‹ Le "Romantisme" de Beethoven Contribution à l'étude de la formation d'une légendeChapitre 119 sur 356 · Tbid., IV · texte numérisé non relu

Tbid., IV

11. « Auch beweist er im Ieben — und für seine Subsistenz nur allzu oft und allzu entscheidend — dass er demselben, der ihn schwer verletzt und gegen den er in der einen Stunde am heftigsten geeifert, in der zweiten den letzten Taler hingibt, wenn dieser ihn nôtig hat. Da nun zu alle dem noch das froheste Anerkenntnis fremder, wenn nur wahrhaft ausgezeichneter und zugleich wahrhaft selbständiger Verdienste kômmt (wie spricht er von Hændel, Bach, Mozart !); da er über die grôssern seiner Arbeiten sich zwar nicht meistern lässt (und wer hätte auch dazu das Recht?), aber wahrlich sich nicht überschätzt, und die kleineren lachend mehr preisgibt, als vielleicht irgend ein Anderer; da überdies, ist er einmal in Bewegung gezetzt, derbschlagende Witzworte, possierliche Einfälle, überraschende, aufregende Kombinationen und Paradoxien ihm immerfort aüsstrômen : so behaupte ich in vollem Ernst : er erscheint selbst liebenswürdig; oder

Les deux lettres de Rochlitz à Haslinger n’ajoutent pas grand’ chose à ce portrait de Beethoven. Leur intérêt est surtout de montrer Rochlitz insistant auprès de Haslinger pour obtenir par son entremise que Beethoven mette en musique quelqu'une des poésies que Rochlitz lui avait laissées, principalement Le premaer son où, dit-il, Beethoven trouverait l’occasion de déployer à la fois la richesse de son imagination et son « art de la peinture » (!?).

Le portrait de Beethoven par Rochlitz paraît sincère et exact. Dans l’ensemble, il confirme les renseignements fournis par les biographes sur les dernières années du musicien. En 1822;11a surdité de Beethoven était déjà complète. Elle avait augmenté son irritabilité et sa méfance et réduit les possibilités de conversation avec lui à l’usage des cahiers où son interlocuteur écrivait ce qu’il voulait lui communiquer. D’autre part, malgré sa misanthropie, il était capable de se montrer de joyeuse humeur, surtout devant une table bien servie, et d’émettre devant ses amis des propos de toute sorte, y compris des idées politiques fort peu conformes à l’orthodoxie obligatoire à l’époque. Il est certain que le régime napoléonien et les guerres dont l'Autriche avait eu à souffrir lui avaient rendu la France antipathique et qu’au contraire il admirait beaucoup l’Angleterre. En outre du témoignage de ses biographes, les Cahiers de Conversation des dernières années gardent la trace de maint entretien où Beethoven fait l’éloge de l'Angleterre et exprime son intention d’aller y faire un séjour. Il faut mettre au compte de ses sautes d’humeur les propos défavorables qu’il tient sur la façon dont la musique et surtout ses propres œuvres sont traitées à Vienne. Son admiration pour Gœthe est bien connue. Il se peut que, à première vue, l’idée d’écrire une musique de scène pour Faust l’ait séduit. Maïs tout ce qu’on sait de sa façon de travailler confirme ce que rapporte Rochlitz : il avait besoin de ruminer longtemps ses œuvres avant de les réaliser. Il n’est donc pas surprenant qu ail n’ait pas sons gé plus longtemps à Faust, dont il n'aurait pu s'occuper qu'après les trois œuvres auxquelles il

erschrickst Du hier vor diesem Worte, so sage ich : der dunkle, ungeleckte Bär hält sich so treumütig und zutraulich, brummt auch und schüttell die Zottelchen so gefahrlos und kurios, dass man sich freuen und ihm gut sein müsste, sogar wenn er nichts wäre, als solch ein Bär, und nichts geleistet hätte, als was nun eben ein solcher kann... Indessen — als ich den guten Beethoven in den Wagen geschoben hatte und allein in jenem reizenden Tale auf und ab ging : da wurde mir’s doch wieder sehr ernst zu Mute. Diesmal lenkten sich meine Betrachtungen nicht bloss, wie beim ersten Zusammentreffen mit ihm, auf das schwere Leiden, das sein Geschick ihm auferlegt. Sahe ich doch nun : er hat auch sehr frohe, vollkommen glückliche Stunden; in andern, gleichfalls guten, lebt er in seiner Kunst, oder in Planen und Träumen über dieselbe; die schlimmen aber nimmt er mit in den Kauf, ergiesst sich darüber und vergisst sie dann ; wer hat’s am Ende besser? » (Lbid., IV, 235).

12. TDR, IV, 288. —. Beethoven n’a mis en musique aucune poésie de Rochlitz.

fait allusion comme étant en cours de réalisation : la Neuvième Symphonie, un projet de Dixième Symphome et la Messe en ré. Quant à son peu de goût pour le genre du lied, il est confirmé par le simple examen du catalogue de ses compositions, où les lieds ne sont ni très nombreux ni très importants. La joie de Beethoven en promenade à la campagne et son sans-façon bohème sont également prouvés, de même que son admiration pour Haendel, Bach et Mozart.

Ce qui est surtout intéressant, c'est de trouver sous la plume de Rochlitz quelques traits prêtés à Beethoven par les romantiques. Sans insister, mais nettement, Rochlitz voit en Beethoven un musicien expressif et même peut-être un musicien descriptif. Son « art de la peinture », dont il est question dans une des lettres à Haslinger, est une expression équivoque. Mais la poésie de Rochlitz qu’il s'agissait de mettre en musique appelle l'emploi de ces procédés descriptifs, de cette Tonmalerei pour laquelle Beethoven n’avait aucune tendresse (**). D'ailleurs, c’est moins l’exactitude objective du trait que sa tendance qu’il fautireleveriict.

Rochlitz ne pouvait manquer d’être frappé par le caractère antithétique de ce personnage étrange : un musicien de génie complètement privé du sens de l’ouie. Les écrivains romantiques qui, précédemment, avaient été en relations avec Beethoven l'avaient trouvé plus ou moins dur d’oreille. Le premier, Rochlitz le voit hors d'état d'entendre le moindre son. Il faut souligner cette différence entre le Beethoven de Rochlitz et celui de Bettina, par exemple, ou celui de Varnhagen.

La brève analyse psychologique de Beethoven par Rochlitz mérite enfin de retenir l’attention.

Le Beethoven qu’il peut s'attendre à rencontrer, d’après sa réputation et les propos de Haslinger, est un ours aussi peu socable que possible. Rochlitz n’est donc que plus joyeusement surpris de se trouver en face d’un homme aimable et sans-facon, prévenant, bavard, d'humeur facétieuse. Rien du pontife, rien non plus du misanthrope grognon qu’on lui avait annoncé. Beethoven montre une véritable fraîcheur de sentiment et une ardeur enthousiaste qui témoignent de sa parfaite santé morale. Il est vif, primesautier, fantaisiste. Le fond de son caractère, que ses sautes d'humeur dissimulent parfois, est une infinie bonté. Comme artiste, s’il n’admet pas qu’on essaie de lui faire la leçon au sujet de ses grandes œuvres longuement méditées et réfiléchies, il n’accorde pas une importance égale à toute sa production. Il a le juste sentiment de sa valeur, mais pas de ridicule

13. TDR, IV, 288. — Ia poésie de Rochlitz en question est luite da ê DE AN Sr q | reproduite dans le même

amour-propre d'auteur. Iei encore, pas de pédantisme, pas d’attitude pontifiante. Autre preuve de son élévation de pensée : il parle avec respect des grands maïtres qui l'ont précédé. Bref, Rochlitz résume son opinion dans un seul mot, qui sans doute paraîtra inattendu à son correspondant, puisquil l’entoure de quelques précautions oratoires : Beethoven lui a paru aimable.

Les précautions de Rochlitz indiquent bien qu’il a craint de se trouver en contradiction avec ce que ses contemporains croyaient généralement savoir du caractère de Beethoven. En réalité, cependant, la contradiction n'existe pas. Beethoven était capable de se montrer, suivant les moments et l’humeur, tout à fait grognon et désagréable ou tout à fait charmant. Rochlitz a eu la chance, chaque fois qu’il l’a vu, de le rencontrer bien disposé.

Rochlitz ne dit rien ici des œuvres de Beethoven qu’il a pu entendre à Vienne. Les détails qu’il rapporte concernent plutôt l’homme que l'artiste. Ils sont assez vagues : Beethoven apporte la joie à l’humanité, il est d'une bonté et d’une générosité totales. C’est par là qu’il produit sur. Rochlitz une impression de grandeur qui tient à son âme même et est en contradiction avec son attitude familière et abandonnée. Il y a dans ce Beethoven quelque chose du surhomme solitaire vu par les romantiques. Déjà, Rochlitz indique que sa personnalité s’est formée dans la solitude, il le compare à un adolescent jeté sur une île déserte et réduit à ses seules ressources pour se constituer une idée cohérente du monde. Ce qui vient accentuer encore cette impression, c’est le fait que ce maître incomparable de l’art des sons est atteint de surdité complète. Ce personnage tragique, ou tout au moins antithétique, du musicien sourd ne pouvait manquer de frapper Rochlitz, qui est sans doute le premier à avoir ainsi mis ce caractère en lumière. C’est un mérite certain, c’est l’originalité du Beethoven de Rochlitz. Pour le moment, d’ailleurs, Rochlitz n’en tire aucune conséquence. Mais la remarque ne sera pas perdue. Après lui, la surdité de Beethoven sera exploitée comime une des caractéristiques de son génie, on en recherchera les conséquences pour la vie intérieure de Beethoven, sinon même pour le contenu de ses œuvres. C’est la surdité du musicien qui fera découvrir chez lui un « état d'esprit de fin du monde » (**), qui incitera ses historiens à le camper, armé de ses dernières œuvres où l’on cherche l’expression d’une vie intérieure d’autant plus intense que la communication normale avec l'extérieur est détruite, dans une attitude de Titan solitaire en lutte contre sa destinée.

L'intérêt des notes de Rochlitz sur ses entrevues avec Beethoven n’est donc pas de même nature que celui des pages que lui

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