NATURE
elle aussi l'infini, avec des accents divers, des nuances différentes suivant le caractère particulier des paroles qu’elle a à commenter. La prière émeut en effet notre âme et provoque en elle un sentiment de bien-être ou de souffrance. Le recueillement est donc alternativement contrition intime ou élévation de l’âme vers l’infini. Par leur diversité d'expression, les paroles de la messe constituent une sorte de cycle, dont chaque épisode est une occasion de nous recueillir et éveille en nous, quel que soit notre état d'âme individuel et momentané, l'écho exact qu’il faut. C’est la diversité des états d'âme individuels des compositeurs qui explique la diversité d’accent de leurs œuvres religieuses, composées pourtant sur des paroles identiques. Et Hoffmann exprime sa grande admiration pour les œuvres de musique religieuse de Michel et de Joseph Haydn, de Hasse, de Naumann et des vieux maîtres italiens Leo, Durante, Benevolli, Perti et autres, dont l'art simple et émouvant paraît perdu à son époque (7°).
Cette musique simple est d’ailleurs celle qui peut le mieux être exécutée dans une église, pour des raisons pratiques : l’acoustique des églises, où les hautes voûtes engendrent des échos, n’est pas favorable aux œuvres comportant une trop rapide succession de sons. Par là s’explique en partie l’effet impressionnant du choral. Cependant les modernes ont réalisé des progrès, surtout dans l’emploi des instruments. Et on retrouve dans les compositions de Mozart et de Haydn l'impression du « purementromantique » (!*), cette impression d’élan vers l'infini que produisent la cathédrale de Strasbourg et les œuvres de Bach. Au milieu de la décadence de l’art musical, où les styles se sont corrompus et fâcheusement mélangés, seul le génie de Mozart et de Haydn les a préservés du mauvais goût (7).
Fidèle à ses idées, Hoffmann loue donc Haydn et Mozart d’avoir, dans les plus belles de leurs œuvres religieuses, réussi, malgré le goût de leur époque abâtardie, à exprimer le mystère sublime du sentiment religieux, le frisson devant l’infini. Le véritable musicien religieux sera d'ailleurs une Âme d’enfant, naïve et simple. C’est la nature même de la musique, le fait qu’elle exprime l’infini, qui l’a rendue propre au culte. Elle est elle-même culte religieux, et c’est dans l’église qu’elle a son origine (°°)!
Parmi les âmes naïves dont les œuvres musicales ont exprimé le mieux le sentiment religieux, Hoffmann célèbre particulièrement Palestrina, restaurateur de la pureté du style d’église, et