Le romanisme
ROME, SA FONDATION ET LES PRINCIPES CONSTITUTIFS DE SON GOUVERNEMENT, OU LE ROMAIVISME.
La ville de Rome fut fondj^^j^jiaîïionde 4755, ou 753 ans avant la naissance derïélus^Gél^
La violence et le meurtre furent les premiers actes de celui qui lui donna scm nom, lequel signifie en langue grecque, force ('p«|^r.) ; et, comme s'il eût été dans la destinée de cette ex-souveraine du monde de ne se constituer que par la force brutale et par le crime, la première période de son existence ne fut marquée que par des attentats de toute espèce.
Ici, c'est Romulus qui assassine son frère et qui meurt lui-même immolé par la jalousie du Sénat.
Là, c'est TuUus Hostilius frappé par suite de légitimes représailles, et en expiation du sac et de la ruine
d'Albe.
D'un côté, c'est Tarquin r Ancien qui tombe sous les coups de ses gendres ;
De l'autre, c'est Servius Tullius, dont le cadavre est foulé aux pieds des chevaux par Tordre exprès de sa fille !
Enfin, c'est Tarquin le Superbe, qui, après s'être débarrassé de sa femme pour épouser sa belle-sœur, laquelle s'était aussi débarrassée de son mari, meurt en exil, après avoir fait déchirer le sein de sa patrie par des hordes étrangères, a l'effet de se rétablir sur un trône où l'on ne voulait plus de lui....
Du reste, et comme pour donner tacitement à la terre le programme des principes de son gouvernement futur, Rome mit une louve dans son écusson : c'était dire en langue héraldique : « Je régnerai par la force et je régnerai sans pudeur, »
Mais elle ne pouvait heurter de front ni les croyances accréditées, ni les principes reçus ; ellepritdonc unautre biais, et jugeant que Dieu dans sa haute sagesse avait eu tort de faire l'humanité intelligente et libre, elle voulut, elle, la réformer et lui donner la servile innocence delà bête!...
Donc, et armée de son étendard mystérieux, où s'étalait sa louve offrant le triple symbole de l'origine céleste de son fondateur, de son allaitement merveilleux et de son apothéose plus merveilleuse encore, Rome se mit à inventer de nouveaux dieux, de nouveaux rites, et à multiplier ses autels. Jusqu'alors, c'est-à-dire pendant les cent soixante-dix premières années, elle n'a-
vait eu dans les temples et dans les chapelles qu'elle bâtissait aucune figure de Dieu, elle aurait même regardé comme une impiété de représenter par des choses méprisables ce qu'il y a de plus parfait. Mais quand une fois, au lieu de farine et de fruits, les Romains se furent mis à offrir aux Dieux des sacrifices sanglants; quand, au lieu de chercher à atteindre jusqu'à eux par la pensée, comme ils l'avaient fait juscju' alors, ils en furent venus à leur donner une forme palpable, c'en fut fait de leur religion telle qu'ils l'avaient pratiquée. A la faveur de tant de divinités que les prêtres multipliaient autour d'eux et pour lesquelles ils avaient soin de demander incessamment des offrandes et des sacri-* fices , le bigotisme s'établit, les gouvernants eurent leurs coudées franches, lis purent dès lors , presque sans contrôle, mettre en pratique les principes de despotisme sur lesquels ses premiers fondateurs avaient basé le système politique de ce pays. Aussi le système de Rome a-t-il toujours été :
i** D'employer tous les moyens pour soumettre à sa domination le monde entier;
2° De mettre en œuvre toutes les ruses imaginables, lorsque la force ne suffisait pas , pour attaquer ouvertement un peuple que Rome voulait soumettre ;
3® De s'insinuer, sous le voile d'aide, d'ami, de voisin ou de protecteur, dans toutes les affaires intérieures des peuples, et de les diriger de manière à réduire ces peuples à l'impossibilité de rien faire par eux-mêmes et sans ses prétendus défenseurs providentiels ;
4® De faire croire à tout le inonde , et par tous les moyens possibles» que l'auxiliaire d'office de tout peuple et de tout individu , c'était toujours le gouvernement romain, ce généreux, clément et équitable gouvernement, cet unique défenseur des droits de l'homme, ce juste dispensateur des bienfaits du ciel;
5^ De retenir tout peuple soumis à sa domination dans le plus avilissant esclavage et de le faire servir d'instrument à de nouvelles conquêtes, tout en lui vantant effrontément la grandeur de sa propre omnipotence et la gloire de lui obéir aveuglément ;
6® Enfin de ne voir que des moyens de succès pour elle dans les principes de la morale et de la religion , dans les dispositions naturelles et dans les tendances politiques des peuples, dans les mérites ou dans les vices des individus, dans toute vertu , toute faiblesse, toute passion, ainsi que dans tout sentiment humain et dans toute circonstance fortuite.
Voilà pourquoi l'esprit d'une domination despotique, égoïste, astucieuse, arbitraire et arrogante fut en tout temps et partout le cachet spécial du gouvernement de Rome, ou Romanisme.