‹ Le romantisme et l'éditeur RenduelChapitre 15 sur 28 · PUBLIE PAR EUGENE RENDUEL · texte numérisé non relu

PUBLIE PAR EUGENE RENDUEL

M DCCC XXXIIt.

Les Écorcheurs

Titre et vignette de Tony Johannot pour le roman du vicomte d'Arlincourt, l^r volume. (Renduel, 1833.)

pour que la pensée seulement m'en soit venue ; et j'aurais cru d'ailleurs manquer d'exquise délicatesse, car je[me regardais et me regarderai toujours (comme) votre obligé d'avoir bien voulu vous charger de mon premier livre.

Je vous souhaite tout le bonheur qui me manque,

Pétrus Borel.

Ce jeudi 25 juillet 1833.

Lamennais, je l'ai dit en commençant, fit en grande partie la fortune de la librairie nouvellement fondée, avec ses Paroles dun croyant. Ce livre eut un succès foudroyant, si bien que la première édition étant épuisée en moins d'une année (1833), Renduel en fit paraître coup sur coup de nouvelles à différents prix. Mais il visait encore plus haut ; il voulut — mais trop tard, malgré ses efforts — acquérir d'autres ouvrages du môme écrivain, au risque de perdre ainsi les bénéfices réalisés chaque année avec ce livre exceptionnel; il caressa même un instant le projet de fonder une revue, avec Lamennais comme chef de file et rédacteur principal. Celui-ci répondit à cette double proposition par une fort belle lettre, où il fait en quelques mots toute une profession de foi sur le journalisme :

ET l'Éditeur renduel 147

La Chesnaie, 23 janvier 1835.

Il était naturel et juste que vous eussiez, monsieur, la prélérence sur tout autre pour la vente de mes ouvrages, dont j'ai cédé la propriété à mon beaufrère. Aussi, avant de terminer et même de traiter avec M. Daubrée, vous proposa-t-il des arrangements qui ne vous convinrent pas, ce qui ne m'étonna en aucune manière, les livres que j'ai publiés jusqu'ici étant, pour la plupart, d'un genre différent de ceux dont vous êtes l'éditeur. Lié aujourd'hui par les conventions que mon beau-frère a faites avec un autre libraire, je ne pourrais m'occuper sans son concours et sans son aveu d'une édition complète de mes œuvres. Mais s'il était possible que vous vous entendissiez avec lui pour cela, que chacun de vous trouvât ses avantages dans cette affaire commune, et qu'elle m'en offrît, à moi-même, de suffisants pour me déterminer à entreprendre le travail qu'elle exigerait de moi, je me prêterais, n'en doutez pas, très volontiers à ce qui vous conviendrait à l'un et à l'autre.

Je dois vous dire franchement, au sujet de la Revue dont vous me parlez, qu'une coopération à un recueil de ce genre n'entrerait aucunement dans mes vues. Elle me détournerait de mes travaux et, à mon avis, sans utilité. Ce serait auti^e chose s'il s'agissait d'un journal quotidien. On pourrait avec celui-ci exercer une action puissante, et je crois à la probabilité du succès matériel, dans le cas où l'on serait à lieu de le préparer et de l'attendre pendant deux ans. Je me consacrerais avec zèle et tout entier à une œuvre semblable, parce que j'y verrais un grand résultat, un moyen plus sûr que tout autre de servir mon pays et Thumanité. Toutefois je ne m'engagerais qu'à deux conditions : l'une, que j'aurais la certitude

t4â LE ROMANTISME

que le journal serait dirigé selon mes principes ; l'autre, que j'y trouverais immédiatement les ressources nécessaires pour vivre aisément, et la garantie d'avantages futurs en cas de succès. Car je n'ai rien, et je dois songer à pourvoir au temps où mes forces usées ne me permettront plus le travail. Les rédacteurs ne m'embarrasseraient pas : on n'en manque jamais, quand on a du reste une direction ferme et une.

Je vous réitère, monsieur, l'assurance de mes senlimenls très dévoués.

F. DE Lamennais.

Rcnduel n'entra pour rien clans la publication des OE livres complètes de Lamennais, acquises à Daubrce, et n'entreprit ni revue ni journal : c'est ce qu'il pouv^ait faire de mieux.

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