PÉTRUS ROREL. — F. DE LAMENNAIS
Au premier rang des écrivains qui alimentèrent la librairie Renduel et qui, aidant à son succès, profitèrent de sa vogue, figurent les frères Lacroix. Ce sont peut-être eux qui, après Hugo, ont fourni à Renduel le plus grand nombre d'ouvrages ; mais, que ce fût accord formel ou convention tacite, chacun d'eux paraissait s'être approprié un genre spécial et l'exploitait à l'exclusion de l'autre. Tous les deux appartenaient au romantisme le plus ardent, mais Jules Lacroix choisissait de préférence ses sujets de romans dans le monde contemporain, tandis que Paul, mettant à contribution toutes les
époques de l'histoire de France depuis le moyen âge jusqu'à la Restauration, jetait en pâture aux lecteurs un nombre infini de productions mélodramatiques. De 1833 à 1835, Jules Lacroix fournit chaque année à Renduel un roman à sensation, dont le titre seul était un appât pour les gens avides d'émotions violentes : Une Grossesse d'abord, puis Corps sans âme, enfin Une Fleur à vendre. Mais qu'étaient-ce que trois romans — cinq volumes en tout — auprès de l'énorme bagage, auprès des dix, vingt, trente histoires, plus pathétiques, plus terrifiantes les unes que les autres, écrites par Paul Lacroix tant sous son propre nom que sous le pseudonyme demeuré célèbre du Bibliophile Jacob?
C'est sous ce nom d'emprunt qu'il avait produit en 1829 ces Soirées de Walier Scott qui avaient assuré le succès de l'entreprise de Renduel. Ce fut encore sous ce masque transparent qu'il publia à la même librairie tes Deux Fous, histoire du temps de François Ier ; le Roi des Ribauds, histoire du temps de Louis XII ; la Folle d'Orléans, histoire du temps de Louis XIV ; Vertu et Tempérament, histoire du temps de la Res-
ou