‹ Le "Romantisme" de Beethoven Contribution à l'étude de la formation d'une légendeChapitre 223 sur 356 · Beethovens Werke, série 6, I · texte numérisé non relu

Beethovens Werke, série 6, I

I1 faut bien le reconnaître : on ne peut affirmer que tout cela soit du titanisme caractérisé. Ni le final de Prométhée, ni l’ouverture de Coriolan, ni le premier mouvement de la Sonate pathétique n’expriment nettement autre chose que l’allégresse, ou bien l'énergie vaincue. Sinon on pourrait avec autant de raison trouver du titanisme dans la Symphonie héroïque ou dans la Cinquième symphonie, dans le personnage de Pizarro, de Fidelio, dans Egmont, et même une manière de titanisme collectif dans la Bataille de Vittoria, où le refrain de Malborough s’en va-i-en guerre, représentation musicale de l’esprit de conquête des Français, est vaincu et finalement réduit au silence, comme le motif énergique de l’ouverture de Coriolan, pour amener, dans la dernière partie, le triomphe du God save the King. Il est plus prudent et plus sûr de se garder de l’exagération et de parler, à propos de toutes ces œuvres, de lutte et d’héroïisme heureux ou malheureux. Aucun titanisme réel n'apparaît dans l’œuvre de Beethoven. Dans sa personnalité, le seul accès qu’on en voie nettement est l’explosion de la lettre à Wegeler citée plus haut. Il correspond à une crise morale causée par l’angoisse due aux premiers troubles sérieux de l’ouïe. Il restera unique, Beethoven apprendra peu à peu à accepter son sort, à se résigner.

Si l’héroïsme tel que l’expriment certaines œuvres de Beethoven n’a pas grand’chose de commun avec la révolte orgueilleuse des Titans, il n’en représente pas moins un esprit de lutte, une morale d'énergie et d’action dont il faut essayer de préciser le caractère.

L'expression la plus incontestable de l’héroïsme se trouve dans la Troisième symphonie. Beethoven l’a précisé lui-même en donnant à cette œuvre le titre de Symphonie héroïque. Elle a été composée en 1803-1804, et il n’y a pas lieu de mettre en doute l’intention qu'eut Beethoven d’y célébrer Bonaparte, ni l’anecdote d’après laquelle cette idée lui aurait été suggérée par Bernadotte (°).

D’innombrables interprétations, fort diverses, en ont cependant été proposées. On peut dire qu’il n’est à peu près aucun commentateur de Beethoven qui n’ait sa conception particulière de l’Héroïque (*). I1 ne peut être question ici d'examiner encore une fois les hypothèses qui mettent Bonaparte en concurrence, pour l'inspiration de la symphonie, avec Nelson (*) ou avec le général Abercromby (*°). La diversité de ces hypothèses provient

Page 1