‹ Le "Romantisme" de Beethoven Contribution à l'étude de la formation d'une légendeChapitre 226 sur 356 · P. BEKKER, Beethoven · texte numérisé non relu

P. BEKKER, Beethoven

l'interprétation de la composition de Beethoven comme le résumé psychologique du drame : le héros démesuré succombe par sa démesure même, l’épreuve à laquelle le soumet la vie sociale lui est fatale.

Le choix de la tonalité et des modulations de l’ouverture peut aussi s'expliquer par le souci de représenter musicalement le conflit intérieur qui se déroule dans l’âme de Coriolan. La tonalité générale, ut mineur, donne à l’ensemble du morceau un caractère assez sombre, où diverses modulations mettent fugitivement quelque variété. Dans la première partie, une seule modulation en ut majeur vient introduire un peu de lumière en faisant apparaître le motif chantant aux premiers violons, puis aux instruments à vent (2*). Dans la deuxième partie, l’apparition correspondante du ton d’ut majeur est plus brève encore : quatre mesures seulement pour le même motif aux premiers violons (*).

Les indications dynamiques, avec leurs alternances brutales de forte et de piano, et les silences brusques qui coupent le début, la réexposition et la conclusion (*°) ajoutent à l’impression d’énergie bandée mais impuissante qui doit nous préparer à voir paraitre sur la scène le héros de Collin. L'orchestration même, où le motif rythmique principal est toujours confié au quatuor tandis que le motif mélodique passe d’une partie à l’autre sans d’ailleurs jamais être rompu, concourt à évoquer la lutte d’un élément unique contre un ensemble de forces liguées contre lui. Cet élément est-il finalement vainqueur de lui-même? L'ouverture ne le dit pas, elle annonce seulement une chute profonde et définitive. La façon dont cette chute se produira, c’est au drame de la préciser.

Au moment où Beethoven compose son ouverture, le Coriolan de Collin n’était pas une nouveauté. La première représentation datait de 1802 (**). Le héros n’est pas un personnage romantique, c’est plutôt à des personnages dramatiques de la même époque ou de l’époque précédente qu’il faut le comparer. Sa psychologie est proche de celle de Wallenstein, lui aussi victime de forces que son caractère démesuré ne peut vaincre, lui aussi privé, au moment de la crise décisive, d’une liberté dont il croyait pouvoir user sans limite. Le problème de la liberté humaine est un de ceux que Schiller, à l’époque de sa maturité, a étudiés le plus volontiers et sous diverses formes. Le personnage héroïque en désaccord avec son milieu est également un type schillérien déjà, dans les Brigands, on peut le considérer comme représenté par Karl Moor. Un peu plus tard, Schiller écrit le drame de

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