Ibid
Rendu circonspect par ces propos de Weber, qui confirmaient la réputation de l’accueil souvent bourru de Beethoven, Rellstab s’imagine qu’il est très difficile d’avoir accès auprès de lui et se livre à une étude préalable du terrain et à de savants travaux d'approche. I1 consulte diverses personnes qu’il sait être en relations avec Beethoven, entre autres Grillparzer. Tout le monde lui donne le même conseil : il faut hardiment se présenter à Beethoven. C’est une chance à courir. S’il est bien disposé, son accueil sera cordial. Sinon, il n’y a pas de recommandation au monde qui puisse forcer sa porte à s'ouvrir. Il ne faut d’ailleurs pas se décourager après un premier échec, mais tenter le sort plusieurs fois : son bon accueil compensera les tribulations antérieures de son visiteur.
Ainsi encouragé, Rellstab se décide un matin à gravir les quatre étages du n° 767 de la Krugerstrasse et à sonner à la porte de Beethoven. Grâce à la lettre de Zelter, il est reçu. Il décrit le désordre pittoresque de l'appartement, la pauvreté de l’ameublement. Mais toute la splendeur du monde, ajoute-t-il, n’a aucune importance aux yeux de Beethoven, « en comparaison d’une étincelle divine qui, éclipsant tout de son éclat, jaillit du fond de lui-même » (°).
Beethoven se plaint de sa mauvaise santé et de sa surdité qui rend pénible la conversation avec lui. I1 parle d’ailleurs à peu près sans arrêt, sans se soucier des réponses de son interlocuteur qu’il n'entend pas. Rellstab le regarde, est d’abord frappé par sa chevelure en broussaille, puis par l’expression mélancolique et douce de son visage, complètement différente de l’aspect de « génie farouche » que ses portraits lui imposent pour mettre son apparence physique d’accord avec le caractère de son œuvre. Cette expression, déclare Rellstab, n’était pas momentanée : il l’a retrouvée chaque fois qu’il a revu Beethoven. I1 l'explique par le destin cruel qui a imposé à Beethoven l'épreuve de la surdité et proclame que Beethoven ne peut avoir d’égal « en bonheur ni en malheur, dans l’histoire de l’art ni dans l’histoire du monde », avant qu’on ne rencontre « un Raphaël devenu aveugle dans la force de l’âge » (°).
8. « Was kümmert et sich um Bronzen, Spiegelwände, Divans, Gold und Silber ! Er, dem alle Pracht dieser Erde Tand, Staub und Asche ist gegen einen gôttlichen Funken, der alles überstrahlend aus seinem Innern aufleuchtet ! » (Ibid., 335).
9. « Wehmut, Leiden, Güte las ich auf seinem Angesicht: doch, ich wiederhole es, nicht ein Zug der Härte, nicht einer der mächtigen Kühnheït, die den Schwung seines Geistes bezeichnet, war auch nur vorübergehend zu bemerken. Ich will hier den Leser nicht durch eine Dichtung täuschen, sondern die Wahrheit geben, ein treuer Spiegel eines teuren Bildnisses sein. Er büsste trotz allem eben Gesagten nichts von der geheimnisvoll anziehenden Kraft ein, die uns so unwiderstehlich an das äussere grosser Menschen fesselt. Denn das Leiden, der stumme, schwere Schmerz, der sich darin ausdrückte, war nicht die Folge des augenblicklichen Unwohlseins, da ich diesen Ausdruck auch nach Wochen,
La conversation commence, Rellstab se servant d’une ardoise. Le visiteur rappelle à Beethoven que Zelter, dans sa lettre, lui a transmis son désir de lui fournir un livret d’opéra. Beethoven fait l’éloge de Zelter, puis avertit Rellstab qu'il aura quelque peine à s’entendre avec lui pour réaliser un opéra : Grillparzer lui-même n’y est pas parvenu, leurs conceptions étaient trop différentes. Rellstab demande à Beethoven quel genre de poème aura sa préférence, et Beethoven lui fait sa réponse célèbre pour s'intéresser à un sujet, il doit pouvoir s’en occuper avec amour, du plus profond de lui-même. Il n’aurait jamais pu mettre en musique Don Juan ni Figaro, qui sont des sujets « trop frivoles » (°).
Rellstab propose alors à Beethoven divers sujets : un Attila inspiré des Nibelungen, une Antigone, un Bélisaire, un Oreste. Beethoven ne montrant d’intérêt pour aucun d’entre eux et paraissant fatigué, il se retire en annonçant qu’il reviendra et lui soumettra quelques essais poétiques.
Quelques jours après, Rellstab envoie à Beethoven copie de quelques-unes de ses poésies. Mais lorsque, peu après, il se présente chez Beethoven, on lui répond qu’il est indisposé et ne reçoit personne. Dans une réunion musicale, il fait la connaissance de Johann van Beethoven, qui témoigne d’une admiration débordante pour le génie de son frère, mais provoque quelque malaise chez Rellstab en vantant une revue musicale de fondation récente qui, selon Rellstab, admire Beethoven en l’interprétant à faux. Il rencontre aussi le neveu Karl, qui lui apprend que Beethoven a l'intention de mettre en musique les poésies qu’il lui a envoyées. Il est enfin reçu par Beethoven, le trouve d’excellente humeur et achève de conquérir sa sympathie en lui disant que l'audition du Quatuor en mi bémol, œuvre très difficile de l’aveu même de son auteur, et qu’il faut entendre plusieurs fois, lui a fait éprouver au fond de. lui-même « un frisson sacré » (1). Rellstab admire le piano offert à Beethoven par Broad-
wo sich Beethoven viel gesunder fühlte, immer wieder fand — sondern das Ergebnis seines ganzen, einzigen Tehensgeschicks, welches die hôchste Gewähr der Bestätigung mit der grausamsten Prüfung des Versagens verschmolz. Bevor wir nicht von einem in der Frische der Lebenskraft erblindeten Raffael zu erzählen haben, wird Beethoven seinesgleichen an Heil und Usheïil in der Kunst- wie in der Weltgeschichte nicht finden ! Denn auf solcher Hôhe wird die Kunstgeschichte zur Weltgeschichte.
« Deshalb ergriff der Anblick dieses stillen und tiefen Grams, der auf seiner wehmutvollen Stirn, in seinen milden Augen lag, mit namenloser Rührung. Es gehôrte starke Kraft der Selbstüberwindung dazu, ihm gegenüber zu sitzen und die hervordrängende Trâne zurückzuhalten » (1bid., 336).
10. « Auf die Gattung käme es mir wenig an, wenn der Stoff mich anzieht, Doch ich muss mit Liebe und Innigkeit daran gehen kônnen. Open wie Don Juan und Figaro kônnte ich nicht komponieren. Dagegen habe ich einen Widerwillen. Ich hätte solche Stoffe nicht wählen kônnen.., sie sind mir zu leichtfertig ! » (Tbid., 337-338).