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de côté tout esprit critique et même toute éducation littéraire. Ce public réceptif, peu cérébral mais surtout sentimental, retrouvera la fraîcheur et la naïveté de l’enfance, comme Tieck le demande, dans le prologue, aux spectateurs de son Chat botté (*).
L'important, dans le livret d’opéra romantique äont rêve Hoffmann, ce ne seront donc pas les paroles, le détail de l'expression poétique, mais les situations. Le bon poème d'opéra doit pouvoir être compris « même sans paroles » (°°), car ce dont le compositeur a besoin pour être inspiré, ce ne sont pas des paroles, mais « de l’action et une situation » (Un Il peut même arriver « qu’une admirable musique d’opéra soit écrite sur des vers abominables », comme dans la Flûte enchantée. Dans ce cas, il est clair que l’inspiration du musicien n’a pas été provoquée par les paroles, mais par « le sujet, vraiment convenable au genre et vraiment romantique » (°’).
L'exemple de l'œuvre de Mozart éclaire nettement la conception exacte qu’a eue Hoffmann des rapports du poète et du musicien dans l’opéra. Le poète doit moins être un maître de l’expression qu’un homme de théâtre. Par « homme de théâtre » il faut entendre non seulement un habile faiseur, rompu à la pratique du métier et connaissant les effets scéniques dans le détail, mais un dramaturge romantique, capable d'évoquer sur la scène ce monde supérieur dont la musique est l’expression naturelle, et qui par conséquent fournira à son collaborateur des sujets d'inspiration « romantiques ». Tel est évidemment le cas de la Flûte enchantée, où un livret peu cohérent et dont la faiblesse poétique est incontestable évoque cependant, par son sujet même, habilement choisi, le monde supérieur des esprits et une société humaine parvenue à un haut degré de sagesse, et a inspiré à Mozart l’un des plus purs chefs-d’œuvre de la musique théâtrale. On croit aussi comprendre par là pourquoi Hoffmann n’a pas essayé d’être son propre librettiste, bien qu il se sentît certainement capable d'évoquer cet univers romantique auquel il a consacré son œuvre littéraire. Il a dû se défier de ses qualités d’écrivain de théâtre et voir une antinomie entre ses dons incontestables de conteur et ceux qu’exige la construction d’un scénario dramatique. C’est ainsi que pour celui de ses opéras dont il semble bien que le sujet lui ait tenu le plus à cœur, Ondine, il a demandé à Fouqué de composer lui-même le livret. On trouve d’aileurs dans ses lettres à Fouqué et à Hitzig la preuve qu’il a