‹ Le romancéro populaire de la FranceChapitre 146 sur 160 · C, B et Canada 1 (...s'en fut c); cf. A · texte numérisé non relu

C, B et Canada 1 (...s'en fut c); cf. A

A, B, C, ajoutent ici cette platitude qui ne rime pas :

Les uns avec leurs femmes et les autres tout seuls. Et D, trois couplets parasites.

Du fameux John Churchill, duc de Marlborough, défunt depuis plus d'un demi-siècle, il n'était guère question en France ni ailleurs, quand vers la fin de 1781, son nom fit dans Paris une résurrection éclatante et soudaine. Une chanson opéra ce miracle, et voici par quelle aventure. La reine Marie-Antoinette accouchait du premier dauphin, le 22 octobre 1781. Or, quelques mois plus tôt, ayant eu bruit de cette grossesse, une paysanne, nommée Poitrine, s'était mis en tête de devenir la nourrice de l'enfant royal. Dans cette idée, elle arrive, accompagnée de son mari, à Versailles, intéresse des médecins à sa cause, trouve moyen d'être présentée au Roi, enfin s'évertue de telle sorte qu'elle obtient la préférence. Logée dès lors dans les appartements du château, il arriva un jour que cette dame Poitrine se mit à fredonner une ronde qui se chantait en son pays : c'était celle de Malbrough. La reine par hasard l'entendit; l'air naïf et tendre lui plut; elle le voulut chanter elle-même, et toute la cour fit comme elle. En ce temps-là, Beaumarchais achevait son Mariage de Figaro, il eut l'idée d'écrire sur cet air la romance du Page; et la romance comme la comédie alla aux nues. Malbrough îut partout chanté, glosé, parodié. On le mit en almanach, en vaudeville, en éventail; enfin il n'y eut chose au monde, cette année-là, qui ne fût à la Malbrough.

Mais cette renaissance fortuite de la chanson ne nous apprend rien sur sa date d'origine. Elle ne saurait commémorer le trépas réel du capitaine anglais, arrivé en 1722, dans des circonstances qui n'ont aucun rapport avec les données des couplets : Marlborough ne mourut pas en guerre, mais dans son lit, en état de démence sénile, et cette fin obscure n'avait pas de quoi frapper l'attention populaire. On a rattaché la chanson avec plus de vraisemblance, à la meurtrière journée de Malplaquet (11 sept. 1709), où les Anglais qui formaient la droite de l'armée alliée, furent un moment bousculés par le maréchal de Villars, en sorte que le bruit put courir un instant de la mort de Marlborough, : c'en était assez pour qu'un troupier en verve improvisât ce chant plaisamment funèbre. Est-ce alors, peu

après sa naissance, ou bien au moment de sa résurrection sous Louis XVI, que le chant de Malbrough passa les Alpes et les Pyrénées ? Tout ce que nous savons, c'est qu'il existe dans la tradition moderne du Piémont et surtout de la Catalogne, où le nom de Marlborough conservé dans quelques versions est devenu « Mambru1 », pour la plupart des chanteurs, et « le comte d'Orange2 » pour d'autres.

Il importe, en finissant, de faire justice d'une erreur fondée sur un texte daté a la légère par Leroux de Lincy, et d'après quoi le Convoi de Malbrough ne serait qu'un remaniement récent du Convoi du Duc de Guise, composé après le meurtre de celui-ci, tué devant Orléans l'an 1563.

Le recueil du compilateur La Place, d'où cette pièce est extraite, ne fournit aucune date que le millésime même du livre : 1785 ; et le titre de « chanson des rues » dont il la désigne, témoigne assez qu'il l'a prise dans la tradition orale la plus récente. C'était justement l'époque, où Malbrough, ressuscité par dame Poitrine, faisait . fureur à la cour et à la ville. Quant au premier vers, où il est question du duc de Guise, ce vers (en ise), ne se rapportant à la suite des autres (en e) ni pour le sexe, ni pour la rime, n'est là que par une interpolation, dont un hasard m'a fourni la preuve. En feuilletant le tome I des Poés. pop. de la France, mss. B. N., j'y rencontrai une chansonnette, d'ailleurs insignifiante, en cinq ou six couplets, dont voici les premiers vers.

Voul'ous ouïr chanson ? C'est du grand duc de Guise. Par le froid, par le vent, par la Use!

On retrouve là, mot à mot, le vers initial de C, mais au lieu qu'en C il ne rime avec aucun autre, il rime ici très exac-

1. Le paradoxal Genin, non content de faire remonter la chanson de Malbrough au grand Guise, assure vaillamment qu'elle remonte aux Croisades : le héros est un croisé (et il sait son nom) surnommé « le Membru » !.

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