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l'unité de son œuvre en écrivant lui-même son poème (*)? Son porte-parole explique ensuite que le musicien est trop occupé de musique pour avoir chance de réussir une telle entreprise, qui le ferait « descendre des hauteurs de son art » et le mettrait dans la situation de « l’aigle captif » (*°).
Hoffmann craint done que semblable tentative ne soit fatale au musicien, que la parole ne soit le boulet qui empêchera l’inspiration musicale de s’élancer vers ce monde de l’absolu qui est son propre domaine. Il précise un peu plus loin que la musique doit garder fièrement son rôle d’interprète de la vie supérieure de la Nature et du monde des esprits. Elle ne saurait sans déchoir essayer de se rapprocher de la poésie. C’est donc la poésie qui devra faire l’effort nécessaire pour se rendre digne de la musique. Elle devra devenir musicale, au sens où l’entend Hoffmann, c’est-à-dire « romantique » (°!). Ce romantisme de la poésie n’aura rien à voir avec celui des opéras qu’à cette époque on décorait du nom de romantiques, parce que les apparitions, les fantômes et en général le merveilleux y jouaient un rôle dramatique factice et conventionnel, avec le seul but de distraire le peuple. Et le vrai poème d'opéra romantique ne saurait être l’œuvre d’un écrivain médiocre. Ecrit par « un poète génial et inspiré », il aura les mêmes qualités que la musique, il sera une musique inspirée par des paroles, il fera entrer le spectateur de plain-pied dans le monde merveilleux où se manifeste la vie réelle de l’univers. Et tout naturellement, la musique jaillira d’un tel poème (*). Elle n’en sera pas l’illustration, elle ne jouera pas le rôle des couleurs appliquées sur un dessin. Elle sera une autre face de l’œuvre totale, l’expression plus pure, plus générale, plus profonde et plus directe d’une même réalité supérieure. Dans un opéra de ce genre, l’activité du poète et celle du musicien sont comparables entre elles. Le musicien ne se distinguera du poète que par la « conscience claire » des éléments musicaux de l’œuvre, par « la faculté de dominer le royaume intérieur des sons » (°°).
Parmi les poètes contemporains, Hoffmann ne voit que Tieck qui remplisse les conditions exigées par la nature de l’opéra romantique tel qu’il vien# de le définir. Bien entendu, un tel opéra ne pourra réussir que devant un public qui consentira à laisser