AMAN
Seigneur, je cherche, j'envisage Des monarques persans la conduite et l'usage; Mais à mes yeux en vain je les rappelle tous : Pour nous régler sur eux, que sont^iis près de vous ? Votre règne aux neveux doit servir de modèle. Vous voulez d'un sujet reconnaître le zèle; L'honneur seul peut flatter un esprit généreux : Je voudrais donc, Seigneur, que ce mortel heureux^ De la pourpre aujourd'hui paré comme vous-môme, Kt portant sur le front le sacré diadème, Sur un de vos coursiers pompeusement orné, Aux veux de vos sujets dans Suse fût mené ;
1. Cogitans autem in corde suo Aman, et reputans quod nullum alium, nisi se, Rex vellet honorare, etc. [Esther^ XI, 6*] En dépit de ce verset de la bible, ici Aman, pour un grand ministre, est vraiment un peu trop sot. Un des auteurs qui ont traité ce sujet avant Racine, Du Ryer, a mieux préparé sa méprise; Assuérus lui dit :
Aman, j'aime un sujet généreux et fidèle.
De qui les grands effets m'ont témoigné le zèle ;
Je TesUme, je Taime, et lai dois tant de biens,
Que c'est trop peu pour lui dn haut rang que ta tient.
Ces paroles, ce dernier vers surtout, peuvent égarer Aman et lui faire croire que c'est lui-même qu'on veut élever encoie plus liant. Du reste, il est aveuglé par cette sorte de fatalité que les Juifs appellent pourim, les sorts. Les poturim sont regardés comme l'expression de la Volonté Divine ou de la Destinée. Ce sont les paurim qui poussent Aman à sa perte.
Digit
KSTHER 1^3
Que, pour comble de gloire et de magnificence, Un seigneur éininent en richesse, en puissance, Enfin de votre empire après vous le premier, ' Par la bride guidât son superbe coursier, Et, lui-même marchant en habits magnifiques Criât à haute voix dans les places publiques;' « Mortels, probternez-vous I C'est ainsi que le Roi » Honore le mérite, et couronne la foi». »
ASSDÉRUS.
Je vois que la sagesse elle-même t'inspire.
Avec mes volontés ton sentiment conspire.
Va, ne perds point de temps : ce que tu m'as dicté Je veux ce point en point qu'il soit eiécuté' *
La vertu dans l'oubli ne sera plus cachée :
Aux portes du palais prends le Juif Mardochée : C'est lui que je prétends honorer aujourd'hui ; Ordonne son triomphe, et marche devant lui;' Que Suse par ta voix de soo nom retentisse,' Et fais, à son aspect, que tout genou fléchisse. Sortez tous«