HI. — LE SENTIMENT RELIGIEUX
La présence du sentiment religieux parmi les éléments d’inspiration de Beethoven n’a jamais fait de doute pour aucun de ses commentateurs. Mais sur la nature même de ce sentiment les appréciations les plus contradictoires ont été émises. La juxtaposition de ces jugements divers serait bien curieuse. Pour ne citer que les opinions extrêmes, l’une voit en Beethoven un déiste assez proche des rationalistes du dix-huitième siècle (°°), une autre en fait un franc-maçon (°’), tandis que Haydn l’aurait traité d’athée (f). Un commentateur de la Messe en ré la considère comme une messe « de libre examen » (°°), un autre en garantit l’absolue orthodoxie (°°). Il semble pourtant qu’à l’heure actuelle on peut négliger ces opinions sans doute sincères, mais où il est vraisemblable que les conceptions personnelles de chaque commentateur ont entraîné, pour une part, sa conviction. L’érudition est parvenue à serrer la vérité d'assez près et les dernières études de la question sont, pour l’essentiel, à peu près d’accord (°°).
La divergence des opinions dans le passé a été rendue possible par le fait que Beethoven n’a jamais exprimé de façon systématique et cohérente ses conceptions religieuses. Schindler le constate déjà et en indique une raison vraisemblable : Beethoven aurait considéré que la religion doit être acceptée en bloc, avec une soumission totale, comme les règles de l’harmonie auxquelles un musicien doit se conformer sans les discuter (°?).