‹ Le romantisme et l'éditeur RenduelChapitre 11 sur 28 · T l/l'iniïKL'R RK.NDLKL · texte numérisé non relu

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au curé de Fourqueux ses œuvres complètes en vingt volumes, reliés pour 40 francs : c'est à F^ourqueux, près Saint-Germain-en- Laye, que la famille Hugo allait en villégiature et que la jeune Léopoldine Hugo fit sa première communion. Le 22 mars 1837, il adressait ses Feuilles cVautomne, brochées, à Henri Journet, et le 2 avril ses deux volumes d'Odes et Ballades brochés, à Auguste Vacquerie. Le 17 du même mois, Auguste de Chiltillon était gratifié des six volumes de drames, brochés, et le 23, M'" Taglioni recevait en hommage Notre- Dame de Paris en trois volumes, reliés pour 8 francs; enfin, le 18 mai Bernard de Rennes recevait à la fois Han d'Islande et les Odes, Cromwell et Hernani, brochés.

Le 18 juillet 1837, Hugo adressait à M. de FHetz les Voix intérieures, brochées, et le 31 du mois de juin, il avait fait le même cadeau à Chateaubriand. Voilà pour les envois les plus significatifs.

Une révélation toute littéraire pour clore ces questions d'intérêt, qui ont bien leur importance quand il s'agit d'ouvrages de cette valeur. .J'ai vu, de mes yeux vu, le traité en date du 25 août 1832, par lequel

Victor Hugo s'engageait à réserver à Rendiiel les trois mille premiers exemplaires d'un grand roman intitulé le Fils de la Bossue aux conditions antérieurement stipulées pour d'autres ouvrages avec l^enduel ou Gosselin. Rien que deux articles, le second atténuant le premier en établissant qu'aucun délai n'était fixé à l'auteur pour la remise du manuscrit.

Renduel, on le sait, n'eut jamais à publier le Fils de la Bossue, non plus que la Ouiquengrogne ou que le Manuscrit de lEvêque, pour lequel il avait pareil engagement de l'auteur et qui devint l'épisode de l'évoque Myriel dans Fantine^ des Misérables.

Lorsque l'éditeur Lacroix traita avec Hugo pour les Misérables, il fut averti par l'auteur qu'il devrait s'entendre avec Renduel pour racbeter le droit de publication des deux premiers volumes; mais il n'en coûta pas à Lacroix la grosse somme de trente mille francs, comme on l'a dit un jour, en plus des droits payés à Victor Hugo. La négociation fut des plus faciles ; Lacroix alla trouver Renduel dans sa retraite de la Nièvre et l'entente se fit rapidement entre eux, sans débat d'aucune sorte : Renduel

A'ICTOR Ilt'GO

D'après une lithographie de Léon Noël (1832).

lOft Li: liÛMANTISME

reçut en tout et pour tout 8000 francs (1).

J'arrive au Roi s amuse, sur lequel il convient d'insister.

J'ai dit plushautque les traités conclus par Hugo avec Wtnàyxoi ^onr le Roi s'' amuse , Lucrèce Borgia^Marie TudoretAngelo étaient comme identiques. En voici les conditions principales : tirage à 2000, plus 200 de mains de passe et 50 réservés pour l'auteur ; — tous les exemplaires devant être revêtus de la

(1) A propos de /<•( Quiiiueuffrogne, on lit ce qui suit clans la Revue de Paris (n" de septembre 1832) : « M. Victor Hiij^o, dont le dernier drame, le Roi s'amuse, est en l'épétition, doit publier cet automne un nouveau volume de poésies et deux romans. Le premier, qui a pour titre la Quiquenyrocfiie, a été acheté 15 000 francs par les liliraires Charles Gosselin et Eugène Renduel. Ce litre a (|uelque chose de bizarre. Qu'est-ce que la Qnicjuenijvixine'.' Nous avons entendu l'aire déjà si souvent cette question que nous sommes heureu.v de pouvoir réijondre par un document à peu près officiel, ^'oici Texti-ait tl'une lettre de M. Victor Hugo lui-même à ses éditeurs : « La 1. Qui(iuen(jrogne est le nom populaire de l'une des tours « de IBourbon-l'Archambault. Le roman est destiné à <( com]Dléter ses vues sur l'art du moyen âge, dontVoire- I' Dame de Paris adonné la première partie. Xolre-Danic •i de Paris, c'est la cathédrale ; la QuiqueiKjrogne, ce '< sera le donjon. L'architecture militaire, après l'archi- '■ tecture religieuse. Dans \otre-Dauie j"ai peint plus par- " ticulièrement le moyen âge sacerdotal ; dans /,•( Qui- " quengrogne, je peindrai plus spécialement le moyen " âge féodal, le tout selon mes idées, bien entendu, qui, « bonnes ou mauvaises, sont à moi. Le Fils de la Rossue » paraîtra après la Quiifuengrogne et n'aura qu'un « volume. » — La Quiquengrogne ci le Fils de la Bossue^ autant en emporta le vent.

ET LKDITELU HKNDUKL 107

griffe de Victor Hugo; — mise en vente dix jours seulement après la première représentation, sauf consentement de l'auteur pour abréger ce délai ; — l'auteur rentrant de droit dans sa propriété au bout d'une année à dater de la mise en vente, ou même auparavant, si les deux mille exemplaires étaient épuisés avant ce délai ; — comme prix, enfin, 4000 francs, toujours échelonnés en quatre termes, variables, selon les traités, mais ainsi fixés pour le Roi s'amuse : 1000 francs comptant, 1000 le lendemain de la mise en vente, et 2000 en deux billets, l'un à six, l'autre à douze mois de l'acte signé.

• Dans le traité visant le Roi s amuse, — et seulement dans celui-là, — un article additionnel, prévoyant le cas où la censure interdirait la représentation du drame, annulait le traité dans cette hypothèse et portait que l'auteur serait tenu de restituer à l'éditeur l'argent et les billets reçus. Cela prouve absolument que Victor Hugo, qui joua si bien la surprise et la colère indignée après l'interdiction, pressentait ce coup dès le 30 août 1832, jour où fut signé le traité avec Renduel, c'est-à-dire à une époque

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Fac.i; i:t e>vi:hs n'uMi invitatiok par le jM'ésident de la

AriHESsÉE A Victor IIigo Chambre des députes.

OÙ les pourparlers avec la Comédie-Française étaient à peine entamés : en effet, c'est seulement dans sa lettre du 7 septembre au baron Taylor que Victor Hugo prend jour pour aller lire sa pièce à la Comédie, et qu'il ébauche une distribution des rôles.

L'ouvrage fut interdit comme Hugo le prévoyait, comme il l'espérait peut-être. Et cependant Renduel, loin d'user du droit qu'il avait de répéter l'argent ou les billets déjà remis au poète, le paya intégralement. Le 5 septembre, soit six jours après le traité signé, Hugo lui donnait quittance K de la somme de trois mille francs, en mille francs comptant et deux billets de mille francs chacun, payables l'un en février, l'autre fin août prochain », ce qui était strictement conforme au traité. Puis le 5 décembre, — soit le lendemain de la mise en vente et malgré l'interdiction, — Renduel lui payait les mille francs encore dus et recevait en échange un reçu définitif des quatre mille francs stipulés pour prix du Boi s'amuse... Est-il beaucoup d'éditeurs qui en eussent fait autant (1)?

(1) Ces chiffres, tirés de papiers insclisciitables. font bonne justice de la fable im'enléepar Huno. sans mauvaise

i:t L'i':DiTEin ri:m>ukl 1 1 1

\^oici maintenant trois lettres se rapportant au procbs du Boi s'amuse. Une seule est datée, mais il n'estpas malaisé de placer les deuxautresà leur rang exact. Elles furent, toutes les trois, écrites entre l'interdiction du drame au Théâtre-Français (23 novembre 1832) etFaudience du Tribunal de Commerce (19 décembre) où l'auteur, ayant Odilon Barrot comme conseil, présenta lui même la défense de sa pièce et de ses intérêts. Le poète était déjà passé maître en l'art si délicat de la réclame; il en maniait les ressorts avec un art infini, mettant son éditeur en avant pour se couvrir lui-même et lui recommandant bien de faire recopier les notes qu'il adressait aux journaux, de peur que son écriture ne fût reconnue.

intention, je m'imagine, et transcrite pai- son secrétaire, M. Richard Lesclide, dans les Propos de Table de Victor Hugo. D'ajîrès lui, Renduel devait tirer le Roi s'amuse à deux mille exemplaires (ce qui est exact) et paNer un franc l'exemplaire fce qui est faux) ; seulement Renduel aurait déclaré un tirage de vingt mille au ministère de l'intérieur, et A'ictor Hugo, instruit par hasard du fait se serait fait délivrer par Renduel confus un bon de 20 000 francs, représentant juste un franc par exemplaire. Ce n'est pas 20 000 francs qu'il loucha, mais 4000 francs, soit exactement le prix convenu pour les deux mille exemplaires, et cela par pure générosité de son éditeur.

112 LE HOMANTISINIK

Première lettre :

J'ai vu hier au soir Carrel, lout esl convenu. Il a été excellent. Je vous conterai la chose en détail. Sainte-Beuve peut faire l'article comme il le voudra et le porter aujourd'hui avec le fragment de préface. Carrel mettra tout. Carrel veut en outre un grand article politique pour un de ces jours sur rafl'aire. Vous savez que c'est Odilon Barrol qui plaidera pour moi : venez me voir.

Voici quelques lignes pour le Journal des Débats, qu'un de nos amis m'a fait (sic) hier au soir. Elles sont en trop grosses lettres, ce qui serait ridicule. Vous ferez bien de les recopier et de les porter tout de suite.

Tout à vous,

Victor II.

Aux Débals, au National — et ailleurs.

Car, durant les trois semaines qui s'écoulèrent entre l'arrêté ministériel et le jugement commercial, de petites notes bien senties plurent dans les bureaux de rédaction, et les feuilles de l'opposition négligeaient la guerre et le siège d'Anvers pour publier des réclames dans le goût de celleci : « Le Roi s'amuse, drame de M. Victor Hugo, dont les représentations ont été défendues par ordre du ministre, paraîtra lundi sans remise à la librairie d'Eugène

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Renduel. On assure que plus de mille exemplaires sont retenus d'avance. »

Deuxième lettre, du lundi 3 décembre :

Voyez Sainte-Beuve et les journaux.

Tâchez, mon cher éditeur, de venir demain à dix heures, déjeuner avec moi. J'ai mille choses importantes à vous dire. Il faudrait que nous allassions ensemble chez votre agréé pour que l'assignation au Théâtre soit donnée dès demain. Tout cela est convenu avec Odilon Barrot, que j'ai vu ce matin.

Apportez-moi en même temps :

Un exemplaire du Roi s'amuse, un exemplaire de Notre-Dame de Paris, pour Bernard de Rennes qui s'est si puissament entremis dans l'affaire;

Un exemplaii-e du Roi s\imuse, un exemplaire de Marioii de Lorme, pour Odilon Barrot.

Je crois que nous allons faire un jjruit du diable.

La troisième et dernière lettre est du lundi 17 décembre, avant-veille de l'audience.

C'est mercredi que je plaide.

Je crois, mon cher éditeur, qu'il est important pour vous, pour moi, pour le retentissement du livre et de l'affaire, que la chose soit énergiquement annoncée la veille par les journaux. Voici sept petites notes que je vous envoie, en vous priant d'user de toute votre influence pour qu'elles paraissent demain dans les sept principaux journaux de l'opposition. Vous ferez bien de les porter vous-même et d'en surveiller un peu l'insertion. Faites-en d'autres copies et ajoutez-y une ligne pour votre livre, si vous

voulez. Je me repose de ceci sur vous, n'est-ce pas? Vous comprenez combien c'est important. Répondezmoi un mot et venez donc dîner avec moi un de ces jours.

Votre ami,

Victor Hugo.

Voudrez-vous aussi remettre à la bonne six exemplaires du Roi s'amuse sur mon reste?

Les notes sus-indiquées furent immédiatement données aux journaux d'opposition, qui les publièrent tous le 18 décembre, au matin. Voici celle insérée au Courrier français :

C'est décidément mercredi 19, à midi, que sera appelé, devant le Tribunal de Commerce, le procès de M. Victor Hugo contre la Comédie-Française pour le Roi s\imuse. M. Odilon Barrot plaidera l'ouvrage si illégalement arrêté par le ministère. M. Victor Hugo compte prendre aussi la parole. Le succès de lecture que le drame obtient et la mesure arbitraire du gouvernement donnent à cette audience un grand intérêt de curiosité.

Ce devait être là la rédaction-type, ce journal étant le plusserviablede tous envers Hugo et son éditeur ; mais il suffisait d'y changer quelques mots pour dissimuler l'origine commune : on ne fera pas mieux soixante ans plus tard.

Victor Hugo avec sox fils François-\'ictor, par Auguste de Châtillon (1836).

IIG LE ROMANTISME

Une des dernières fois que Renduel passa par Paris, il dînait avec sa femme au restaurant Magny lorsque Gautier vint à entrer. Les deux amis, ravis de se revoir, entamèrent alors une longue causerie à bâtons rompus, parlant de leur jeune temps avec une volubilité extrême, évoquant à la file le souvenir de tant d'amis morts ou perdus dans la foule. « Vous souvient-il, dit tout à coup Gautier, qu'autrefois, chez Victor, le rôti était toujours brûlé ? — Certes oui, on l'attendait tandis qu'il s'oubliait chez Juliette. » Hugo demeurait alors au n°6 de la place Royale (aujourd'hui place des Vosges), et la belle actrice de la Porte-Saint-Martin, tout auprès, rue du Pas-de-la-Mule (aujourd'hui rue des Vosges, entre la place des Vosges et le boulevard Beaumarchais). Ces dîners d'Hugo n'avaient rien de cérémonieux; ils étaient le plus souvent improvisés pour prolonger la causerie commencée. Les convives étaient d'habitude quelques visiteurs retenus parla maîtresse de la maison et qui se faisaient un devoir de rester par égard pour M™* Hugo, ainsi délaissée par son mari : celui-ci s'attardait souventde deux heures, et le dîner reculait d'autant. Un jour que Ren-

ET I.l^niTiaii nKNDUF.L 117

duel hésitaità rester, prévoyant le relard habituel et le jugeant trop long pour son estomac: « N'ayez pas peur, lui ditM"" Hugo pour le garder auprès d'elle ; le dîner sera exact ; Victor reviendra sûrement de bonne heure, il me l'a promis. » Renduel demeura : ce soir-là, on ne dîna qu'à neuf heures.

La liaison d'Hugo avec Juliette Drouet (de ses vrais noms Julienne-Joséphine Gauvain) ne faisait alors que de commencer ; elle a duré, comme on sait, jusqu'au dernier jour, la maîtresse ayant complètement supplantéTépouse auprès du poète etn'ayant cessé de demeurer avec lui, même en exil. Mais dès l'origine de ces relations. M"'' Hugo n'en était plus à faire son apprentissage des caprices galants de son mari ; elle les connaissait mieux que personne et s'y résignait, tant était grande son admiration, sa dévotion pour le maître et l'époux. Hugo était dans le plus fort de sa passion pour Juliette, lorsque sa fdle Léopoldine, qui fut plus tard M"^ Charles Vacquerie, atteignit l'âge de la première communion. Les Hugo passaient l'été à Fourqueux et voulurent faire de cette cérémonie, fixée au 8 septembre 1837, une véritable fête de famille, oii

118 Li: ROMANTISME

tous les amis seraient conviés, Renduel et Gautier en première ligne. Aussitôt après le dîner, le maître de la maison s'éclipse, et l'on apprend bientôt qu'il a couru prendre la voiture de Paris. Les convives se récrient sur cette fuite inattendue : Hugo, disentils, aurait bien pu les attendre et revenir avec eux; mais ilsserappellentbientôt que toutes les places de la diligence étaient retenues dès le matin et qu'eux-mêmes n'en avaient pu louer que pour le dernier départ. « Ne faites pas attention, leur dit tristement M"' Hugo, Victor saura bien se tirer d'embarras ; vous n'avez pas pu avoir de places pour vous, il saura en trouver une à tout prix pour aller où il va. »

Tous les amis de la maison déploraient l'abandon où Hugo laissait sa femme, et tous auraient pu le lui reprocher, tous hormis celui qui avait profité de ses absences pour s'installer en son lieu et place (1). Et

(1) On ne se permettrait pas de faire allusion à ces relations si Sainte-Beuve lui-même ne les avait contées par le menu dans un recueil de poésies imprimé plus tard pour quelques amis, on ne sait trop à combien d'exemplaires. Ce volume, sans nom d'auteur ni d'éditeur, porte simplement pour titre : Livj-e d'amour, Paris, 1N43, avec cette épigraphe de Dante en regard: Amor ch'a nullo amato amor perdons. Sainte-Beuve, par la suite,

ET l'Éditeur renduel 119

ce fut celui-là qui parla. Sainte-Beuve, un beau jour, — c'était en 1835, lorsque les Chants du Crépuscule parurent chez Renduel, — ne se tint plus de colère en voyant le poète confondre dans la même page l'éloge de sa famille et celui de sa maîtresse, chanter alternativement les joies du foyer domestique et les enivrements de l'amour en des pièces brûlantes du souvenir de Juliette. 11 devait parler de ce nouvel ouvrage à la Bévue des Deux Mondes, et la moindre convenance lui commandait de s'abstenir ; il n'en fit rien et résolut, au contraire, de souligner combien il était scandaleux de mettre en quelque sorte sous la protection de la femme légitime, par la pièce finale à elle adressée, uri livre tout imprégné de la

détruisit ce livre et recommanda à ses amis de brûler les exemplaires qu'ils retrouveraient, mais il ne put pas se résigner à le sacrifier en entier et republia plus de la moitié des pièces — 25 sur 45 — dans les deux volumes de ses Poésies complètes (Michel Lév}-, 1S63). Livre rare s'il s'en fut que ce Livre d'amour et dont quelques exemplaires ont passé en vente dans ces derniers temps à des l)rix très élevés. M. Pons en a tiré bon profit pour deux ou trois chapitres de son curieux livre : Sainte-Beuve et ses inconnues (chez OUendorlî, 1N79J et M. E. Lemaitre, un bibliophile avisé, a publié récemment à ce sujet une brochure intéressante, avec une lettre-préface d'Arsène Houssaye et un autographe de Sainte-Beuve (Le Livre d'amour. Reims, chez Michaud, 1S95}.

passion la plus vive pour la maîtresse. Il écrivit alors et fit paraître un article, véritable modèle de louange circonspecte et de critique acerbe, où il multipliait les restrictions sur le développement du génie poétique d'Hugo, lui qui avait proclamé si haut ses étonnantes facultés créatrices dans un précédent compte rendu des Feuilles (f Automne. Il y avait déjà quatre ans de cela et l'admiration du critique avait diminué en même temps que l'estime de l'ami. Il s'agissait d'ailleurs pour lui d'aboutir à ce paragraphe, où l'allusion est à peine voilée et porte à chaque coup :

«... Les douze ou treize pièces amoureuses, élégiaques, qui forment le milieu du recueil dans sa partie la plus vraie et la plus sincère sontsuivies dedeux ou trois autres, et surtout d'une dernière, intitulée Date lilia, qui a pour but, en quelque sorte, de couronner le volume et de le protéger. Littérairement, ces pièces finales, prises en elles-mêmes, sont belles, harmonieuses, pleines de détails qui peuvent sembler touchants. En admirant dans le voile l'éclat du tissu, il nous a paru toutefois qu'il y a eu parti pris de le broder de cette façon pour

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