet, à condition qu'elle ne s'attarde point là-haut ; il lui bouche les oreilles, il lui clôt les lèvres et l'emporte à la nage sur la grève. Elle entre à l'église, où elle aperçoit ses parents. L'Homme des eaux entre à son tour, lui dit de revenir, que ses enfants la réclament. Mais ni son époux, ni ses enfants, ne lui tiennent plus au cœur : Agnès se refuse à quitter de nouveau la vie terrestre. D'après quelques versions, le délaissé se venge en tuant l'infidèle.

Cette partie de la vise, d'ailleurs très poétique, ne nous importe pas. Mais à n'en considérer que le commencement : la permission de sortir demandée par la fille et refusée par la mère (cf. v. 3 et 4 de la chanson française), le pont où elle se promène (cf. v. n), l'arrivée d'un homme voguant (cf. v. 6), la disparition du couple sous les flots (cf. vv. 12 et 15), enfin la sonnerie des cloches (cf. v. 16), nous discernons nettement dans la Danseuse noyée une forme aplatie et tronquée de YAgnete danoise, telle qu'on la chante à Kœrrebrasck. A la vérité, l'imitateur français, outre qu'il ignorait la seconde moitié de la vise, en a fort mal compris la première. Esprit simple et court, incapable de ces rêveries fantastiques dont se berce volontiers l'imagination des hommes du Nord, deux choses seulement l'ont frappé dans l'histoire d'Agnès : d'abord l'infraction de la fille à la défense maternelle, puis sa présence sur un pont et sa chute dans l'eau. Il n'a pas oublié tout à fait le personnage qui s'approche d'elle en voguant ; mais, d'autant que le caractère surnaturel de ce personnage lui échappait, il l'a pris tout bonnement pour le frère de l'héroïne. Par suite, l'engloutissement d'Hélène devient un accident banal, et qu'il faut expliquer naturellement : si Hélène et son frère sont précipités dans l'eau, c'est à cause que le pont s'écroule; et comme autrefois la coutume populaire était de danser sur les ponts, il suppose que celui-là s'est rompu sous les pieds des danseurs, et que c'est

pour l'amour de la danse qu'Hélène avait demandé à sortir. Et cette interprétation était singulièrement facilitée au Français par la préexistence d'un thème familier à la vieille lyrique romane, celui de la danse défendue. Que l'on compare en effet à notre ronde cette chansonnette courtoise de l'extrême xne siècle, extraite par Jubinal d'un ms. de la B. N. et d'un ms. de l'Arsenal :

C'est la jus c'on dit es prés, Jeu et bal i sont criés.

Emmelos i veut aller, A sa mère en requiert gré l.

Par Dieu, fille, vous n'irés !

Trop i a de bachelers Au bal.

Le récit mythologique de la tradition Scandinave se réduit dès lors à une historiette morale touchant les funestes effets de la désobéissance. Quant au son des cloches, il subsiste encore dans la mémoire du Français, à l'état de souvenir isolé et flottant : les cloches de la ville entrent (d'elles-mêmes ?) en branle; mais au lieu de cet appel mystérieux et lointain qui éveillait la nostalgie dans l'âme d'Agnès exilée, ce n'est plus qu'une sonnerie funèbre pour annoncer la mort de deux noyés.

La vise â'Agnete, passée du Jutland à l'Allemagne du Nord, s'y est accommodée en un lied, recueilli dans mainte province par les éditeurs de chants populaires (Hoffmann v. Fallersleben-Richter, Schlesische Volhlieder. — Erk, Deutsche Volhlieder, II (version de Magdebourg). — Fiedler, Volksreime u. Volhlieder in Anhalt-Dessau. Repr. par Simrock. — Erk, Deutscher Liederhort : versions de Silésie, d'Uckermark et de Lusace; la silésienne également dans le Wunderhorn d'ARNiM-BRENTANO,

1 . « Aquiert grés » dans le texte ; mais aquiert pour requiert est évidemment une bévue de scribe; et le s final danser/, régime, ferait solécisme.

IV) l . Le nom de l'héroïne est resté « belle Agnete » ou « Agnese » (variantes : « belle Agnina », « belle Hannele », « belle Dorothée ») ; et « Wassermann » (homme des eaux) 2 est la traduction littérale du danois « Havmand ». Le translateur, au surplus, a suivi jusqu'au bout la fable danoise, et sans altération grave; notons seulement que son « Wassermann » bâtit le pont lui-même, et par ruse, afin d'y attirer la belle Agnès et de le faire effondrer sous ses pas.

Pénétrant à son tour dans les idiomes slaves, le lied allemand a passé aux Wendes de Lusace (Haupt-Schmaler, Volhlieder à. Wenden in d. Lausit^, I, n° 34) et de là aux Slovènes de Carniole (Koritko, Slovenske Péstni krainskiga naroda, I). La rédaction wende reproduit sensiblement la physionomie du lied (le pont bâti par l'Homme des eaux, etc.). Pour la slovène, elle a un début différent, où domine, de même que dans la chanson française, l'idée de la danse défendue. Mizika (c'est le nom de la belle) est allée danser malgré sa mère, qui l'a maudite ; un danseur vient à elle et l'invite. Il la fait tourner si fort qu'elle s'en plaint; mais la danse devient de plus en plus rapide, Mizika devine à qui elle a affaire : « Le Nix est après moi ! » Sur quoi le Nix l'emporte par la fenêtre et tous deux s'abîment dans les flots.

L'on trouve enfin un vestige reconnaissable, quoique très fruste, de la chanson slovène dans une ballade hongroise dont le recueil d'ARANY-GYULAi fournit deux exemplaires, l'un sous le titre de le beau Palbeli Anlal , traduit en français par J. de Néthy dans ses Ballades et Chans. pop. de la Hongrie (n° XXII).

La vise à' Agnete og Havmanden, fréquente en Danemark, ne se rencontre point dans le reste du domaine Scandinave. En

1 . Aussi une ancienne version fragmentaire d'Oldenbourg, dans Firmenich, Germaniens Vœlkerstimmen, III , mais il ne semble pas sûr qu'elle se rapporte au lied d' Agnete.

2. Les Allemands ont le mot « nix » au masculin; « nixe » au féminin, pour désigner un génie des eaux, ondin ou ondine.

revanche, la poésie populaire de la Suède (Afzelius, Svenska Folkvisor, I. — Arwidsson, Svenska Fornsânger, I) et de la Norvège (Landstad, Norske Folkeviser) possède un thème, assimilé aussi par la traduction danoise (Grundtvig, Danmarks g. Folkeviser, n° 37, IL — Kristensen, Jyske Folkeviser, I, n°...; II, n° 28; III, n° 2), qui rappelle trait pour trait, en le changeant de milieu, celui de la Danseuse noyée. Il s'agit là encore d'une vierge du nom d'Agnès enlevée par un esprit ; mais c'est un esprit des montagnes; il l'emmène dans sa demeure souterraine et en a des enfants ; au bout de sept ans, elle obtient la permission de revoir le jour, etc. Toute la différence des deux thèmes, c'est, comme l'observe Landstad, que les chanteurs norvégiens et suédois placent dans les antres rocheux de leurs montagnes le monde merveilleux que les insulaires de l'archipel danois mettent au fond de la mer. Mais tel est, dans le détail de la fable, le parallélisme de ces thèmes, qu'il faut de nécessité que l'un ait été modelé sur l'autre; et comme les rédactions du poème proprement danois appartiennent toutes à une époque récente, que d'autre part, il est moins naturel de feindre un être humain vivant sous les eaux que de le supposer abrité dans une caverne, la forme suédo-norvégienne doit être en toute vraisemblance tenue pour la primitive. C'est l'opinion d'Alfzelius; et Arwidsson, de même, pose que la « chanson danoise est une espèce d'imitation faite par une population maritime d'après les chants d'un peuple montagnard » J.

Au résumé, un thème fantastique, formé dans les montagnes de la Norvège, subit sur le littoral danois une métamorphose et y donna naissance à la vise marine â'Agnete og Havmanden. Celleci, propagée le long des côtes d'Allemagne, y produisit un lied, souche lui-même d'une chanson wendo-slovène qui bourgeonna en terre hongroise, et, parvenue jusqu'à la Bretagne française, elle y poussa tardivement ce rejeton abâtardi qui est notre ronde de la Danseuse noyée.

1. Ceci exclut la conjecture de Grundtvig, que la vise danoise serait d'importation germanique, conjecture qui ne résiste d'ailleurs pas à une comparaison attentive du lied et de la vise.

CATALOGUE DES VERSIONS

France (oïl et oc)

Retonfey : de Puymaigre, Chants pop. rec. dans le pays messin, 1865. Aunis, etc. : Bujeaud, Chants pop. des prov. de V Ouest, II, 1866. Forez 1, 2 et 3 : Smith, Romania, IX, 1880 (la 3e version, fragmentaire, en note de la ire).

Ceyzériat : Guillon, Chants pop. de Y Ain, 1883. Damas (Vosges) : Tiersot, Hist. de la Chanson pop. en France, 1889. Maine : Mme Destriché, Rev. des Trad. pop., V, 1890. Poitou : Pineau, Le Folk-Lore du Poitou, 1892. Franche-Comté : Beauquier, Chans. pop. rec. en Franche- Comté,

Thônes (Hte-Savoie) : Valentine Leirens, Rev. des Trad. pop., XII,

Piémont

Montferrat : Ferraro, Canti pop. monferrini, 1870 (version fragmentaire et contaminée avec la chanson de la Belle Barbièré).

A Cintano, B Turin, C La Morra, D Pignerol : Nigra, Canti pop. del Piemonte (n° 28), 1888.

Sale-Castelnuovo : Id., ibid. (n° 33), 1888 (version fragmentaire et contaminée).

FORMULE RYTHMIQUE

Complainte. Tercets de vers octosyllabiques, le premier, féminin, qui ne rime pas, les deux autres, masculins, rimant ensemble.

TEXTE CRITIQUE

Povre soldat revient de guerre, Tout mal équipé, mal vêtu, Un pié chaussé et l'autre nu.

S'en va trouver dame l'hôtesse :

« L'hôtesse, avez- vous du vin blanc ? »

— « Soldat, avez- vous de l'argent ? »

— « Pour de l'argent, je n'en ai guère ; J'engagerai mon blanc chevau,

Mon équipage et mon manteau. »

1. a) Comté, Cintano, Pignerol -f- Aunis et Maine (revient); cf. Cey^ériat, Damas, Poitou, Retonfey, Turin, La Morra. — b) Thdnes, Cey\ériat, Damas -j- Aunis, Maine; cf. Comté. — c) Retonfey, Poitou, Fore\ 3, Maine, Cintano; cf. Turin, Pignerol, Comte, Aunis. Selon la version d' Aunis, pays maritime, le « pauvre soldat » est devenu un « brave marin ».

D'après Aunis et Maine, le Ier et le 3 e vers sont suivis d'une sorte de refrain : Tout doux! ; d'après Retonfey et Thônes, de la phrase burlesque : Coucou, cornaricoucou (= cocu, cornard et cocu) ou : coukette, coucou, devenue dans une version piémontaise signalée par Nigra : ... cocon, cocot et capun. Au reste, ni l'un ni l'autre de ces ornements rythmiques ne .semble faire partie de la strophe originale, qui ne comporte point de refrain.

2. a) Comté, Poitou (S'e. v. chez mad...) et Pignerol (Sun anda da mad...); cf. Cey^ériat, Thdnes, Cintano ; Maine, Turin, La Morra. — bc) Comté, Thônes, Retonfey, Maine (Beau s...), Cey^ériat (Jeune s., as-tu...); cf. Aunis t Poitou, Turin, Pignerol.

3. a) Ceyiériat, Thônes, Retonfey, Velay,etc.; cf. Cintano. — bc) Cey^ériat, Comté (...m. beau ch...), Thônes (... Ma valise e. m. m.); cf. Retonfey, Poitou, Maine, Velay, Cintano.

Povre soldat se mit à table, Se mit à boire et à chanter, L'hôtesse se mit à plorer.

« Qu'avez-vous donc, dame l'hôtesse?

Regrettez-vous votre vin blanc, Que le soldat boit sans argent ? »

— « N'est point mon vin que je regrette, C'est la perte de mon mari.

Monsieur, vous ressemblez à lui. »

— « Ah! dites-moi, dame l'hôtesse, Vous n'aviez de lui qu'un enfant :

Et en voilà quatre à présent ? »

4. a) Cintano, Ceyiériat (Jeunes...), Thones et Retonfey (Soldat...); cf. Poitou, Aunis, Comté, Maine, Pignerol, Turin, etc. — b) Cey\ériat, Aunis ; cf. Comté, Poitou, etc. ; Turin, La Morra, Pignerol. — c) Cey^ériat, Comté, Thones, Maine, Aunis (Et la belle h...), Cintano (... s'bùt' a pi.), Turin, etc. (id.); cf. Poitou.

5. a) Cey\ériat, Maine et Poitou (Ah!... madame...), Aunis (Ah!..., la belle h.) ; cf. Comté, Damas, Cintano, Turin, etc. — b) Aunis, Maine, Poitou (Pleurez-v...), Cey^ériat, etc. (id.); cf. Pignerol. — c) Comté, Poitou, Thones; Cey^ériat (... en payant), Aunis (... en passant), Maine (... en chantant); cf. Pignerol.

6. a) Aunis, Maine (... le v...), Comté, etc. (... pas.... q. j. pleure). — bc) Aunis ; cf. Cey^ériat, Retonfey, Damas, Poitou, Maine, Thones, Turin, etc.

7. a.) Aunis -j- Turin, La Morra, Pignerol; d. Sale. — b) Aunis, Pignerol + Maine, Poitou, Retonfey, Comté; cf. Cey\ériat, Cintano, Turin, etc. — c) Damas, Comté, Retonfey -f- Cey\ériat, Maine, Poitou, Pignerol, Fore\ 1 et 2;

— « L'on m'a écrit de ses nouvelles, Qu'il étoit mort et enterré, Et je me sui remarié'. »

— « Dedans Lyon, y a grand' guerre.

Adieu, la femme et les enfans !

Je m'en retourne au régiment. »

cf. Aunis, Cintano, Turin, etc. Le nombre des enfants varie de deux (c'est trop peu) à six (qui est beaucoup); « quatre » autorisé par la plupart des versions doit être tenu pour la leçon originale.

8. a) Aunis, Cey\ériat et Thônes (... de fausses lettres); cf. Comté, Maine, Poitou, Cintano, Turin, etc. — b) Aunis, Thônes, Pignerol, Cintano (...sepeli); cf. Cey^ériat, Poitou, Maine, Turin, etc. — c) Aunis, Poitou, Cey^ériat et Thônes (Moi, je...), Maine, etc. (Que j...); cf. Pignerol, Turin, etc.

9. a) Poitou. — b) Poitou, Maine (... ma f... mes e.), Comté (.., ma f... mon e.); cf. Cintano, Turin, etc. — c) Comté, Damas (J. r'tournerai...); cf. Cey^ériat, Sale, Cintano, Turin et Maine, qui parle d' « embarquement ».

Bujeaud — ou son fournisseur — a remanié complètement cette dernière strophe, en remplaçant les simples adieux du mari par un narré pathétique de son départ :

Pauvre marin vida son verre ;

Sans regarder, tout en pleurant,

S'en retourna au régiment.

Outre que la conclusion dialoguée est presque de règle dans la romance populaire, on ne relève ailleurs que chez Bujeaud nulle trace de ce dénoûment narratif assez bien tourné, mais qui trahit une main lettrée.

Dans Comté, Cey\ériat, etc., il y a, pour finir, des menaces de mort du mari contre son rival; dans Cey^ériat, Fore^ 1 et 2, ainsi que dans les versions piémontaises, un partage d'enfants entre le père et la mère : évidentes interpolations, qui gâtent le vrai dénoûment, admirable en sa simplicité.

Cette complainte militaire, d'allure assez moderne, peut avoir été composée dans les armées de Louis XIV ou de Louis XV. Les versions françaises, toutes recueillies en oïl ou dans les limites du domaine franco-provençal, se partagent entre deux régions opposées, celle de l'Ouest (Aunis, Poitou, Maine) et la frontière de l'Est (Savoie, Bresse, Comté, Lorraine). Au demeurant, la vocalisation de / final (chevau = cheval) ne suffit pas pour déterminer l'origine, de telles formes ayant cours dans tous les parlers de l'Est, de la Bresse à la Picardie, aussi bien qu'en pays gallo, en Poitou, etc.

Un lied allemand, publié à . . . exemplaires par Erk et Bœhme (Deutsche Volkslieder, I), n'est que la traduction quasi littérale du Retour du mari, d'après une version de même type que Maine et Aunis. Le tercet français a été maintenu, et le refrain dissyllabique « Tout doux ! » se retrouve dans l'équivalent « Hurrah ! ». Le « vin blanc », par une adaptation locale, s'est changé en « bonne bière ». Le vers final de Maine : « A Brest est mon embarquement » est devenu : « A Hambourg je m'embarquerai ». L'on voit qu'une version française de l'Ouest a dû être importée par quelque matelot sur le littoral de la mer du Nord, d'où elle a pénétré en Allemagne.

Le cycle des retours du mari est un des plus importants qui soient dans la poésie traditionnelle, et il comprend plusieurs thèmes distincts, selon les situations particulières où se peut supposer la femme de l'absent. Quand l'époux rentre dans ses foyers après une longue absence (généralement une guerre de sept ans) il se peut : que sa femme ait été enlevée par des pirates, et c'est le cas de YEscrivette ; — ou bien qu'il la trouve en butte aux mauvais traitements de la belle-mère, c'est le cas de la Porcheronne ; — ou en train de se remarier, conjoncture qui fait le sujet d'une autre complainte; — ou depuis long-

temps remariée et entourée d'enfants du second lit, et c'est sur ce thème-ci, le plus saisissant de tous, qu'a travaillé l'auteur de la présente chanson. De telles situations se retrouvent dans la réalité de la vie : après de longues guerres, des navigations ou des expéditions lointaines, il n'est pas rare que des maris passés pour morts reviennent après des années et soient obligés de revendiquer leur place au foyer conjugal. Nous en trouvons de temps à autre des exemples dans les faits divers des journaux et les arrêts des tribunaux. De tous les accidents capables de bouleverser l'existence humaine, j'en connais peu d'une fatalité plus pathétique : car il met aux prises les passions les plus puissantes et les intérêts les plus profonds qui soient dans la société : l'amour et la famille. Il faut que de deux foyers, tous deux légitimes, l'un soit détruit ou sacrifié à l'autre; il faut enlever au mari sa femme, ou séparer la mère de ses enfants. Aussi les romanciers modernes, observateurs professionnels de la vie humaine, ne pouvaient manquer de donner place à ce cas émouvant dans leurs études de mœurs ; c'est ce qu'ont fait, entre autres, trois maîtres du roman au xixe siècle : Balzac, dans le Colonel Chabert, Zola dans Jacques Datnour, et Guy de Maupassant dans le Retour, un de ces contes brefs et incisifs qui sont dans sa manière.

Chabert, colonel de cavalerie sous l'Empire, est tombé sur le champ de bataille d'Eylau ; le crâne fendu d'un coup de sabre, foulé aux pieds des chevaux, il est ramassé pêle-mêle avec les morts et jeté à la fosse. Il revient à lui, pressé par une voûte de cadavres, parvient à force d'efforts à s'en dégager et peut appeler des paysans qui le recueillent, le soignent et le portent à un hôpital où il parvient à être guéri. Mais l'affreuse blessure a rendu son visage méconnaissable et affaibli son cerveau. Quand, après des années, cette ruine humaine, au retour de Prusse, arrive en France pour se faire rendre sa femme, son grade et sa fortune, personne ne veut le prendre au sérieux. Cependant, la veuve de Chabert, après avoir réalisé sa succession, s'est remariée au comte Ferraud, et en a deux enfants.

Cette femme, qui n'entend pas être troublée dans sa vie nouvelle, feint d'abord de ne pas reconnaître son premier mari; puis, voyant l'empire qu'elle a gardé sur lui, elle s'en sert pour lui persuader de renoncer à ses droits; elle parle enfin de le faire enfermer comme fou. Le malheureux Chabert, dégoûté et désespéré par un si atroce égoïsme, s'abandonne entièrement à la fatalité, renonce au procès engagé pour faire annuler son acte de décès, et roulé aux derniers bas-fonds de la misère, il finit par échouer à l'asile de Bicêtre.

Jacques Damour, ouvrier parisien, s'est battu aux rangs des insurgés de la Commune : fait prisonnier au Père-Lachaise, il est déporté à Nouméa et réussit à s'en évader : on a cru le reconnaître parmi les cadavres décomposés de trois fugitifs et l'on a dressé son acte de décès. Cependant, après avoir tenté fortune en Amérique, il échoue en Belgique, et à l'amnistie rentre en France. Il se présente à son ancien logis, n'y trouve plus sa femme et apprend qu'elle s'est remariée à un boucher. Atterré à cette nouvelle, il ne sait que résoudre, mais poussé par les conseils d'un ancien camarade de la Commune, rencontré par hasard, et excité par la boisson, il se rend à la boutique du boucher, farouchement décidé à faire valoir ses droits et à reprendre sa femme. Celle-ci, restée fraîche et belle, dans sa vie devenue confortable et facile, finit par reconnaître son premier mari dans ce misérable sordide et vieilli avant l'âge. La stupeur et la crainte se mêlent à ses larmes de regret et à ses demandes de pardon. Jacques cependant a demandé sa fille : et quand la mère lui avoue qu'elle n'est plus à la maison et qu'elle a mal tourné, c'est avec une sombre fureur qu'il repousse tout accommodement et maintient ses prétentions de rentrer dans l'entière possession de son bien; il part cependant, la bouche pleine de menaces. Pendant quelque temps il songe à les mettre à exécution ; il a même acheté un couteau « pour saigner le boucher ». Puis, un jour, il retourne chez sa femme et lui propose simplement de choisir entre ses deux maris. Avant même qu'elle n'ait répondu, son attitude l'a fixé sur son choix,

et il lui promet de disparaître à jamais de sa vie. Recueilli par sa fille, tombée dans la galanterie et richement entretenue, il est installé par elle dans une propriété, dont il devient le gardien, et engourdi par le bien-être d'une vie assurée et oisive, désormais sans rancune et sans révolte, il refuse de revendiquer son nom et son état civil.

Le matelot de Maupassant, parti pour Terre-Neuve sur le trois-mâts les Deux sœurs , a échoué sur un banc; jeté à la côte d'Afrique, il est capturé par des sauvages et après bien des années finit par s'échapper. Rapatrié par un bateau anglais, il reparaît dans son village et rôde autour de s'a maison, où il n'ose entrer, ayant retrouvé sa femme au milieu de nombreux enfants. Celle-ci cependant, après le naufrage des Deux sœurs, dont personne n'est revenu, avait attendu pendant dix ans, puis s'était remariée à un pêcheur dont elle a des enfants.

La présence obstinée de ce vieux qui semble la guetter, la gêne et l'inquiète; et quand son mari rentre de la pêche, elle l'envoie lui parler; tous deux rentrent à la maison, et le premier mari se fait reconnaître : plus surpris qu'émus, hommes et femme sont bien embarrassés. Que faire ? on peut bien partager et reprendre chacun ses enfants, mais la femme ? et surtout la maison qui est le patrimoine du disparu et « qui a des papiers chez le notaire » ? Ils se décident, pour régler la question à l'amiable, à s'en remettre au curé, et en passant devant le cabaret, ils entrent pour y « prendre une goutte ». Quelle sera la solution ? Maupassant ne nous le dit pas : il laisse le problème posé au moment de le résoudre. S'il avait conclu, comment l'aurait-il fait ? Comme Balzac et Zola, je crois, et le premier mari eût cédé sa place à l'autre.

En cette occurrence, il y a conflit entre les sentiments instinctifs de notre être et h loi, fille de la raison : quand le mari disparu vient réclamer sa place, le droit civil et religieux ne peut manquer de lui donner gain de cause; mais, si tel est l'arrêt de notre justice, b nature souvent juge autrement. Elle ne crée qu'en tuant : c'est mourir que d'être cru mort, et les

liens du présent sont plus forts que les souvenirs du passé. Voilà pourquoi Balzac et Zola ont, comme l'auteur de notre chanson, obéi à la réalité de la vie, en laissant subsister le nouveau ménage, tandis que le premier mari se résigne à disparaître et va se replonger dans cette espèce de mort sociale où il est condamné.

« Adieu, la femme et les enfants ! »

Et le soldat retourne au régiment...

Ce n'est pas le plus mince mérite de l'artisan de cette ronde que d'avoir vu si justement et si simplement exposé ce caractère profond de la nature humaine : que les morts les mieux pleures, s'ils revenaient chez eux, n'y trouveraient bien souvent plus de place !

CATALOGUE DES VERSIONS

France d'oïl

Indéterminé i : A. Jal, Scènes de la vie maritime, III, 1832.

Indét. 2 : G. de Nerval, la Sylphide (périodique), VI, 1842 (version incomplète). — De nouveau dans Les Filles du feu et La Bohême galante du même.

La même version, résumée, mais avec le refrain et la mélodie en plus, par de la Landelle, Les fêtes à bord (dans le Prisme), 1841 ».

Bretagne 1 : J.-J. Ampère, d'après de la Villemarqué, Pois. pop. de la France, Instructions, 1853. (Le texte ms- est conservé dans les Poés. pop. de la France, I, mss. B. N.) — De nouveau dans le Bulletin archèol. de VAssoc. bretonne, VII.

La Rochelle : Federici, Poés. pop. de la France, IV, mss. B. N., réd.

Vendée : Ibid., VI [s. d.]. — Publ. dans Mèlusine, II.

Indét. 3 : Leterrier-Vanloo, Le Roi de carreau, 1883 (version fragmentaire et remaniée).

Omonville-la-Rogue : Fleury, Litt. orale de la Basse-Normandie, 1883 (version avec variantes).

1 . Il est évident que les textes de Nerval et de la Landelle, dont aucun ne peut dériver de l'autre, ont été puisés à une même source.

G. Doncieux. — Romancero populaire de la France. 27

4l8 ROMANCERO POPULAIRE DE LA FRANCE

Savenay (Loire-Inf-) : [Pavec], Chants p0p. de la H*-Bretagne, 1884. Bretagne 2 : E. d'Élie, la Tradition, VIII, 1895. Ploumanac'h(Côtes-du-Nord): G. Vicaire, Rev. des Trad. pop., XII,

FORMULE RYTHMIQUE

uniformément rimes en an. Le couplet est formé de deux vers, suivis d'un vers-refrain, le 2e vers de chaque couplet devenant le Ier du couplet suivant.

TEXTE CRITIQUE

1. Les dames de La Rochelle ont armé un bâtiment, Pour aller, etc

La feuille s'envole, vole, la feuille s' envole au vent.

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