‹ Le "Romantisme" de Beethoven Contribution à l'étude de la formation d'une légendeChapitre 1 sur 356 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Le présent travail n’a pas été conçu comme ressortissant à la critique musicale ou à l’histoire de l’art, mais comme une étude d’histoire de la civilisation et de la pensée allemandes.

Dans l’évolution de la pensée allemande, le romantisme est une époque capitale. Pour employer un terme à la mode, il constitue moins une école qu’un vaste « mouvement », affleurement de l’action de forces morales au déploiement desquelles le rationalisme de l’Aufklärung s’opposait et que le classicisme tenait en lisière. Leur déchaînement victorieux a donné à l’esprit allemand une nuance d’expression qui n’a pas été seulement littéraire et par laquelle les dernières añnées du dix-huitième siècle et le début du dix-neuvième ont acquis un caractère particulier.

Une des grandes nouveautés qu ’apportait le romantisme, c’est l’importance qu’il a accordée à la musique. Tieck, Wackenroder, Novalis ont été les premiers champions d’une sorte de « musicalisation » de la poésie d’abord, puis aussi de l’art en général et de l’existence entière. Une vie qui vaille la peine d’être vécue doit, d’après eux, être pénétrée de poésie. Or la poésie véritable est pénétrée de musique.

Les romantiques ont donc beaucoup étudié la musique. Ils ont recherché avec passion la signification de ce langage mystérieux et de son action non seulement sur nos sens, mais aussi sur nos âmes. Les conceptions de chacun d’eux ont entre elles des caractères communs qui permettent de dégager les traits généraux de ce qu’on peut appeler le système philosophique musical des romantiques.

Passant du général au particulier ou de l’abstrait au concret, les romantiques ont étudié la production des musiciens de leur époque. Parmi eux, une personnalité exceptionnelle attirait l’attention : Beethoven. Frappés par les accents nouveaux que leur faisaient entendre ses œuvres, ils ont cherché à les expliquer. Naturellement, leur tentative d’explication procède de l’esprit romantique et est conforme à leur philosophie de la musique. Ainsi se sont esquissés les premiers traits d’une figure romantique et légendaire de Beethoven dont la fortune allait être

extraordinaire et à laquelle Richard Wagner devait, avec son autorité de musicien et la fougue de son génie, donner une consécration définitive.

L'objet du présent travail est double : d’abord préciser quelle fut, en matière de philosophie musicale, la doctrine commune des écrivains qui, du vivant de Beethoven, se sont occupés de son œuvre et dégager les traits romantiques qu'ils lui ont prêtés, composant la figure légendaire qui devait plus tard être complétée par Wagner. Ensuite rechercher, dans l’œuvre musicale de Beethoven, si les conceptions morales ou philosophiques qui transparaissent dans certaines de ses œuvres appartenant au genre expressif correspondent aux conceptions romantiques et essayer d’en préciser le caractère exact. En d’autres termes, il s’agit d’une tentative pour déterminer, autour et à propos de Béethoven, un des aspects de l’esprit romantique et pour dégager, en partant de la conception musicale des romantiques, quelques-uns des traits réels de l’art beethovenien.

Le plan général est le suivant

1° Etudier l’atmosphère ou le « climat » idéologique dans lequel s’est développée la critique musicale à l’époque de Beethoven, et préciser l’idée générale, théorique ou philosophique, que se firent de la musique ceux qui, en Allemagne, à la fin du dixhuitième siècle et au début du dix-neuvième, se sont livrés à des spéculations sur l’art.

2° Etudier plus spécialement la façon dont Beethoven a été présenté :

a) par les écrivains romantiques qui l’ont connu ou qui ont été en rapports avec lui et qui ont rédigé leurs impressions;

b) dans les articles et les comptes-rendus qui lui ont été consacrés à son époque dans la presse allemande;

c) dans les écrits de Richard Wagner, en montrant en quoi la figure du Beethoven wagnérien se rattache aux conceptions romantiques.

3° Etudier les principales œuvres nettement « expressives » de Beethoven, chercher quelles idées y sont traduites et les comparer avec celles que les romantiques ont cru y voir.

4° La conclusion devra chercher à expliquer les différences qu’on aura pu constater entre les idées des écrivains ou des critiques romantiques et celles de Beethoven.

La méthode employée consiste à analyser d’abord les œuvres littéraires ou musicales considérées pour en dégager les carac-

tères particuliers se rapportant à notre étude, puis à grouper les # . +

résultats obtenus par ces analyses pour en extraire des idées générales et, si possible, un système cohérent.

J'ai le devoir d'exprimer ma reconnaissance à de nombreuses personnes et organisations qui m'ont aidé dans mon travail :

Mes maîtres M. H. Loiseau, professeur honoraire à la Faculté des Lettres de l’Université de Toulouse, et M. H. Lichtenberger, professeur honoraire à la Faculté des Lettres de l’Université de Paris. :

Mes collègues ou anciens élèves M°*° et M. Audoin, MM. Caujolle, Lucot, Larrose, Niqueux, M"* Gross et Rispal.

La Bibliothèque universitaire de Toulouse.

La Bibliothèque du Conservatoire de musique de Toulouse. La Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg. ‘La Bibliothèque nationale de Prusse à Berlin.

La Bibliothèque nationale d'Autriche à Vienne.

L'Office national des Universités.

La Fondation Lavisse.

L'Institut français de Berlin.

Le Service allemand d’échanges universitaires.

Je ne saurais oublier enfin M. Vermeil, professeur à la Faculté des Lettres de l’Université de Paris, sans qui cet ouvrage ne se serait pas présenté sous sa forme actuelle.

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