‹ Le romantisme et l'éditeur Renduel; souvenirs et documents sur les écrivains de l'école romantique, avec lettres inédites adressées par eux à RenduelChapitre 18 sur 23 · XII PREFACE · texte numérisé non relu

XII PREFACE

jÇC Allé généreux , n'être d'aucun par leur côté mauvais.

La puissance du poète est faite d'indépendance.

L'auteur, on le voit, ne se dissimule aucune des conditions rigoureuses de la mission qu'il s'est imposée, en attendant qu'un meilleur vienneYll tâche, il essaie, il entreprend. Voilà tout. Bien. des sympathies, nobles et intelligentes, l'appuient. S'il réussit, c'est à elles et non à lui que sera dû le succès.

Quant à la dédicace placée en tête de ce mt»i •y Solum*. l'auteur, surtout après les lignes qui précèdent, pense n'avoir pas besoin de dire combien esl calme et religieux le sentiment qui l'a dictée. Od le comprendra, en préspnee de ces deux monuments, le trophée de l'Étoile, le tombeau de son père, l'un national, l'autre domestique, tous .

deux sacrés//l ne pouvait y nvoir place dans son / /«-•

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Les Voix intérieures

Fragment de la préface, avec corrections et addition de Victor Hugo,

pour la première édition (Renduel, 1837).

doute, un peu chafouine peut-être, au long rire silencieux : il semblait timide ou plutôt sauvage... Singulière, insaisissable nature que les artistes reconnaîtront bien ! Rêveur, capricieux, fugitif ou plutôt fugace, un rien lui suffit pour l'attarder et le dévoyer... Un rayon l éblouit, une goutte l'enivre, et en voilà pour des journées. »

Sur les instances de Sainte-Beuve, Renduel avait accepté ce livre excentrique dont le sous-titre n'était guère plus clair que le titre : Gaspard de la Nuit, Fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot ; il l'avait même payé, si bon marché que ce fût, mais il ne se pressait pas de l'éditer. D'ailleurs Bertrand nourrissait alors de plus vastes projets et n'entendait que préluder par ces bambochades : ses amis et lui-même se flattaient de voir bientôt paraître quelque roman historique qui aurait remué leur chère Bourgogne; mais un long effort suivi ne lui convenait guère et le livre destiné à frapper ce grand coup resta toujours en l'air. Cependant la vie se retirait peu à peu de ce corps qu'une maladie de poitrine minait depuis longtemps, et le garçon avait dû à deux reprises se faire

et l'éditeur renduel 203

admettre à l'hôpital ; c'est alors qu'il connut toute l'amitié de Sainte-Beuve et le dévouement d'un artiste illustre dont il avait conquis l'affection dès sa venue à Paris : le sculpteur David d'Angers. « Eh! comment ne seriez-vous point malade ? lui écrivait-il de son lit d'hôpital. Votre amitié prodigue et ardente s'est consumée du matin au soir en démarches sans nombre depuis quinze jours pour un pauvre barbouilleur de papier que ses visions chagrines et son orgueil sauvage et insociable gîtent au lit de Gilbert, qui était, lui, parfois, un admirable poète... Vous m'accablez d'une dette qu'une longue vie ne pourra jamais acquitter, et j'ai peut-être si peu de jours devant moi ! »

Sainte-Beuve et David, jugeant leur ami perdu, voulurent se mettre en mesure de rendre à sa mémoire l'hommage le plus profitable, en publiant aussitôt après sa mort son cher volume, le seul vestige qu'il dût laisser de son passage en cette vie. Il fallait avant tout rattraper le manuscrit qui sommeillait depuis longtemps dans les cartons de Renduel et que celui-ci pouvait bien avoir égaré.

204 Ll£ HOMANTISMi:

20 mars (1841).

Mon cher Renduel,

Vous souvient-il d'un manuscrit d'un pauvre jeune homme, Bertrand, que vous avez payé et non imprimé? C'étaient des espèces de petites ballades en prose. Ce pauvre garçon, pris de la poitrine, a l'air de vouloir mourir; il est à l'hôpital Necker. David, le statuaire, qui s'intéresse à lui, voudrait ravoir le manuscrit. On verrait à le faire imprimer chezPavie, à Angers, qui l'imprimerait gratis. Il ne s'agirait que de le ravoir de vous Qu'en avez- vous fait ? Tâchez, mon cher Renduel, de vous en souvenir ; cela réjouirait les derniers instants du pauvre jeune homme de songer qu'il restera quelque chose de lui.

Port-Royal va, bien qu'assez lentement; mais je suis décidé à ne plus faire d'articles et par conséquent à suivre sans désemparer.

J'envie votre bonheur, par ce printemps naissant, à vous qui avez fini par réaliser le vœu d'Horace et du sage.

Mille amitiés,

Sainte-Beuve.

Rue Montparnasse, î ter.

Renduel élait alors à Beuvron : six semaines après, il recevait la lettre suivante de David d'Angers qui lui annonçait la mort de son ami :

Monsieur,

Le pauvre Bertrand vient de mourir à l'hôpital ; il laisse une vieille mère dans la plus affreuse misère-

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