INTRODUCTION XVII
leur, dont la destinée serait la subordination. Ainsi enfin le moraliste « humanitaire » regarde l'hum^initc comme une aristocratie de la création, dotée en conséquence de tous les droits sur les autres êtres de la nature.
Cette doctrine aristocratique, dit M. Seillière, régit non seulement tous les individus, mais encore tous les groupements humains et ceux même qui se réclament de l'étiquette « démocratique » . C'est une doctrine universellement répandue, que l'histoire a montrée sans cesse en action, que l'histoire a même démontrée uniquement active ici-bas, parce qu'à elle peuvent se ramener — comme des corollaires se ramènent à une thèse scientifique principale — toutes les doctrines philosophiques au moyen desquelles on a cherché à expliquer le progrès humain
Toutefois, ce n'est pas seulement dans la mentalité de ses plus notoires adeptes que rimpériahsme change facilement d'objectif et de méthode. Dans son essence même, l'impérialisme est allé se modifiant sans ( rsse. Qu'il y a loin par exen^ple du yanda-
lisme primitif, qui semblait poussé par une pure volonté destructive, aux larges conceptions de l'impérialisme moderne. Nous ne suivrons pas M. Seillière dans son suggestif exposé de cette évolution, parce qu'il faudrait refaire à grands traits avec lui toute l'histoire humaine. Nous chercherons seulement à dégager de sa complexe théorie impérialiste la conclusion morale qui la couronne de façon claire, logique et réconfortante. Cette conclusion, la voici : il faut donner à l'individu le sens de la discipline en vue de la finalité que le groupe auquel il appartient est en voie de poursuivre. Ce qui revient à dire qu'il faut lui apprendre à refréner sa volonté de puissance 'primordiale, pour subordonner cette volonté de puissance à l'impérialisme de la collectivité qui est la sienne. L'impérialisme individuel, dénué de réflexion et de restriction, qui est, comme nous l'avons vu, la primitive suggestion de la nature, doit se fondre, par utilitarisme bien entendu, dans l'impérialisme de groupe. Celui-ci à son tour doit tendre vers un impé-