JÉSUS-CHRIST, SA DIYINE DOCTRINE ET SA CONDAMNATION
Soixante-dix ans après Tasservissement de la nation hébraïque par les Romains, Jésus-Christ apparut et proclama dans Jérusalem la restauration du peuple d'Israël par l'observation exacte de la loi divine de Moïse, laquelle loi, disait le Restaurateur divin, je suis venu non abolir^ mais accomplir (1).
Jésus-Christ, par son enseignement, reprochait aux pharisiens et aux scribes les abus qu'ils faisaient de la confiance du peuple, en le dépouillant et en absorbant tout le produit du travail de ses mains; il expliquait le vrai sens des dix commandements que Dieu lui-même avait donnés à Moïse sur le mont Sinaï ; il prêchait l'entière liberté de la conscience, l'abolition de l'esclavage et de la polygamie , enfin la parfaite égalité des droits de l'homme.
Le divin Restaurateur voulait fortifier et établir sû-
(4) Matthieu, v, et dans plusieurs autres endroits de l'Évangile.
rement les quatre bases principales de toute société : la famille, en consolidant les lois du mariage et en proscrivant le concubinage ; rattachement à la patrie, en proclamant sans cesse qu'il n'était envoyé que pour les brebis égarées de la maison d'Israël , c'est-k-dire pour faire le bonheur de ses nationaux, et en montrant qu'on se doit entièrement à son pays ; la propriété, en ordonnant de rendre à chacun ce qui lui appartient ; et l'ordre, en commandant l'obéissance au gouvernement.
De plus, Jésus-Christ imposait à ceux qui suivraient ses préceptes le respect des lois, l'obligation de traiter tous les hommes en frères, d'être justes, sincères, charitables et indulgents envers tout le monde, d'étendre l'amour du prochain même jusqu'aux ennemis; de respecter les droits d'autrui, ainsi que toute propriété étrangère, et de se nourrir de son propre travail.
Il leur commandait de dompter leurs passions, de cultiver l'esprit, de dédaigner la matière et les plaisirs sensuels, et d'être doux, modestes et sages.
Il leur prescrivait la plus complète tolérance et l'observance la plus stricte de tout engagement et de tout devoir envers qui que ce fut.
11 leur recommandait de même le perfectionnement de leur intelligence et celui de toute connaissance par l'application et l'étude.
Il leur défendait sévèrement d'employer la violence, la fraude, ou tout autre moyen pour la propagation de ses préceptes, ne leur permettant que la persuasion.
Le peuple hébreu, gémissant sous le joug barbare du Romanisme, ne pouvait qu'accueillir Jésus-Christ en libérateur. Aussi le recherchait-il avec empressement. Il le suivait au temple, dans les rues, dans les campagnes, dans les déserts, partout où il allait, et se pressait autour de lui afin d'écouter et de recueillir ses paroles; il restait à jeun pour ne pas le quitter, il s'exposait à être écrasé rien que pour toucher k son vêtement ; il lui amenait ses malades pour qu'il les guérît et ses enfants pour qu'il les bénît ; il l'instituait juge arbitre de ses diflërends; enfin, peu de jours avant la Pâque, il lui fit une ovation triomphale k son entrée a Jérusalem, en étendant ses vêtements sur son passage, en portant devant lui des branches de palmier et en le saluant par des hymnes comme l'envoyé de Dieu, fils de David et roi d'Israçl (Jean, xii). Dans son enthousiasme, le peuple hébreu avait même conçu l'idée de le prendre et de le proclamer roi ; mais Jésus-Christ l'évita en se retirant sur la montagne (saint Jean, vi).
11 est vrai que les principes équitables et libéraux de Jésus-Christ ne pouvaient convenir k l'hypocrisie et aux intérêts de ceux qui vivaient des abus religieux. En effet, tous les évangélistes s'accordent k nous dire que ces gens s'efforçaient de paralyser sa doctrine, en le présentant au peuple comme un prévaricateur de la loi mosaïque, comme un imposteur dangereux, enfin en le dénonçant au gouverneur romain « comme un a homme qui séduisait la nation, qui empêchait le a peuple de payer les impôts k César, en se disant
a ROI OINT par ordre du Seigneur (saint Luc , xxin). »
Si donc les pharisiens et les scribes, au lieu de concourir aux efforts patriotiques de Jésus-Christ, avaient été entraînés, par leur indifférence pour Taffranchissement de la patrie asservie, ou par la jalousie naturelle à cette caste, à le dénoncer aux Romains, ces gens-là n'ont été que les vils dénonciateurs du Sauveur d'Israël, mais, au moins, d'après les saints Évangiles, ils ne furent pas ses meurtriers.
Cependant, comme les principes libéraux de l'enseignement de Jésus -Christ étaient précisément le contre-pied des doctrines du gouvernement dominateur, égoïste et oppressif de Rome, ce gouvernement fut effrayé de leur propagation rapide au milieu d'une nation rêvant toujours son émancipation et qu'il pouvait à peine retenir sous le joug.
Aussi ce gouvernement décida-t-il la perte immédiate du divin libérateur d'Israël.
Mais le Romanisme, pour détruire, en même temps, le prestige que l'enseignement du Sauveur avait exercé chez le peuple hébreu, se garda bien de le faire mourir comme chef d'un parti politique, comme un homme dont les principes lui faisaient peur ; au contraire, il voulut le faire périr comme un misérable aventurier, comme un exalté ridicule qu'une populace ignorante et des primats égoïstes persécutaient par fanatisme et par jalousie.
Aussi le condamna-t-il à une peine infamante, étrangère a la nation judéenne, et que les Romains
n'appliquaient qu'aux gens qui méritaient le dernier mépris, au supplice des esclaves, à la croix (1) !
Les insultes et les indignités qu*on lui fit souffrir pendant son martyre, et même jusqu'à l'inscription dérisoire : a Jésus de Nazareth^ roi des JudéenSy » toutes ces particularités constatent hautement la politique séculaire du Romanisme.
Et toujours conséquent dans son système de calomnie et de perfidie, le Romanisme rejeta sur le peuple hébreu tout l'odieux de ce meurtre juridique!
(1) Tacite appelle cette peine supplice des esclaves : servile supplicium (Tacite, ffist.^ iv, l. î).