LA DUCHESSE DE BERRY
LA TOILETTE FEMIMNE 1Ù
en chaire — pour désifjncr les manches à gigol, — et un de leurs ordinaires cflels.
A des esprits moins sérieux, et dans des circonstances moins tristes, la nouvelle mode iMS|iire toutes sortes de plaisanteries lacilcs.
Dans cette même saynète des Fd.shioïKihles, deux amoureux, au biiiu milieu du salon, se dévorent du l'egard et se îserrentpassionnément les mains, sans plus se préoccuper de la mère de la jeune fille (pie si elle était à mille lieues de là ; or elle n'est séparée du jeune couple que par une amie de la maison, très élégante bien eiilciulii et mise à la dernière mode. Elle a naturellement des manches à gigot, et « derrière ce rempart formidable ». nos jeunes gens se sentent'» aussi en sûreté que derrière lllimalaya! »
11 est très probable aussi que les fameuses manches ont du abriter des gestes moins innocents (pie ceux de nos aimables fiancés.
Pour j)rodigieuse ([u'ait été la vogue des manches à gigot, celle de la toque à créneaux l'a égalée, sinon même dépassée.
La toque à créneaux ! C'est en eff'et l'autre grand enthousiasme de l'époque, et le plus expressif peut-être. Mieux encore que hs berthes. les tabliers et les bonnets à rubans, elle symbolise le goût du jour. Elle est « pour le beau monde du temps de Louis-Philippe un signe intégral, l'alfirmation absolue du moyen âge ». Cette « chose bouffante » a été « par moitié inspirée d'une coiffure à créneaux regardée comme celle de Jeanne d'Arc ». Il n'en fallait pas davantage pour que c( bon nombre de douairières »
aient toul aussitôt aflecté de s'en couronner, « pour l'amour du moyeu âge, de la Pucelle d'Orléans, des ancêtres et de l'Histoire ». Epoque vraiment unique, avons-nous dit. où loyalisme et coquetterie pouvaient ainsi s'entendre et se prêter de façon si touchante un mutuel secours !
Quand on fait ilotter un étendard, on ne saurait le faire flotter trop haut : la toque à créneaux prit donc assez rapidement sur de certaines têtes des proportions formidables. (( M""' de Béarn, fille de M"*" de Tourzel, en arbore une si démesurée et si imposante que sur son corps fluet elle paraît la toque de Gessler juchée en haut d'un mât ». La taille ou le teint s'en accommode ou ne s'en accommode pas du tout', celle qui s'en couvre le chef peut aAoir des opinions royalistes, ou ne pas avoir d'opinions, — ce qui a dû être le cas le plus ordinaire : — la toque à créneaux triomphe sur toute la ligne. « Du haut en bas de l'échelle sociale », comme disait un jeune clerc de notaire dans une opportune métaphore, toutes les femmes en raffolent. Voyez plutôt les gravures de mode et les dessins du temps, surtout l'œuvre de Tony .Johannot. les premières lithographies de Gavarni et celles d'Achille Devéria-.
Les correspondances entre jeunes femmes sont encore plus inslruclives.
1. « De quelque façon qu'on la traite (la toque), elle reste désolante, revèche... Possible? elle ne l'est que sur un minois déjeune fille, sur une frimousse mutine, quand on a chance d'oublier le pavillon en l'iioiuieur de la marchandise qu'il couvre. Mais rencontrez dessous la figure homniassede la duchesse d'Angoulème, le profil de pie de M""' Haudebout, le nez de perroquet de la veuve de la Grande Armée, la toque est une monstruosité pure. » Bouchot, Le Luxe français, p. 182. Ces réflexions, un peu chagrines, s'appliquent tout naturellement à la toque à créneaux.
2. Sur les toques d'Herbaull, cf. lialzac. Illusions perdues, au tome VII des (JEuf/vs coniiilètes, p. 270; et voyez ibid., p. 175, le «béret tailladé en velours noir », que porte M"" de Bargeton.
LA TOlLEÏÏIv FEMINnE 27
(( ... Quoi ilonimage. ma loule belle, qu'un caprice inexplicable de ce fou de Gustave vous retienne loin de Paris au moment où on s'y amuse le plus ! Vous y ririez comme une pelile folle que vous èles... Hier soir je vous ai soubaitée passionnément près de moi. Nous étions en voiture avec cet écervelé de Jacques, que j'adore, comme vous savez. 11 connaît loiil le monde à Paris, comme vous savez encore, et, vous le savez toujours, comme il ne manque pas d'esprit, ses saillies vous auraient fait rire aux éclats. H était bicr dans un de ses bons jours... C'était si plein île toques à créneaux que, disait-il, tous les remparts de toutes les villes de France avaient dû se donner rendez-vous ici. On ne voyait que cela. Je ne vous nommerai pas toutes celles que nous avons rencontrées, t) ce qui u'empécbe pas la fine mouche d'en énumérer à Son amie une bonne douzaine. « Mais croyezvous que la vieille S*** se promenait avec cela sur sa vieille perruque jaune i^ C'était à mourir! « Un vieux serin avec la casquette d'un archer! » disait en ricanant cet endiablé de .lacques. \ ous n'en croirez pas vos yeux, et vous allez accuser comme toujours mon humeur médisante ; je vous jure pourtant que c'est la vérité toute pure. Sa fille Malhilde à ses côtés, très en beauté cette aprèsdînée-là. avait aussi le même objet sur sa jolie chevelure blonde... Allons, ma petite belle, il faudra nous décider à faire comme tout le monde, puisque c'est une fureur. Voulez vous que je vous en commande une, afin qu'elle soit sûrement prête pour votre retour' ?.. . »
Une autre parisienne écrit à sa mère — qui passe l'hiver à Rouen :
« ...Maintenant, que je vous fasse un peu rire, ma chère