Zbid., n
nie (!*). Ces trois périodes sont simplement énumérées, sans que l’auteur de l’article tente de les caractériser.
Le Beethoven présenté ici est le bohème, vivant dans le désordre matériel, que connurent les Viennois de l’époque. L’auteur explique le désordre de son existence par le fait que Beethoven, poursuivant un but supra-terrestre, ne se soucie guére du monde extérieur. Tout souci matériel lui est importun au point que ceux qui veulent s'occuper de lui ne peuvent le faire qu’à son insu. Sa préoccupation principale est d’ordre social et moral : il vit pour l’humanité.
Cette conception de Beethoven, fondée sur l’interprétation de traits réels de son caractère, notamment de son insouciance à l'égard de la vie matérielle et de sa défiance perpétuelle vis-à-vis même de ses meilleurs amis, est à rapprocher de celle qu’eut Bettina et également de l’article de Wendt déjà cité, qui voit en Beethoven un guide de l’humanité.
La gloire de Beethoven est, à cette époque, reconnue de tout le monde. En janvier 1820, la Gazette musicale de Vienne publie une information sur une fête organisée à Brême par un groupe d'amateurs en l’honneur du quarante-neuvième anniversaire de Beethoven. On l’y appelle « le plus grand compositeur de notre temps » et, après un résumé de sa biographie, l’article indique que si l’époque actuelle a une grande importance dans l'histoire de la musique, c’est parce que Beethoven a complètement transformé et réformé la musique et lui a fait faire d'énormes progrès. Suit une énumération de ses œuvres principales, avec cette remarque qu’il a surtout complètement transformé le genre de la symphonie ().
Pour vagues que soient les formules employées, elle montrent pourtant un Beethoven réformateur, qui a engagé la musique dans des voies nouvelles et dont l’œuvre, profondément originale, a un caractère général poétique, romanesque (sans doute faut-il comprendre « romantique ») et fantastique. C’est donc encore le Beethoven romantique vu par Hoffmann qui apparaît dans ces quelques lignes.
Au mois d’avril suivant, la même revue souligne le caractère expressif de la musique de Beethoven à propos du compte-rendu d’un concert de la société des Amis de la musique où a été exécutée une symphonie de Franz Kromer. Des considérations gé-
17. « Wir zählen im ganzen schon über hundert seiner Werke, und darunter so viele kunstvolle und ideenreiche, ja ganz neue Schôpfungen, deren hôchst origineller unterscheidender Charakter darin besteht, dass sie einer durchaus dichterischen, meist roman- Ne phantastischen Welt angehôren » (Allg. musikal. Ztg., Vienne, 1820, n° 2, col. 14).
nérales sur le genre symphonique indiquent d’ailleurs prophétiquement comme possible une extension de la symphonie par l’adjonction de voix humaines à l'orchestre (:*).
Ici on retrouve quelques reproches à l’adresse de Beethoven : 1l est moins clair, moins facile à saisir que Mozart et Haydn. Mais ses qualités éminentes sont celles qui ont déjà été définies comme romantiques. À cet égard, il est déclaré supérieur à Haydn et même à Mozart, que l'auteur de l’article ne semble pas disposé à ranger parmi les « peintres d'âme », comme l'avait fait précédemment Wendt (°). Mozart et Haydn semblent d’ailleurs représentés plutôt comme des musiciens rationalistes, dont les œuvres s’adresseraient à l’entendement, tandis que l’imagination et l’expression psychologique sont les caractéristiques de l’œuvre de Beethoven.
Notons que l’auteur de l’article ne paraît pas très partisan de la fusion ou de la coopération des arts prônée par les romantiques. Il envisage bien l'intervention des voix dans la symphonie, mais sans texte. On peut donc supposer que l’introduction des voix humaines dans la Neuvième symphonie lui aurait plu, mais qu’il aurait regretté d’y entendre le texte de l’ode de Schiller.
En novembre 1823, la Gazette théâtrale de Vienne reproduit un article consacré à Beethoven quelques jours auparavant dans le Morgenblatt (°°). Beethoven y est égalé à Haydn et à Mozart, il est présenté aussi avec quelques traits incontestablement romantiques. Il vit, dit-on, uniquement pour son art, les événements extérieurs le touchent peu. L'art est pour lui quelque chose de divin, non un moyen d’acquérir de la gloire ou de l’argent. Il méprise tout ce qui n’est qu’apparence, il recherche la vérité et le caractère dans la vie comme dans l’art. Sa volonté est énergique, car il ne veut jamais que des choses justes. L'art, la science et la nature le dédommagent de sa surdité. Il est grand admirateur de Gœthe. I] passe, l’été, de longues heures en pro-
18. « Wir halten schon lange und, wie wir glauben, auch mit Recht eine grosse Symphonie, deren vier Sätze Ein Gedanke umfasst und beseelt, deren Charakter bestimmt und kräftig ausgesprochen ist, die Phantasie mit künstlicher Ausführung und Klarheit mit allen Schätzen der Instrumentirung vereint, für das môglich grôsste Musikwerk, für die eigentliche Vollendung der Tonkunst, die nur noch allenfalls durch Solo- und Chorstimmen ohne Text vergrôssert werden kônnte : denn hier waltet Polyhymnia ganz allein, ohne von ihrer Schwester der Dichtkunst wie in der Arie, dem Duette, der Cantate, der Dicht- Tanz- Mahler- und mimischen Kunst, wie in der Oper, begleitet zu werden. Mozart und Haydn waren unter den Symphonien-Dichtern so lange allein die vorzüglichsten, bis Beethoven erxschien und seine Vorgänger in manchem z. B. Fassiichkeit und Kilarheit nicht erreichend, sie an Phantasie und besonders an Seelen-Mahlerey übertraf soweit im Allgemeinen » (Même revue, 1820 n° 29, col. 226).