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Mais l'énergie organisatrice du compositeur doit être purifiée par l'étude de toutes les écoles musicales du passé, il doit se soumettre aux lois que le temps a permis de dégager des tchefsd'œuvre réalisés jadis. C’est de leur forme que doit procéder la forme de son œuvre. Îl devra continuer l’œuvre des anciens et chercher, comme ils le firent, de nouvelles sources de beauté, ce qui n’est jamais impossible, grâce à une « étincelle divine » qui anime l’énergie productive et la rend inépuisable (*).
Toute la vie de l’artiste dépendra donc de la loi du monde des esprits, dont le but est de faire disparaître pour lui le reste du monde, c’est-à-dire le monde sensible.
I] n’y a plus ici trace de kantisme. Ce sont des idées romantiques analogues à celles de Hoffmann qui forment la base de cet article. Comme Hoffmann, l’auteur considère que l’inspiration de l’artiste est quelque chose d’extérieur à sa personnalité, une révélation venue d’un mystérieux monde des esprits. L'œuvre musicale évoque en notre âme, dans notre sentiment, un écho, un vague souvenir de ce monde des esprits que l’humanité pouvait jadis fréquenter librement (ici l’auteur se rapproche plutôt de Novalis). Toujours comme Hoffmann, l’auteur reconnaît à la musique instrumentale un caractère expressif. Prenant comme exemple l’héroïsme, il indique que l’œuvre musicale consacrée à l’expression de l’héroïsme ne sera pas une description de bataille, mais plutôt une peinture de la psychologie du héros en lutte contre un destin contraire. Bien que le nom de Beethoven ne soit pas prononcé à ce propos, on peut se demander si, dans ce passage, l’auteur n’a pas songé à la Symbhonie héroïque ou à la Cinquième symphonie. L'étude des mattres anciens donnera à l’artiste une technique sûre, disciplinera son tempérament, mais il devra y chercher, plutôt que des modèles formels, des exemples d’originalité et de recherche de la nouveauté. Le progrès artistique est à ce prix, ainsi le veut la loi des esprits qui dirigent l'artiste, qui seuls doivent représenter pour lui le véritable univers où il a sa place, tandis que Île
Bewegung seiner Seele, wie er im Gefühle seiner Grôsse sich ermannt, und die furchtbaren Hindeïnisse, welche das Schicksal ihm in den Weg legt, aus dem Wege räumt! Wie neue Schrecken ihm in den Weg treten, seine Kraft verdoppeln und seine Anstrengung vermehren ! Wie feindselige Dämonen mit hôhnischem Gelächter seiner Schwachheit zu spotten scheinen ! Wie die Verzweiflung sich seiner Seele bemächtigt und sein inneres Leben zu vernichten däroht. Wie die Tiebe, die alles Irdische verklärende Gottheit, hinzutritt, und seinen in trüber Schwermuth versunkenen Geist aufrichtet, mit einem Blicke unaussprechlicher Wonne, dass er neu erwacht in seiner Kraft, mit freyem Geiste und zéhnfachem Muthe, und von neuem beginnt sein erhabenes Werk ! » (:bid., n° 58, col. 457-458).
43. « Schon diess letztere setzt voraus, dass er selbst manches unstatthaft finden, und neue Quellen der Schônheit aufsuchen wird, eben weil die productive Kraft eines bildenden Geistes unerschôpflich, weil sie von einem gôttlichen Funken beseelt ist, der durch neue Anschauung und Gestaltung die Summe des Schônen zu vermehren, nicht unter- Jassen kann » (2bid., col. 459).
ASE PAT ER
monde grossier perceptible à nos sens doit à ses yeux cesser d'exister.
Les articles examinés montrent combien, peu à peu, les théories romantiques sur la musique s'étaient répandues. Elles n'étaient cependant pas admises par tout le monde sans discussion. Ainsi on trouve en décembre 1823, dans l’Allgemeine Theaterzeitung und Unterhaltungsblatt de Vienne, une curieuse protestation contre un article d’un Lexique de conversation où il était dit que la nature intime de la musique est romantique, c’est-à-dire de nature irrationnelle, avec, comme conséquence, l'affirmation que la vraie musique n’avait pu être « qu'un produit de la nouvelle civilisation romantique ». L'auteur de la protestation demande ironiquement dans quelle « université romantique » on enseigne cette esthétique et prie « les esthéticiens romantiques modernes » de vouloir bien « éclaircir cette explication de la musique romantique » (“*).
L'auteur affecte sans doute de ne pas comprendre surtout le passage qu'il a souligné, dont la signification peut être seulement : la musique a pour origine le désir d’accéder à ce que d’autres nomment le monde des esprits ou le monde de l’absolu, ce désir est de nature sentimentale et non rationnelle. La musique ainsi conçue est romantique, au sens que les romantiques allemands donnent à ce terme. C’est la conception de Hoffmann que ce protestataire déclare ne pouvoir comprendre parce qu’elle est formulée de façon trop abstraite à son gré.
En 1826, la Musikalische Eïilpost de Weimar signalait, en guise de contribution à l’étude des rapports entre la poésie et la musique, l’opinion émise par Friedrich Mosengeil dans sa préface aux morceaux de déclamation qu’il avait composés pour permettre l'exécution au concert de tous les numéros de la partition d’'Egmont de Beethoven en les reliant par un résumé du drame. Mosengeil indique que sa tentative semble permettre l’espoir de créer un nouveau point de contact entre deux arts frères, la poésie, par laquelle le langage devient musique, et l’art sonore, par lequel la musique devient un langage. Il faudrait, pense-t-1l, traiter les tragiques grecs comme il l’a fait d'Egmont. Ainsi peut s’ouvrir un champ d’activité nouveau pour le poète,
44. « Im Conversationslexikon für gebildete Stände lese ich im Artikel Jtahienische, deutsche und franzüsische Musik folgende Stelle : « Da die innere Natur der Musik durchaus « romantisch ist, das heïisst, da sie aus einem wnbekannten, von allen Verstandesbegrifien « entblôssten Sehnen hervorgeht; so konnten die Griechen, sagen wir, aus diesem Grunde « auch Kkeïne eigentliche Musik in unserem Sinne des Wortes besitzen. Die Musik musste « und konnte also nur allein ein Erzeugniss der neuen romantischen Bildung seyn. » Auf welcher romantischer hohen Schule hat wohl der Verfasser dieses Artikels (Pq.) seine Geschmackslehre studirt? Die modernen romantischen Aesthetiker werden hôflich ersucht, diese Erklärung der romantischen Musik aufzuklären und den Verehrern der Romantik dieses Räthsel zu lôsen » (ATUW, XVI, n° 147, 588 : Musikalischer. Wegweiser.
le compositeur et le déclamateur, ce dernier voyant augmenter son importance et devenant semblable au chorège antique. Gæthe, ajoute l’auteur de la communication, partage cet avis. Une lettre qu’il a adressée à Mosengeil indique qu’il verrait un grand intérêt à une tentative pour abréger ainsi les tragédies antiques et leur faire retrouver la vie. On pourrait même faire intervenir le chant et produire ainsi « maint effet agréable et surprenant » ().
L'intérêt de cette citation, au point de vue qui nous occupe, est le souci d’établir un lien entre la poésie et la musique en les rapprochant l’une de l'autre.
S'il faut maintenant essayer de dégager de ces articles divers une tendance, une évolution, on peut dire que les premiers en date partent du point de vue de Kant, mais essaient déjà de le compléter ou de le modifier. La conception kantienne de la musique comme un simple jeu de sonorités qui ne s’adresse qu’à l’oreille est en effet assez superficielle. C’est un des points faibles de la Critique du jugement. Il s’est donc agi de chercher si la musique n’était pas autre chose qu’un jouet sonore et si elle ne s’adressait vraiment qu'à notre ouïe. La réponse a été l’affirmation de la valeur expressive de la musique, qui s’adresse à notre sentiment. Ft peu à peu, avec des nuances qui tiennent à l'esprit des différents auteurs d’articles tout autant qu’à la diversité de leurs conceptions et à la variété des points de vue auxquels 1ls se sont placés, s’effectue le passage du point de vue kantien à la conception romantique : la musique est une porte ouverte sur le monde des esprits, inaccessible à la fois à nos sens et à notre sentiment. La vraie musique, la seule qui mérite ce nom, est la musique expressive. Ses divers éléments concourent à lui donner ce pouvoir expressif qui à la fois nous procure l'intuition d’un univers supérieur et provoque en nous des émotions par lesquelles notre âme vibre à l’unisson de celle du musicien créateur.
En outre, une question qui hante la plupart des auteurs de ces articles est celle des rapports des arts entre eux. Tandis que Lessing et Herder avaient cherché à isoler les arts les uns des autres en montrant ce que chacun a de spécifique, les romantiques les considèrent comme issus d’une origine commune, du même souffle divin. Il est donc normal qu’ils insistent principalement sur les éléments communs ou les points de contact des différents arts. Plusieurs des articles examinés recherchent ce que peuvent avoir de commun la musique, la peinture, la sculpture ou la poésie. Cette préoccupation d’établir une sorte d'in-
45. Musikahische Eilpost, Weimar, I, n° 20, 160 : Dichtkunst und Tonkunst.