‹ Le "Romantisme" de Beethoven Contribution à l'étude de la formation d'une légendeChapitre 227 sur 356 · TDR, III · texte numérisé non relu

TDR, III

l’ambitieux et de sa chute : le personnage de Fiesque n’est pas sans rapport psychologique avec celui de Coriolan. C’est donc à la fois au classicisme schillérien et au Sturm und Drang que s'apparente le héros du drame de Collin. La mort volontaire de Coriolan est même à rapprocher de celle d’un autre personnage du Sturm und Drang : Werther, victime, lui aussi, du désaccord fatal entre sa personnalité d'exception et le milieu social où il doit vivre.

Le héros énergique et démesuré qui va à sa perte est donc antérieur, dans la littérature allemande, au Coriolan de Collin. C’est un personnage que les drames classiques de Schiller ont recu du Sturm und Drang. Dans les conceptions littéraires, dramatiques ou psychologiques où Beethoven a puisé son inspiration, il n’y a pas le moindre élément romantique.

La musique de scène que Beethoven composa, à la fin de 1809 et au début de 1810, pour accompagner l’Egmont de Gœthe est encore consacrée à un drame héroïque. Il ne semble pas qu’on puisse voir, dans aucun des morceaux dont se compose la partition, une interprétation musicale de la psychologie du personnage principal. Le « démonisme » dont Gœthe l’a chargé n’y est pas perceptible. La clef la plus probable du sens de la musique de Beethoven est dans l’ouverture, surtoüt dans son final, dont Hoffmann n’a pas signalé l’identité pourtant frappante avec la symphonie triomphale qui termine l’œuvre, après qu'Egmont a été couronné par Claire, personmifiant la Laiberté, tandis que. suivant une indication portée par Beethoven lui-même sur sa partition, « l’attaque de la trompette indique la liberté obtenue pour la patrie » (*’). Succédant à l’agitation des développements de l’ouverture, cette symphonie jubilante, dont le contraste avec le caractère sombre et inquiet de ce qui précède est accentué par la modulation du mineur au majeur, indique que, dans la conception de Beethoven, Egmont est avant tout un héros de la liberté. Sans doute aussi un héros guerrier : on peut interpréter dans ce sens les fanfares de la symphonie triomphale, et signaler aussi l’importance de l’accompagnement orchestral du lied de Claire : « Le tambour bat, le fifre sonne! » (*).

Le triomphe n’est pas obtenu sans lutte. Il est même postérieur à la mort du héros qui succombe aux forces adverses et dont la chute entraîne la mort de Claire. La menace d’échec et de mort est d’ailleurs exprimée par la musique à diverses reprises. Dans l’ouverture, un bref motif mélodique s'oppose nettement au sombre motif rythmique du début :

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