Beethovens Werke, série 16, III
de rythme de course qui gagne les octaves élevées et amène sans interruption l’attaque de la dernière partie : « le retour ».
Ce dernier mouvement doit être exécuté vivacissimamente (°°). Très brillant, semé de traits vifs et alertes, il exprime manifestement la joie de la réunion après une séparation. Vers la fin, son débordement d’allégresse est interrompu par un passage poco andante (**) qui fait reparaître, dans un mouvement plus calme, un des motifs du final et lui donne un caractère plutôt berceur. Par contraste, ce changement de mouvement rappelle l'allure mélancolique du premier allegro et de l’andante. Un trait fulgurant s’y enchaîne et termine la sonate.
Tristesse de la séparation, joie du retour : telle est la signification des trois mouvements de la sonate, bien conforme à leurs épigraphes. À côté du style respectueux que Beethoven emploie dans ses lettres à l’archiduc, il faut placer l’expression sentimentale de la sonate en mi bémol, où rien n’indique que le souci du protocole tienne une place quelconque et dont l'inspiration unique est l’affection, l’amitié. Il faut relever que cette amitié est représentée musicalement comme subissant une épreuve victorieusement surmontée : le sentiment affectueux résiste à la séparation et à l’absence. Cette conception de l’amitié est conforme, sur un autre plan, à celle de l’héroïisme. L’archiduc ne pouvait recevoir de Beethoven plus bel hommage, où s'exprime non la banalité du respect officiellement dû à un personnage important, mais un sentiment profond et sincère, qu’il serait abusif de chercher à réduire au rang de simple manifestation d’une mode intellectuelle et morale.
A ne considérer d’ailleurs que la question de mode, il serait difficile de décider à quelle époque on peut rattacher la conception beethovenienne de l’amitié. C’est peut-être le point où il est le plus malaisé de distinguer le romantisme et le Sturm und Drang. Sans doute l’amitié ne joue pas, dans la littérature romantique, le rôle de premier plan qu’elle a dans celle du Sturm und Drang. Mais à des amitiés réelles et célèbres comme celles du jeune Gæœthe avec Herder ou de Schiller avec Kôrner le romantisme peut opposer, par exemple, celle de Tieck et Wackenroder. Le culte passionné de l’amitié déborde le dix-huitième siècle finissant et pénètre naturellement dans le dix-neuvième, le romantisme ayant en commun avec le Sturm und Drang l’exaltation du sentiment (°°). Si on n’étudiait dans Beethoven que la