‹ Le "Romantisme" de Beethoven Contribution à l'étude de la formation d'une légendeChapitre 98 sur 356 · A TC · texte numérisé non relu

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est seulement de rechercher comment Bettina a vu Beethoven et quelle image elle en a présenté aux lecteurs de ses œuvres romanesques.

Le portrait de Beethoven contenu dans la lettre adressée à Anton Bihler le o juillet 1810 correspond par plus d’un trait aux conceptions musicales que Bettina mâûrie a exprimées plus tard dans ses romans épistolaires.

Beethoven est décrit avec un pittoresque antithétique dont certains détails peuvent être suspects, mais qui, dans son ensemble, doit rendre exactement l’impression que le musicien produisit sur Bettina. Elle l’a vu majestueux et imposant, malgré le désordre de son logis et de ses vêtements. Elle le décrit presque entièrement sourd et aveugle, possédé du démon intérieur de la musique, naïf d’ailleurs et odieusement exploité par son entourage (°).

Bettina a sans doute décrit avec exactitude l’aspect physique de Beethoven. La générosité du musicien envers ses frères et ses amis est connue, comme aussi sa négligence vestimentaire et le désordre de son appartement. Il est probable, par contre, que ce que dit Bettina au sujet de l’âge de Beethoven (°) n’est pas tout à fait exact. Beethoven n’était pas très sûr de l’année de sa naissance. L'erreur possible n’était cependant pas de quatre ou cinq ans, ainsi qu'il ressort d’un extrait des actes de baptême qu'il se fit délivrer au printemps de cette même année 18710, et où il a écrit dans la marge : « 1772. L’extrait ne me paraît pas exact, car il y avait encore un Louis avant moi (!'). » En ce qui concerne la Ssurdité de Beethoven, il faut noter qu’elle n’était pas complète en 1810 et que Beethoven ne commença à se servir des fameux Cahiers de Conversation qu’en 1815 (?). Quant à sa myopie, elle n’était certainement pas aussi forte que Bettina semble l'indiquer ici (1°). |

9. « In allem, was seine Kunst anbelangt, ist er so herrschend und wahrhafîft, dass kein Künstler sich ïihm zu nähern getraut, in seinem übrigen Leben aber so naiv, dass man aus ihm machen kann, was man will. Erist durch seine Zerstreuung darüber ordentlich zum Gespôtt geworden; man benutzt dies auch so, dass er selten so viel Geld hat, um nur das Notdürftise anzuschaffen. Freunde und Brüder zehren ihn auf: seine Kleider sind zerrissen, sein Ansehen ganz zerlumpt (...) und doch ist seine Erscheinung bedeutend und hetrlich. Dazu kommt noch, dass er sehr harthôrig ist und beinahe gar nichts sieht. Wenn er aber gerade komponiert hat, so ist er ganz taub und seine Augen sind verwirrt im Blicke auf das Âussere : das komimt daher, weil die ganze Harmonie sich in seinem Hirne forthewest und er nur auf diese seine Sinne richten kann; das also, was ihn mit der Welt in Verbindung hält (das Gesicht und Gehôr), ist ganz abgeschnitten, so dass er in der ticfsten Einsamkeïit lebt » (A. LEITZMANN, Beethovens Persünlichkeit, X, 123-124).

10. « [Er] scheint kaum dreissig Jahre alt, er weiss seine Jahre selbst nicht, glaubt aber doch fünfunddreissig » (Zbid., 123).

11. Th. FRIMMEL, Becthoven-Handbuch, IT, 308. 12. Tbid., I, 168.

Il serait donc sans doute imprudent de prendre absolument au pied de la lettre le récit que fait ici Bettina, bien que certains détails en soient confirmés par d’autres sources : par exemple le talent extraordinaire d'improvisation de Beethoven. Ce que Bettina dit de l’inspiration beethovenienne paraît également sujet à caution. Elle a vu Beethoven inspiré et comme animé par le démon de la musique, plongé dans une sorte « d’état second » dans lequel la musique le possédait au point qu ‘il en oubliait son entourage (ceci est pourtant exact et prouvé par d'autres témoignages), et dans lequel l’œuvre musicale née spontanément de cette inspiration se serait développée organiquement et en quelque sorte sans intervention de la volonté consciente de l’artiste (1).

Ce Beethoven, pour ressemblant qu’il soit avec celui que nous offrent d’autres récits, fait cependant songer à l’artiste dont Bettina devait parler plus tard et qui, ayant pénétré le secret de l’harmonie, peut utiliser ce secret et agir sur le développement organique de l’idée que lui suggère l'esprit (°). Si on admet cette interprétation, la lettre de Bettina à Bihler contiendrait d'avance un embryon de sa théorie future du pouvoir magique de la musique aux mains d’un véritable maître.

Mais le plus important ici est de dégager les traits du Beethoven que Bettina présente dans ses romans épistolaires, puis de rechercher si la façon dont elle a vu le grand musicien correspond aux théories qu’elle à émises, dans les mêmes œuvres, sur la musique, son essence et son pouvoir.

Les prétendues lettres adressées à Gœthe, dans la Correspondance de Gœthe avec une enfant, sont datées de 1810 et raconz tent le même épisode que la lettre authentique à Bihler : le séjour de Bettina à Vienne et ses relations avec Beethoven. Le fond est le même, mais l’aventure est enjolivée de détails pittoresques. Surtout, Bettina rapporte de prétendus propos de Beethoven, des effusions enthousiastes auxquelles il se serait livré devant elle à propos de son art. Paroles dont l'authenticité est éminemment suspecte, comme la comparaison avec l’expression des idées personnelles de Bettina sur la musique le montre, mais qui sont précieuses par l’allure particulière qu’elles donnent au Beethoven que Bettina décrivait à ses lecteurs.

14. « Er... setzte sich neben das Klavier auf die Fcke eines Stuhls und spielte leise mit einer Hand, als wollte er suchen, den Widerwillen zu überwinden, sich hôren zu lassen. Plôtzlich hatte er alle Umgebung vergessen und seine Seele war ausgedehnt in einem Weltmeere von Harmonie. Wenn man zuweilen lange mit ihm spricht und auf eine Antwort wartet, so bricht er plôtzlich in Tône aus, zieht sein Notenpapier hervor und schreibt. Er macht nicht wie der Kapellmeister Winter, der hinschreibt, was ihm zuerst einfiel; er macht erst grossen Plan und richtet seine Musik in eine gewisse Form, nach welcher er nachher arbeitet » (A. LEITZMANN, Beelhouens Persônlichkeit, X, 123-124).

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