‹ Le "Romantisme" de Beethoven Contribution à l'étude de la formation d'une légendeChapitre 269 sur 356 · P. BEKKER, Beethoven · texte numérisé non relu

P. BEKKER, Beethoven

192. C’est comme mode religieux et non comme mode grec antique que Beethoven a employé ici le lydien. Le Cahier de conversation n° 106, d’avril 1826, montre Beethoven cherchant, au cours d’une conversation avec Karl Holz, à se renseigner sur les modes religieux anciens pour les utiliser convenablement. P. 45 b (Holz) : « Ich kannte diese Tonarten bisher nur aus den älteren geistlichen Musikern, die bey Kiesewetter gegeben werden; aber die neue Art, mit der Sie sie wieder ergriffen haben, ist auch so ergreifend, und begeisternd, dass es Schade wäre, wenn man diess nur in einem Quartett hôren kann,

« Was macht denn die Tonart zur Sache (46 a) wenn Beethoven will?

« Sie werden es schon anpassen; die Tonart musste so versteckt bleiben, dass man nicht weiss, woher der zaubeïische Effekt kommt.

« Was für ein Buch wünschen Sie zu haben?

« Ich werde Sie in eine kleine musikalische Bibliothek führen, wo Sie gewiss manches finden werden, das Ihnen willkommen seyn wird. »

(46 b) « Kiesewetter kônnte hier auch am meisten Aufschluss geben, da seine Sammlung und Aufführung alter Musik nichts als eine Geschichte der Entstehung bezweckt » (Cahiers de conversation à la Bibliothèque nationale de Prusse). Kiesewetter (1773-1850), musicologue viennois.

193. « Und ein kleiner Hof — eine kleine Kapelle — von mir in ihr der Gesang geschrieben, aufgeführt, zur Ehre des Allmächtigen — des Ewigen, Unendlichen ! » (A. LEITZ- MANN, Beethovens personliche Aufzeichnungen, 15).

La lettre, citée plus haut, du 16 septembre 1824 à André Streicher indique en terme différents que la Messe en ré doit aller « du cœur au cœur ». Il n’y est pas question du sentiment de l’auteur. Mais peut-on le supposer capable d’éveiller chez ses exécutants et ses auditeurs un sentiment profond s’il ne l’éprouve pas lui-même? Les deux messes répondent aux exigences de l'Eglise catholique par leur double intention de glorifier Dieu et d’édifier les fidèles (1%). Mais celle en ré donne plus d’importance à l'élément sentimental. On peut même y voir une tendance au « fidéisme », qui fut une des formes de l’Aufklärung catholique et dont l’influence avait été grande en Autriche et en Allemagne du Sud grâce à la personnalité de J. M. Sailer, adversaire de l’orthodoxie littérale, partisan d’une religion du sentiment qui mettrait le chrétien en contact direct avec les vérités révélées par Dieu (1°). Si la religion de Beethoven reste sincère, profonde et, dans l’ensemble, orthodoxe, il faut cependant relever que sa tendance à chercher Dieu dans la nature le rapproche du déisme et que, dans les rédactions successives des épigraphes de certaines de ses œuvres, il a partout remplacé « Dieu » par une « divinité » beaucoup plus vague.

Il est enfin incontestable que la religion sentimentale de Beethoven voit, dans des œuvres importantes, son expression mêlée à celle de préoccupations morales et humanitaires. La préoccupation morale est chez Beethoven une forme de l’idée d'épreuve, son expression la plus nette est celle qu’on trouve dans le final de Fidelio : « O Dieu, ton tribunal est juste, tu nous éprouves, tu ne nous abandonnes pas. »

C’est peut-être, en dernière analyse, ce caractère sentimental de la religion beethovenienne qui a fait que Beethoven envisageait l’exécution de ses messes ailleurs qu’à l’église, sous forme d’oratorio. Déjà sa Messe en ut avait été pourvue d’un texte allemand pour permettre son exécution au concert, où les règlements ne permettaient pas de faire entendre des textes liturgiques. Dans la Messe en ré, l'influence du style de l’oratorio est rendue manifeste par des emprunts à Haendel (°°).

La conception sentimentale que Beethoven eut de la religion et qu’il exprima dans ses œuvres pourrait être rapprochée de la religion romantique qui donne la première place au sentiment. Pourtant d’autres éléments de la religion beethovenienne permettent de la rattacher plus nettement au dix-huitième siècle. L'influence de l’Aufklärung catholique et celle du déisme, celles

194. À. SCHMITZ, Das romantische Beethovenbild, 07. 195. À. SCHMITZ, ouv. cité, 93 et suiv., 90.

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