Ibid., 173, Die laute Klage
c'est surtout l’amour malheureux ou impossible qui a fourni à Beethoven l'inspiration de ses lieder. Mais il est bien difficile d'en tirer une conclusion quelconque sur la conception positive que Beethoven s’est faite de l'amour. Tout au plus peut-on y voir une correspondance avec le regret, qu’il avait exprimé à Schindler et à Ries, de n’avoir pu fonder un foyer avec une femme aimée. Cette correspondance n’est sans doute pas fortuite, mais ne nous fait pas pénétrer la conception que Beethoven a eue de l’amour.
L'amour de Claire pour Egmont est un des éléments du drame de Gœthe que Beethoven ne pouvait négliger. Cependant, il n’a pas donné un grand relief musical à la figure de Claire. Son premier lied : Die Trommel gerühret (**) exprime son admiration pour l’éclat militaire qui entoure Egmont. Beethoven en a fait une marche scandée par les tambours et les fifres, il en a donc accentué surtout l’élément pittoresque beaucoup plus que l’élément sentimental. Dans le deuxième lied, où Claire chante le bonheur de l’âme amoureuse à travers les alternatives de joies et de peines que procure l’amour (°°), il y a lieu de remarquer que le début (Andante con moto) est en la naturel majeur, sur les paroles : Freudvoll und leidvoll, gedankenvoll sein, puis sursurvient une modulation en la mineur sur les paroles : langen und bangen in schwebender Pein, et uné autre en ut majeur sur : himmelhoch jauchzen; sur les mots : zum Tode betrübt s'effectue le retour au ton de la majeur, puis le mouvement devient allegro assai vivace pour les paroles finales : Glücklich allein ist die Seele die liebt. Beethoven emploie donc le ton de la majeur pour exprimer le sentiment amoureux de Claire, celui de la mineur pour son anxiété, ut majeur pour son enthousiasme. Le changement de mouvement rend plus sensible le passage de l’inquiétude à la joie. Le troisième entr’acte, qui succède à cette réplique de Claire : « Vienne donc la mort! Le monde n’a plus de joie après celle-ci! » débute par une brève phrase passionnée de hautbois, coupée par deux cadences, qui fait écho à l’exaltation de Claire (*). Le morceau d’orchestre destiné à évoquer la mort de Claire a comme élément principal une brève phrase plaintive et se termine sur le rappel, déjà signalé, d’un motif manifestement consacré à Egmont (*). Enfin l'apparition de Claire, sous les traits de la Liberté, à Egmont endormi dans sa prison est accompagnée d’une musique destinée à l’envelopper d’une atmosphère à la fois fantastique et héroïque, où il ne semble pas que l’expression de l’amour ait trouvé place (**). La figure de Claire est
38. Beethovens Werke, série 2, n° 12, 33 et suiv. 39. Tbid., so et suiv.