HWM, VI
à définir l'esprit religieux tel qu’il doit s'exprimer dans la musique d'église. Nous avons vu que cet esprit est « romantique », c’est-à-dire qu'il suggère l'infini, et que le musicien le plus apte au style véritablement religieux sera une âme simple, un cœur naïf. Palestrina en est le prototype, de vieux maîtres italiens méritent d’être cités à côté de lui. Quelques maîtres allemands leur sont comparables. A l’époque moderne, le goût et le style ont dégénéré; cependant, quelques chefs-d’œuvre de Haydn et de Mozart ont maintenu la pureté de l’idéal ancien (**). Venant ensuite à Beethoven, Théodore-Hoffmann déclare qu'il s'était attendu à voir Beethoven imiter dans sa messe le style de Haydn. Mais le génie de Beethoven agit, d'habitude, sur « les leviers du frisson, de l’épouvante ». Or, on trouve ici une expression naïve de foi en la grâce d’un Dieu paternel (°°).
Cyprien proteste et déclare que toute musique est religieuse. Il considère toute la musique moderne issue du sentiment religieux, sentiment que l'antiquité ignorait sous la forme qu’il a pour nous; ainsi s expliquerait que l’antiquité ait ignoré la musique, ou à peu près, et ait accordé la plus grande importance à la sculpture. Il esquisse ensuite une histoire de l’évolution de la musique religieuse, depuis saint Ambroise et saint Grégoire, et déclare que, à mesure que la musique instrumentale s’enrichissait et se développait, on négligeait le chant. À ces moyens d'expression modernes doit donc correspondre un style nouveau, sans qu’on puisse toutefois encore voir comment il va se constituer. Cyprien conclut que les vieilles formes ne revivront pas, et qu’il est vain de proposer Palestrina comme modèle aux musiciens actuels. Les formes passent, seule la sincérité est impérissable (°?).
Une réplique de Sylvestre fait ensuite dévier la fin de la conversation sur la question de la poésie religieuse. Les amis s’accordent à trouver qu'il est bien difficile d’écrire des textes religieux aussi vraiment expressifs que les paroles liturgiques ou les versets de la Bible, et sont unanimes à juger détestables les vers allemands destinés à à permettre l'exécution de la Messe au concert.