LEVANT
les compositeurs italiens qui l’ont suivi. Hændel, Hasse et Bach ont le même mérite : leurs œuvres n’ont pour but que de louer et célébrer la religion, elles sont empreintes de sincérité et ne visent nullement à |’ « effet » (le dernier trait est une flèche à l’adresse de Spontini). Un style nouveau est né vers le milieu du xviri siècle, ses représentants les plus considérables sont Haydn, Mozart et Beethoven. On ne retrouvera pas la simplicité de Palestrina, mais on ne sait encore si cette richesse d’acquisition récente peut être portée à l’église sans ostentation (77°).
Cette intuition de l'infini par le sentiment naïf est également la qualité maîtresse que Hoffmann trouve exprimée par la musique de Don Juan, de Mozart. Conformément à la conception qu'il a de cette musique, il invente une psychologie romantique du personnage principal, dans laquelle on retrouve encore l’idéequi domine son système de philosophie musicale : aspiration du cœur à un idéal dont nous pouvons avoir le pressentiment, puis l'intuition, désir de s’évader de la vie terrestre, puissance du sentiment (/*°). La musique de Don Juan exprime la même aspiration vers l'infini que les œuvres des maîtres de la musique religieuse.
Telles sont les principales opinions précises qu’on peut relever, dans l’œuvre littéraire de Hoffmann, au sujet de quelques grands musiciens et de leurs œuvres. Klargissant la notion de romantisme de façon à ne plus entendre sous ce terme qu’une aspiration à l'infini, il baptise romantiques tous les maîtres dont l’œuvre lui paraît présenter un sens dépassant le plan humain et terrestre. On pourrait soutenir aussi, du même point de vue, que toute musique est romantique, puisque le langage musical est: de par sa nature même, imprécis et vague et ne saurait évoquer d’objet déterminé que par l'artifice d’association d’idées ou de sensations. Hoffmann exprime d’ailleurs une idée analogue lorsqu'il affirme que la musique est le plus romantique des arts. Cette formule ne saurait surprendre sous sa plume. Klle est en parfait accord avec l’idée générale qu’il s’est faite de la musique et du romantisme, elle correspond exactement à ses théories philosophiques sur la musique, son origine et son sens.