‹ Le romantisme et l'éditeur RenduelChapitre 14 sur 28 · T L"liulTEll{ liKNDLEI · texte numérisé non relu

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béarnaise, était un ancien militaire qui, après s'être battu dans les deux mondes, ici pour le Portugal, là-bas pour le Brésil, était rentré en France où il continuait à batailler de la plume au service du parti libéral. Frappe plusieurs l'ois par le parquet pour ses écrits politiques, collaborant à plusieurs petits journaux sous des noms divers, en fondant au besoin, comme il fit pour le Diable boiteux, employé au ministère de l'intérieur après 1830 et bientôt remercié à cause de sa brochure sur les Colonies de bienfaisance, fondateur et secrétaire perpétuel de l'Institut historique d'où il fut évincé poliment par la suite, auteur de nombreux ouvrages politiques, historiques et littéraires, Monglave, caché sous le nom de Maurice Dufresne, publia chez Rendue! en 1830 certain roman du Bourreau qui ne fut pas sans obtenir quelque succès. Etvoici,jepense, un curieux échantillon de son style épistolaire où l'ancien officier reparaît sous l'homme de lettres :

Mon brave,

Plus d'épreuves depuis quinze jours.

Qu'attendent-ils?

Paraîtrons-nous à Pâques ou à la Trinité ?

cf

Le diable m'emporte si cela me donne du courage pour Palmerin !

Si je tenais ces bougres-là, le diable m'emporte s je ne les écraserais pas tous.

Allons !

Allons !

Allons !

Marchons donc !

(^est embêtant, parole d'honneur!

Eugène.

Votre ami quand même parce que vous êtes un bon enfant.

Ce 21 (janvier 1829).

Louis Maynard de Queilhe était né aux colonies. Durant son séjour à Paris, il travailla surtout au recueil de nouvelles le Sachet, et sut se faire de nombreuses amitiés par son excellent caractère et ses façons affables. Il avait publié chez Renduel, en 1835, un roman à grand succès, Outre-mer, puis était retourné à la Martinique, Où sa famille le rappelait avec insistance ; deux ans après, le 22 mai 1837, il était tué en duel par son beau-frère, d'un coup de fusil :

Mon cher Renduel,

Envoyez-moi de l'argent pour que je paye, entre autres choses, ma part du dincr de ce soir. Car je

ET l'Éditeur renduel 141

vous annonce que la personne a accepté et que c'est pour six heures aux Provençaux, cnbinet particulier. Vous demanderez M. de (lourchanips ((ui y est connu comme les côtelettes. Je regrette de n'être pas en assez florissante richesse pour vous éviter de payer votre écot et celui de votre futur client, mais il n'y a pas de roses sans épines.

Je travaille toujours, mais j'ai peur que cette justification ne soit trop considérable. A vingt-six, et moins large, je crois que cela suffirait.

Nous verrons. Adieu.

Louis DE M.

Lundi; à ce soir, six heures, Palais-Royal.

Lorsque Renduel avait eu l'idée de publier une édition exacte et complète des Mémoires de Saint-Simon, il avait prié Maynard de l'aboucher avec M. Gustave de Larifaudière, afin que celui-ci le mît à son tour en rapport avec le pair de France, marquis de Saint-Simon, que le gouvernement de Louis XVIII avait réintégré dans ses droits d'héritier sur les écrits du célèbre mémorialiste. Ce dîner au cabaret, offert par Maynard, n'était qu'une façon de mettre en présence les deux amis qu'il invitait. L'affaire marcha d'abord au gré de Renduel, qui commença cette publication par livraisons. La treizième venait de paraître — il devait y en avoir cent cinquante

— lorsque surgirent des réclamations des libraires Paulin et Renouard, propriétaires d'une édition récente. En présence de leurs droits indiscutables. Renduel dut arrêter l'impression du jour au lendemain. Le pair de France ignorait-il donc ce traité antérieur ou bien faut-il penser qu'il le connaissait et qu'il avait négligé d'en prévenir Renduel?

Pareil accident faillit arriver encore à Renduel, qui voulait toujours aller très vite en besogne, avec deux écrivains très scrupuleux cependant, mais qui avaient accueilli les propositions d'autres éditeurs et ne pouvaient pas recouvrer leur liberté d'action : c'étaient Pétrus Borel et Félicité de Lamennais.

Pétrus Borel (de ses vrais noms Joseph- Pierre Borel d'Hauterive»^ car il avait droit à la particule et élait lils d'un émigré ruiné) n'avait que vingt-trois ans lorsqu'il était venu offrira Renduel, en 1832, ce recueil de nouvelles brutales et de bizarres fantaisies dont le titre même, Champauert, contes immoraux, était si bien fait pour frapper les yeux et l'esprit. Ce fougueux champion du romantisme, échappé d'un atelier d'architecte, entraîné par une force irrésistible vers

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la littérature et la politique, et qui mettait sa plus grande joie à terroriser les bourgeois par ses costumes, son allure et ses o"gies macabres, avait déjà publié un petit iivre de poésies désespérées, dites Rhapsodies. Renduel accepta volontiers ces contes effroyables, où qualités et défauts étaient si complètement mêlés : une inspiration tour à tour terrible et touchante, une rare vigueur d'esprit et de style, une imagination puissante mais déréglée, une recherche incessante de l'horrible. Il lui paya ce volume assez bon marché, — quatre cents francs, — mais en promettant, si la vente dépassait huit cents volumes, de lui donner soixante-quinze centimes par exemplaire en surplus. Vaine clause de consolation, car le premier tirage s'écoula très lentement, malgré l'étrange surnom de Lycanthrope, adopté par l'auteur, et la terrifiante vignette adjointe au titre de Chain^ paverf.

Pétrus Borel composa encore un autre grand roman, Madame Paliphar, qu'il avait promis de donner à Renduel, mais qu'il publia chez le libraire Ollivier, après d'interminables débats entre les trois par-

ties intéressées, l'auteur et Renduel marchant presque toujours d'accord. C'est au moment même où ces difficultés naissaient que Borel écrivit à son éditeur la lettre suivante, où il parle en si bons termes le langage de la pauvreté reconnaissante :

Mon cher Renduel,

Je vous adresse ce billet pour vous accuser réception des cinquante l'rancs qui m"ont été donnés en votre absence par M. Roger, votre commis, et dont je ne lui avais point fait de reçu. Je tiendrai à honneur de vous les rembourser le plutôt (sic) possible, sitôt que j'aurai pu me procurer quelque argent. J'y tiendrai d'autant plus que, par le fait, vous avez moins de confiance en moi. Vous m'avez assuré que vous ne vous blesseriez point de ce que le besoin pourrait m'entraîner à faire : le besoin me force à aller vendre et faire marché n'importe où de ce qui pcutm'appartenir, ne pouvant me créer des ressources qu'en me repliant sur moi-même. Je ne pourrai vous donner Madame Pudphar. Je ne vous écris point cela par morgue : je ne m'abuse point assez sur mon propre compte pour imaginer (|u'un éditeur puisse avoir grand regret de me perdre. Mais une chose à laquelle je tiens beaucoup, c'est que vous soyez convaincu que ce n'est point l'intérêt, mais la pénurie, qui m'oblige à agir ainsi. Ce n'est point parce qu'on m'a fait dos offres que j'ai présumées plus avantageuses que celles que vous auriez pu me faire : je ne suis point en position de recevoir des offres. Je vous jure et proteste, et je n'ai jamais menti, que je n'ai pas vu rncore d'autres éditeurs : je vous étais trop attaché

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