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Le Romantisme

Dans une « enceinte richement décorée » (1), peuplée de « trois ou quatre mille personnes », un adolescent de dix-sept ans, qui reçoit sur « sa tête blonde » une couronne officielle : tels sont le premier décor et la première attitude où Alfred de Musset nous apparaît, en août 1827, lorsqu’on proclamait son second prix de philosophie, remporté sur «< quatre-vingts rivaux » au Concours général des Lycées. Le grand maître de l’Université le félicite; de leur tribune, les princes d’Orléans lui manifestent leur sympathie; dans un coin de la salle, une dame ne peut maîtriser son émotion; c’est la mère, M"*° Victor de Musset (2), de qui nous tenons ces détails. Toute fière, elle a accompagné le lauréat; avec lui et en « voiture », — (les livres risquant de le charger à l’excès) —, elle regagna, après la fête, le foyer de famille. Là, attendaient la jeune sœur et le frère aîné, Paul; il fallut leur raconter la scène par le menu, à eux et aux amis, accourus pour féliciter; il fallut la décrire par lettre aux relations de province. M°° de Musset n’y manqua pas. «< Pendant trois jours », écrivait-elle à un Nantais, François Grille, nous n’avons vu que couronnes, livres dorés sur tranche. C'était une bénédiction; puis sont venus les amis, les embrassements, les félicitations, parmi lesquelles, monsieur, les vôtres ne me sont pas les moins chères ». Le père, Victor de Musset (3), se fût associé à tant de joie si le

(1) Ce renseignement et ceux qui suivent nous sont donnés par une lettre de M"° de Musset, écrite le 31 août 1827, à M. François Grille, un ami de dla famille, qui thabitait alors rue du Carreau, à Nantes. Cette lettre a été publiée par le destinataire dans son ouvrage Autographes de savants et d'artistes, 1853.

(2) Mm° Edme-Claudine de Musset, était fille de Claude-Autoine Guyot-Desherbiers, ancien membre des Cinq-Cents, et de Anne-Marie Daret, fille elle-même d’un avocat, procureur général fiscal du comte de Tonnerre (Cf. les ouvrages de MM. Teissier : Documents généalogiques sur Alfred de Musset; Solente : Le Grand-père maternel d'Alfred de Musset).

(8) Victor-Donatien de Musset-Pathay était né en 1768, le 5 juin. La famille l’avait destiné d’abord aux armes (de là son séjour à La Flèche), puis à l’Eglise. I avait été nommé, en 1787, chanoine à la cathédrale de La Rochelle. Libéré par la Révolution, il avait été un temps emprisonné sous la Terreur (d'octobre à décembre 1793). Depuis, il était entré dans l'administration; au bureau central des commissaires ordonnateurs des

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Gouvernement ne l’eût alors contraint à vivre en Belgique (4). Même de loin, il en prit sa part. On jugera peut-être que j'attache trop d'importance à cette journée, mais elle fit date dans la vie du futur poète, — en les confirmant, lui et les siens, dans l’idée qu’il s'élevait au-dessus des jeunes gens de son âge, même les mieux doués; et qui sait ce qu’un esprit de dix-sept ans peut déduire de pareilles prémisses? Surtout, elle marque l’heure où il abandonne son existence d’enfant, pour un avenir que nous savons très cahoté. Enfin, par une heureuse rencontre, elle réunit autour de lui, pour la dernière fois, ce qui fut jusque-là sa vie: le lycée et la famille, la famille dominant le lycée.

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