V. D INDY, Beethoven
61. Cf. L. F. SCHIEDERMAIR, Der junge Becthoven, 326 et suiv.; A. Scamrrz, Das ro mantische Beethovenbild, 82 et suiv.; Th. FRIMMEL, Beethoven-Handbuch, I, 178, article Gottgläubigkeit, et II, 62, art. Religion; K, WEINMANN, Beethovens Verhällnis zur Reltgion, dans Internationaler musikhistorischer Kongress Wien 1927, 19 et suiv.; L,. F. SCHIE- DERMAIR, Die Gestaltung weltanschaulicher Ideen in der Vokalmusik Beethovens, 24 et suiv., 49 et suiv.
62. « Nur zwei Gegenstände wurden bei wissenschafthlichen Diskussionen niemals von ihm berührt und mit Beharrlichkeit vermieden. Diese waren : Generalbass und Religion. Er erklärte beide für in sich abgeschlossene Dinge, über die man nicht weiter disputieren solle » (A. SCHINDLER, Biographie, 252).
Ce que Beethoven dit de la religion est épars et exprimé de façon fragmentaire dans ses lettres, dans ses notes et dans les cahiers de conversation, dans des propos recueillis par des gens qui furent en contact avec lui et dans des anecdotes rapportées par ses biographes. Parmi ses œuvres musicales inspirées de facon plus ou moins essentielle par le sentiment religieux, les principales sont des cantates et des lieder d'époque diverse, l’oratorio du Christ au Mont des Oliviers, op. 85, composé vraisemblablement entre 1709 et 1801, la Messe en ut, op. 86 (1807) et la Messe en ré ou Missa solemnis, op. 123, achevée en 1823 après une gestation commencée en 1819 (°°).
Ce qu’on peut appeler la base permanente du sentiment religieux chez Beethoven est double. On y trouve à la fois l’influence du catholicisme et celle de l’Aufklürung. Toutes deux se sont exercées sur lui dès son jeune âge, à Bonn, la première par son éducation et par la fréquentation de familles catholiques, entre autres de la famille de Breuning, la seconde par l’atmosphère même de la petite résidence, où la cour de l’Electeur avait contribué à répandre les idées philosophiques venues de France (‘*). Ces deux influences contradictoires ne sont pas nécessairement inconciliables, elles coexistaient dans la petite ville où Beethoven a grandi. La masse des sujets de l’Electeur était traditionnellement catholique, mais sa cour, si elle n’allait pas jusqu’à la « religion naturelle » qui fit tant d’adeptes, au dix-huitième siècle, en France d’abord, puis en Allemagne, était assez ouverte aux idées modernes et à une sorte de rationalisme religieux, sans cependant se détacher des principes essentiels du catholicisme. C’est cette nuance particulière du sentiment religieux beethovenien, également éloigné du mysticisme confus et du pur rationalisme révolutionnaire, que Schindler, ignorant de l’atmosphère morale, religieuse et philosophique de la principauté, a pris pour du « déisme » et rapproché de la « religion naturelle » (°°).
Pareille conception religieuse n’était pas incompatible avec les doctrines philosophiques de la franc-maçonnerie, dont Beethoven pouvait, par ailleurs, se sentir rapproché par ses idées humanitaires et libérales. De même que Lessing et que Gæœthe, de même que Haydn et Mozart également, Beethoven aurait pu adhérer à une loge maçonnique, et cela d’autant plus naturellement qu’au début de son séjour à Vienne la franc-maçonnerie était en grande vogue et attirait beaucoup de gens. Aucun document ne permet d'affirmer avec certitude que Beethoven fut membre d’une loge