‹ Le "Romantisme" de Beethoven Contribution à l'étude de la formation d'une légendeChapitre 294 sur 356 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

15. On peut citer comme confirmant ce caractère du ton d’ut majeur, outre les trois ouvertures de Léonore : la Première symphonie op. 21; l'ouverture de Prométhée op. 43; le Triple concerto pour piano, violon, violoncelle et orchestre op. 56; le final de la Cinquième symphonie op. 67; les deux ouvertures op. 115 (Namensfeier) et 124 (Weihe des Hauses).

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esclaves, loin de moi une sévérité de tyran. C’est un frère qui cherche ses frères, et, s’il peut donner son aide, il la donne volontiers » (!°). Rocco amène Florestan et Léonore, Fernando reconnaît en Florestan son ami qu’il croyait mort, Pizarro confondu va prendre la place de sa victime, Léonore fait tomber les chaînes de Florestan, les assistants louent le Seigneur qui rétablit la justice. Cette scène, qui constitue le véritable dénouement du drame, interrompt les effusions lyriques du chœur et fait intervenir des tonalités de caractère différent : la majeur et fa majeur (!’). La tonalité d’ut majeur reparaît ensuite victorieuse pour célébrer l’héroïisme de Léonore, qui a sauvé son mari, et la proposer en exemple.

Ce relevé des procédés musicaux employés par Beethoven pour mettre en valeur les passages où s’expriment l’héroisme de Léonore et de Florestan et l’aspiration à la liberté ou la joie de la délivrance suffit à indiquer quelle importance avaient à ses yeux ces éléments du drame. Le plus important du point de vue dramatique est l’héroïsme, mais il n’est qu’un moyen d’obtenir la liberté, but des efforts et récompense de l’épreuve vaillamment subie. Cette liberté n’est pas seulement la libération des individus injustement détenus. La délivrance des prisonniers de Pizarro a une valeur symbolique, c’est, au fond, le libéralisme politique qui, dans Fidelio, est vainqueur de la tyrannie (!*). Les paroles du ministre don Fernando sont une expression de l’idéologie libérale et fraternelle du dix-huitième siècle et permettent de se représenter le roi du pays comme un « despote éclairé ». Beethoven a montré qu’il était d'accord sur ce point lavec ses librettistes par l’usage qu’il a fait, lorsque sont tombées les chaînes de Florestan, d’une idée musicale à laquelle il a certainement attaché l’idée de liberté morale et de libéralisme politique, autant que celle d’action de grâces à la divinité. Successivement, les personnages chantent les paroles suivantes, reprises ensuite par le chœur :

LÉONORE. — « O Dieu! o Dieu! quel moment ! »

FLORESTAN. — « O bonheur inexprimablement doux ! » FERNANDO. — « Juste, o Seigneur ! est ton arrêt ! »

MaRCELINE et ROCCO. — « Tu nous éprouves, tu ne nous aban-

[donnes pas (19) ».

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