‹ Le romantisme des réalistesChapitre 14 sur 41 · GUSTAVE FLAUBERT · texte numérisé non relu

GUSTAVE FLAUBERT

Que Gustave Flaubert ait été originairement et même obstinément un romantique, c'est ce que reconnaissent à l'envi tous ses commentateurs, après qu'il l'a lui-même affirmé plus d'une fois pour sa part. Mais la qualité de romantique est assez diversement, assez vaguement définie le plus souvent. Et puis, comment Flaubert, romantique, devint-il cependant, contre son gré, le chef de l'école réaliste et le patriarche de l'école naturaliste qu'on oppose l'une et l'autre au romantisme, parce qu'on persiste à considérer ce dernier état d'âme comme inauguré chez nous vers 1830, et comme à peu près disparu vers 1850? Ce sont là des questions qui n'ont peut-être pas été suffisamment élucidées jusqu'ici.

Persuadé pour notre part que le mysticisme romantique, cette religion spécifique de notre

époque, inspira sous des costumes divers le dixneuvième siècle tout entier, — après avoir dominé préalablement la seconde moitié du dixhuitième, — nous nous hasarderons à esquisser l'évolution morale de Flaubert, considéré comme un fils éminent et comme un* représentant typique de la quatrième génération romantique. Notre intention est de mettre en reUef non seulement ce qu'il a conservé, sa vie durant, des impressions de sa jeunesse, c'est-à-dire des façons de penser de la troisième génération romantique, mais encore ce qu'il a corrigé de ses convictions premiè/es et ce qu'il en a tant bien que mal adapté à ses propres besoins intellectuels, qui furent aussi ceux de son temps. Nous aurons donc à indiquer les retouches, non dépourvues d'importance à coup sûr, que ses nécessités personnelles dans la lutte vitale lui conseillèrent d'apporter à son initiale conception de l'art et de la vie. Qu'on veuille bien ne point attendre davantage de ces lignes, qui seront une étude morale avant tout.

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