‹ Le "Romantisme" de Beethoven Contribution à l'étude de la formation d'une légendeChapitre 196 sur 356 · BEETHOVEN VU PAR LA CRITIQUE CONTEMPORAINE · texte numérisé non relu

BEETHOVEN VU PAR LA CRITIQUE CONTEMPORAINE

Si on essaie de dégager de cette masse de notations de détail une tendance générale, cette tendance ne peut être que romantique. À des degrés et des points de vue divers, avec plus ou moins de netteté, de finesse et de hauteur de vues, les auteurs de ces analyses sont partisans de la musique expressive. Ils obéissent par là au courant d’idées de l’époque, ils sont tributaires des théories romantiques. Ce qu’exprime la musique, selon leurs conceptions, varie d’un critique à l’autre. Tantôt ce sont les idées ou le caractère de l’auteur, tantôt des sentiments dégagés de toute contingence, de tout caractère individuel et élevés sur le plan de l’humanité; tantôt elle nous met en communication avec un univers supra-terrestre, avec l’absolu ou le monde des esprits, tantôt elle évoque des scènes précises, pittoresques ou sentimentales, qui illustrent et matérialisent plastiquement l’expression de sentiments. De tout cela, la musique nous offre l’intuition directe, le soupçon, le pressentiment. Elle exerce une véritable action magique, c’est-à-dire que son domaine est l’irrationnel. La musique purement descriptive, qui cherche simplement à peindre des objets matériels, est donc une aberration, et les œuvres de cette sorte appartiennent à un genre irrémédiablement inférieur.

Placés en présence de Beethoven, les critiques nourris de ces idées ont eu tous l’impression qu’ils avaient devant eux un musicien original, c’est-à-dire dont l’art renfermait des éléments nouveaux, inconnus aux époques précédentes. Cette surprise de la critique a souvent entraîné l’incompréhension ou la condamnation des œuvres qu’il s'agissait de juger. Mais elle a aussi engagé les critiques à soumettre leur esthétique à une révision et à essayer de préciser ce que Beethoven leur offrait de nouveau, d’inhabituel ou, au sens propre du terme, d’inoui.

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